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Miossec
Brûle
(pias recordings, 2001)


Après avoir bu et baisé avec bonheur, Miossec s'était pris les pieds dans le tapis au combien décisif du troisième (A prendre) album, entièrement renié depuis par son auteur et interprète. Remarqué en compositeur peu zélé sur l'album de Johnny, le Brestois qui s'était gagné l'étiquette d'espoir de la chanson française sur le fondement de ses précédentes prestations est revenu aux affaires sans tambour ni trompette mais avec au dessus de lui, une batterie de flingues prêts à le dézinguer au premier nouveau faux pas.

A l'écoute de Brûle, difficile de s'enthousiasmer si l'on attend une révolution de palais. Alors que toute la promotion du disque est bâtie sur le changement insufflé dans la musique, l'enrichissement des mélodies et un vrai travail de composition, on se retrouve confronté à une resucée de ses précédents albums, à savoir, voix en avant, textes rimés plus parlés que chantés et accompagnement réduit au minimum bien qu'enrichi de grigris aussi chiches qu'embarrassants (l'horrible banjo sur Brûle).

En guise de nouveauté, pas de révolution donc chez Miossec mais finalement un retour à la veine sentimentale qui faisait l'efficacité et la saveur de ses deux premiers essais. Alors que A Prendre s'essayait maladroitement à des contenus plus politiques ou distanciés, Miossec reprend l'histoire de sa vie où il l'avait laissée sur Baiser, ressort le scalpel, enfile de nouveau ses habits de looser magnifique et taille dans sa propre chair pour notre plus grand plaisir. Sans surprise ce sont les titres les plus douloureux et les moins ambitieux qui produisent le plus d'effet. Lorsque la voix est timide, mal bandée et limite fausse, le chanteur accède à une justesse qui continue d'émouvoir et de nous rallier à sa cause (Brûle, Ainsi Soit-elle, Consolation). Miossec sait alors se montrer brutal et incisif, retranché derrière la sécheresse de sa scansion et la richesse bringuebalante de ses rimes (Madame).

Elle était de ces femmes qu'on embrasse sur les yeux/
Dont on tombe sous le charme comme on tombe sous le feu.

Sur Dom-Tom, le meilleur titre de l'album, on retrouve le Miossec martial et cru qu'on avait aimé sur Boire. Les textes sont simples et touchent juste, évoquent ses thèmes de prédilection : la fin des amours et l'incommunicabilité. Ailleurs, les chansons pêchent par excès d'angélisme ou de naïveté (Grandir, Neige) ou carrément par l'indigence des textes (l'inécoutable Pardonne quand les coups de feu ont claqué rouge est devenu le plafond/../quand les blés furent coupés apparurent enfin les sillons…-sic-). Brûle fait ce qu'il peut et tutoie avec la même facilité la nullité et l'excellence. Sur Tonnerre, l'autre sommet de l'album, la musique est pour la première fois de toute l'œuvre à la hauteur des exigences du chanteur qui trouve un rythme et un accompagnement de claviers qui correspondent à son propos. La description des "déclassés" est particulièrement brillante et incisive. La guerre est déclarée et Miossec paraît à l'aise avec les métaphores combatives qui illustrent l'isolement et la haine des exclus. Cette chanson réussit la synthèse de ses aspirations à l'observation sociale par le biais de la sphère intime. Le sautillant défroqué gâche un peu ces bonnes dispositions malgré des arrangements réussis et la Neige peine à décoller bien qu'elle s'inscrive dans la tradition des chansons d'amour "à la Miossec". Consolation annonce un mieux certain avec ses violons fiévreux, ses chœurs et ses paroles déchirantes mais qui n'est malheureusement pas confirmé par la suite.

L'ensemble du disque, bien que très inégal, reste suffisamment attachant pour qu'on passe un bon moment. Si la maison Miossec ne brûle pas encore, elle ne se porte guère mieux après cet album qu'après le troisième. Réassurée dans ses fondations, l'authenticité et la grandeur d'âme, elle séduit parce qu'elle sait apitoyer et enchante seulement lorsqu'elle réussit à retrouver la proximité et la gueule cassée des premiers jours. Si la météo est clémente, ce bois-là suffira à passer la saison mais ne nous fera guère plus qu'un petit hiver.

Myosotis

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