|
Après avoir bu et baisé avec bonheur, Miossec s'était pris
les pieds dans le tapis au combien décisif du troisième (A
prendre) album, entièrement renié depuis par son auteur
et interprète. Remarqué en compositeur peu zélé sur l'album
de Johnny, le Brestois qui s'était gagné l'étiquette d'espoir
de la chanson française sur le fondement de ses précédentes
prestations est revenu aux affaires sans tambour ni trompette
mais avec au dessus de lui, une batterie de flingues prêts
à le dézinguer au premier nouveau faux pas.
A l'écoute
de Brûle, difficile de s'enthousiasmer si l'on attend une
révolution de palais. Alors que toute la promotion du disque
est bâtie sur le changement insufflé dans la musique, l'enrichissement
des mélodies et un vrai travail de composition, on se retrouve
confronté à une resucée de ses précédents albums, à savoir,
voix en avant, textes rimés plus parlés que chantés et accompagnement
réduit au minimum bien qu'enrichi de grigris aussi chiches
qu'embarrassants (l'horrible banjo sur Brûle).
En guise de
nouveauté, pas de révolution donc chez Miossec mais finalement
un retour à la veine sentimentale qui faisait l'efficacité
et la saveur de ses deux premiers essais. Alors que A Prendre
s'essayait maladroitement à des contenus plus politiques ou
distanciés, Miossec reprend l'histoire de sa vie où il l'avait
laissée sur Baiser, ressort le scalpel, enfile de nouveau
ses habits de looser magnifique et taille dans sa propre chair
pour notre plus grand plaisir. Sans surprise ce sont les titres
les plus douloureux et les moins ambitieux qui produisent
le plus d'effet. Lorsque la voix est timide, mal bandée et
limite fausse, le chanteur accède à une justesse qui continue
d'émouvoir et de nous rallier à sa cause (Brûle, Ainsi Soit-elle,
Consolation). Miossec sait alors se montrer brutal et incisif,
retranché derrière la sécheresse de sa scansion et la richesse
bringuebalante de ses rimes (Madame).
Elle
était de ces femmes qu'on embrasse sur les yeux/
Dont on tombe sous le charme comme on tombe sous le feu.
Sur Dom-Tom,
le meilleur titre de l'album, on retrouve le Miossec martial
et cru qu'on avait aimé sur Boire. Les textes sont simples
et touchent juste, évoquent ses thèmes de prédilection : la
fin des amours et l'incommunicabilité. Ailleurs, les chansons
pêchent par excès d'angélisme ou de naïveté (Grandir, Neige)
ou carrément par l'indigence des textes (l'inécoutable Pardonne
quand les coups de feu ont claqué rouge est devenu le plafond/../quand
les blés furent coupés apparurent enfin les sillons…-sic-).
Brûle fait ce qu'il peut et tutoie avec la même facilité la
nullité et l'excellence. Sur Tonnerre, l'autre sommet de l'album,
la musique est pour la première fois de toute l'œuvre à la
hauteur des exigences du chanteur qui trouve un rythme et
un accompagnement de claviers qui correspondent à son propos.
La description des "déclassés" est particulièrement brillante
et incisive. La guerre est déclarée et Miossec paraît à l'aise
avec les métaphores combatives qui illustrent l'isolement
et la haine des exclus. Cette chanson réussit la synthèse
de ses aspirations à l'observation sociale par le biais de
la sphère intime. Le sautillant défroqué gâche un peu ces
bonnes dispositions malgré des arrangements réussis et la
Neige peine à décoller bien qu'elle s'inscrive dans la tradition
des chansons d'amour "à la Miossec". Consolation annonce
un mieux certain avec ses violons fiévreux, ses chœurs et
ses paroles déchirantes mais qui n'est malheureusement pas
confirmé par la suite.
L'ensemble
du disque, bien que très inégal, reste suffisamment attachant
pour qu'on passe un bon moment. Si la maison Miossec ne brûle
pas encore, elle ne se porte guère mieux après cet album qu'après
le troisième. Réassurée dans ses fondations, l'authenticité
et la grandeur d'âme, elle séduit parce qu'elle sait apitoyer
et enchante seulement lorsqu'elle réussit à retrouver la proximité
et la gueule cassée des premiers jours. Si la météo est clémente,
ce bois-là suffira à passer la saison mais ne nous fera guère
plus qu'un petit hiver. Myosotis
Réagissez
à cette chronique sur le
forum de Flu
le
site de Miossec.
---
|