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L'opéra Trois Sœurs de Peter
Eötvös, donné en novembre au Théâtre du Châtelet à Paris,
vient conclure le volet musical de la saison culturelle hongroise
qui s'est tenue en France de juin à décembre 2001. Une programmation
où l'on a pu constater l'influence des compositeurs hongrois,
Bartok, Kurtag et Eötvös en tête, sur l'évolution de la musique
au XXe siècle.
L'aventure
commence par la rencontre, dans les années 1900, de Zoltan
Kodaly et Bela Bartok à l'Académie de musique Ferenç Liszt
de Budapest. Influencés par Haydn et Beethoven, les deux hommes
âgés d'une vingtaine d'années se consacrent à la composition
et au piano. Originaires de la campagne hongroise, ils décident
de sillonner le pays pour écouter et recenser les chants populaires
paysans, qu'ils vont peu à peu intégrer à leurs compositions.
De cet épisode fondateur, leur compatriote violoniste Sandor
Veigh dira que la recherche d'un "melos folklorique" fut à
ce moment "l'unique manière pour Bartok de renouveler la musique",
car elle permettait de "renouer avec ses racines humaines".
Une démarche exactement inverse de celle suivie à la même
époque par les Viennois Arnold Schoenberg, Alban Berg et Anton
Webern, dont les recherches dodécaphonistes fricotent avec
le calcul et la science, alors en pleine effervescence en
Europe.
Le
compositeur hongrois Gyorgy Kurtag est l'enfant de cette double
influence. Né en 1926 en Transylvanie roumaine, il s'établit
à Budapest vingt ans plus tard et voyage en 1957 à Paris pour
compléter sa formation. Là, il rencontre la psychologue Marianne
Stein avec laquelle il préfigure une œuvre composée de "minuscules
cellules génératrices, de motifs miniatures", selon l'expression
du critique Hartmut Lück. "Ma langue maternelle, c'est Bartok",
précisera toutefois Kurtag, qui tint à inscrire son œuvre
dans la continuité de ses pères. Autre Hongrois se réclamant
de l'héritage du maître, le compositeur Peter
Eötvös, né un an avant sa mort en 1945. Quand il sort
de l'Académie de Budapest en 1968, la musique est déjà entrée
dans une ère nouvelle, celle de l'électroacoustique. Vivement
intéressé par le jazz, Eötvös obtient une bourse pour aller
rejoindre le studio électronique du compositeur Karlheinz
Stockhausen à Cologne. Il y est remarqué par Pierre Boulez,
qui l'invite en 1979 à diriger le concert inaugural de l'Ircam
à Paris, puis à prendre la direction de l'Ensemble intercontemporain,
qu'il quittera en 1991.
Reste
une absence de taille dans cette programmation : celle Gyorgy
Ligeti. Ce musicien, né en 1923 et rescapé des camps de concentration,
a lui aussi fréquenté l'Académie de Budapest puis Cologne.
Après avoir accouché d'une œuvre où l'inspiration sensible
(chants d'animaux, contes pour enfants, musiques traditionnelles
de tous les continents…) se mêle aux interrogations de la
recherche scientifique, il débouche ces dernières années sur
des questions plus métaphysiques. Témoin, sa fameuse étude
pour piano dite des Touches bloquées (1985). A la fin de cette
courte pièce qui explore l'accélération du temps, les doigts
du pianiste se mettent à tricoter sur le clavier, les notes
s'enchaînent à un rythme de plus en plus rapide jusqu'au moment
où, stupeur : elles ne produisent plus aucun son.
Benjamin
Bibas
Trois
Soeurs de Peter Eötvös. Lire
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