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Matmos
A chance to cut
is a chance to cure
(Matador)
prise son de matmos


Poésie clinique

D'ici quelques mois (temps terrestre) Matmos, les dépuceleurs du rythme binaire en provenance des USA déjà responsables de trois albums electronico-barrés sortis sur Domino, auront envahi les ondes de notre bas monde pour mieux le mettre à feu et à sang. L'étoile biscornue Björk vient en effet de leur donner à traiter ses extravagances musicales sur son prochain brûlot Vespertine. Elle concède à tour d'interview apprécier (à juste titre) ces producteurs de l'ombre.

Notre fringuant duo transex habitué à ausculter les ratages numériques pour en faire autant de ready made sonores ne délaisse pas ici son côté "infirmier des oreilles spécialisées" avec le déstabilisent A chance to cut is a chance to cure, concept album sans œillères qui assimile avec un je m'en foutisme intello musique concrète, discoïdie homo et quelques millilitres ouatés d'electronica rêche puisés sur les rebords liquides des salles d'opérations.

Concept pour le moins intriguant en tous cas que d'utiliser les bruits de liposuccion, laser, acuponcture, rat en cage, récoltés pour la plupart en prise directe, puis d'agencer le tout jusqu'à l'obtention de fragments baveux, de structures bâties sur les miettes gores de peau raclée, avec ce sens du burlesque troupier qu'on jugerait par instant provenir de la perfide Albion. Spondee ou For Felix constituent les points d'orgue de ce Lp en empruntant l'énergie et les montées d'adrénalines propre à la house millésimée des clubs de San Francisco pour la moudre à des stridences qui, en s'éloignant de l'univers oppressant qui les génère, émeuvent. Même si le concept n'est pas nouveau en soi, il n'empêche que notre duo enduit de digressions revigorantes les étendards délavés d'une ancienne génération pourtant aventureuse lorsqu'elle évoquait brutalement une réalité industrialisée complexe, atonale, bruyante (de Stockhausen à, plus récemment, les Allemands de Neubauten). Visionnaires, ils précisent le précis médical d'un siècle empressé d'en finir avec lui même, s'imaginant déjà post humain, cyborg numérique aux oreilles bioniques.

Matmos déconstruit, Matmos découpe, Matmos sidère : les arrangements sans compromis se la partagent à des miracles sensitifs qui élargissent nos capacités à entrevoir la poésie nichée au cœur des plus infinitésimaux moments du quotidien, ceux qui se nichent au bout des ruelles bien crades. Tu cherches la lumière et c'est l'impasse disait Bashung, pour une fois l'impasse aura l'aspect d'un matin d'été éternel, comme une joie simple perpétuellement renouvellée.

Kwuti

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