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Termination Dub
(chronique Flu)

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Lamb's Bread International
Sylford Walker and Welton Irie
Blood and Fire, 2000


Chalice to chalice an' no fuss no fight …

Ça tient vraiment du miracle. On a souvent l'habitude de porter au pinacle l'équipe de Blood and Fire, spécialisée dans l'exhumation et la restauration de chefs d'œuvre jamaïcains du reggae roots & dub. Mais ce qu'ils ont fait là, franchement, dépasse ce que les mots peuvent dire. Mettre à la disposition du public un tel album surclasse tous les exploits recensés dans l'histoire de l'humanité, du passage des Alpes par Hannibal au sauvetage de la station Mir par les cosmonautes russes, il y a deux ans.

Pour bien comprendre la situation, il faut revenir quatre ans en arrière, quand le petit label pas comme les autres ressort les productions époustouflantes du duo Glen Brown/King Tubby sur un album définitif intitulé Termination Dub. Comblé, émus jusqu'à la fin de nos jours, nous n'attendions rien d'autre de la vie, convaincus qu'elle n'avait plus rien à offrir. Grossière erreur ! Pour arriver au Termination Dub, l'ingénieur du son mythique (Tubby) et le producteur génial (Brown) étaient évidemment partis de singles reggae chantés. Dépouillés et remixés, les versions instrumentales avaient acquis un charme, une puissance et une originalité qu'on ne retrouvera plus guère que dans quelques productions de référence, celles du Soul Syndicate, des Wailers, de Sly and Robbie ou de Lee Scratch Perry. Devant le succès rencontré par le Termination Dub, l'équipe de Blood and Fire s'est donc remise au boulot pour restituer les versions reggae qui, telles un palimpseste sonore, se dissimulaient derrière les remix. Ça donne Lambs Bread International, un album à se taper le cul par terre. On y découvre deux chanteurs relativement méconnus, Sylford Walker et Welton Irie. L'un (SW) chante comme un crooner roots, l'autre (WI) tchatche comme un toaster de l'ère pré-ragga numérique, façon Dillinger ou U-Roy. Leur association, sous l'égide enchanteresse de Glen Brown, surnommé à l'époque "The Rythm Master", permet le prolonger le plaisir indescriptible ressenti à l'écoute du Termination Dub.

Le titre constitue en lui-même une invitation à la méditation planante. Au risque de tomber sous le coup de la loi de 70, précisons que le terme lambsbread désigne une forme de marijuana de très bonne qualité, privilégiée par les rastas pour atteindre cet état de félicité vaporeuse qui permet le dialogue avec Jah (Irie ites !). Lambdsbread International pourrait désigner, dès lors, une sorte de projet ambitieux visant à convaincre le monde entier des bienfaits de l'herbe. Le couple Welton Irie/Sylford Walker ne manquent pas d'arguments pour relever ce pari : riddims d'enfer, voix rocailleuses et percutantes, débitant sans efforts et sans s'arrêter des textes en patois rasta, sections cuivres soutenant des percussions sautillantes. Là dessus, les arrangements dub laissent le son s'étendre à l'infini, comme une nappe de fumée finit par remplir tout l'espace environnant, avec une douceur et une intensité comparables au chatouillement intérieur ressenti à la première latte d'un spliff.

Le plus étonnant, dans cet album, c'est qu'il se termine par deux titres plus remuants que ceux qui les précèdent. Preuve que la bonne herbe réveille les esprits et les muscles. Chant down babylon est un hymne nyabinghi où Sylford Walker appelle tous les rastas à renverser Babylon par le chant. Il assène son refrain sur un orgue endiablé pendant que la basse fait la course avec la batterie, jetant les échos dans la danse, soufflant et grondant comme un prophète rieur. Dans le morceau qui suit - et qui clôt l'album - Welton Irie donne la réplique à Sylford Walker, dans la grande tradition des joutes entre toasters. Même intro, même riddim, accompagnements kif-kif : seuls le texte et la voix changent. Welton Irie s'embarque pour 3'23 minutes de tchatche endiablée, appelant les membres de sa communauté à prendre soin de leur quartier pour y vivre en paix et dans la sérénité (Ghettoman corner). Le speech de Welton Irie contrebalance ainsi celui de Sylford Walker sur le fond, comme pour dire que le rapatriement en Afrique et la transformation du système doivent s'accompagner d'objectifs locaux et concrets, à la portée de chaque individu.

"A peace and love in the ghetto, I would say
Way down south, bredda, way down south
A peace an' love in the ghetto
We a go nice up the ghettoman corner
I say the whol' a we, we all live on yah
We all live as one sister an' bredda"

Kzino

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