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Chalice
to chalice an' no fuss no fight …
Ça
tient vraiment du miracle. On a souvent l'habitude de porter
au pinacle l'équipe de Blood
and Fire, spécialisée dans l'exhumation et la restauration
de chefs d'œuvre jamaïcains du reggae roots & dub. Mais ce
qu'ils ont fait là, franchement, dépasse ce que les mots peuvent
dire. Mettre à la disposition du public un tel album surclasse
tous les exploits recensés dans l'histoire de l'humanité,
du passage des Alpes par Hannibal au sauvetage de la station
Mir par les cosmonautes russes, il y a deux ans.
Pour bien comprendre la situation, il faut revenir quatre
ans en arrière, quand le petit label pas comme les autres
ressort les productions époustouflantes du duo Glen Brown/King
Tubby sur un album définitif intitulé Termination
Dub. Comblé, émus jusqu'à la fin de nos jours, nous
n'attendions rien d'autre de la vie, convaincus qu'elle n'avait
plus rien à offrir. Grossière erreur ! Pour arriver au Termination
Dub, l'ingénieur du son mythique (Tubby) et le producteur
génial (Brown) étaient évidemment partis de singles reggae
chantés. Dépouillés et remixés, les versions instrumentales
avaient acquis un charme, une puissance et une originalité
qu'on ne retrouvera plus guère que dans quelques productions
de référence, celles du Soul Syndicate, des Wailers, de Sly
and Robbie ou de Lee Scratch Perry. Devant le succès rencontré
par le Termination Dub, l'équipe de Blood and Fire
s'est donc remise au boulot pour restituer les versions reggae
qui, telles un palimpseste sonore, se dissimulaient derrière
les remix. Ça donne Lambs Bread International, un album
à se taper le cul par terre. On y découvre deux chanteurs
relativement méconnus, Sylford Walker et Welton Irie. L'un
(SW) chante comme un crooner roots, l'autre (WI) tchatche
comme un toaster de l'ère pré-ragga numérique, façon Dillinger
ou U-Roy. Leur association, sous l'égide enchanteresse de
Glen Brown, surnommé à l'époque "The Rythm Master", permet
le prolonger le plaisir indescriptible ressenti à l'écoute
du Termination Dub.
Le titre constitue en lui-même une invitation à la méditation
planante. Au risque de tomber sous le coup de la loi de 70,
précisons que le terme lambsbread désigne une forme
de marijuana de très bonne qualité, privilégiée par les rastas
pour atteindre cet état de félicité vaporeuse qui permet le
dialogue avec Jah (Irie ites !). Lambdsbread International
pourrait désigner, dès lors, une sorte de projet ambitieux
visant à convaincre le monde entier des bienfaits de l'herbe.
Le couple Welton Irie/Sylford Walker ne manquent pas d'arguments
pour relever ce pari : riddims d'enfer, voix rocailleuses
et percutantes, débitant sans efforts et sans s'arrêter des
textes en patois rasta, sections cuivres soutenant des percussions
sautillantes. Là dessus, les arrangements dub laissent le
son s'étendre à l'infini, comme une nappe de fumée finit par
remplir tout l'espace environnant, avec une douceur et une
intensité comparables au chatouillement intérieur ressenti
à la première latte d'un spliff.
Le plus étonnant, dans cet album, c'est qu'il se termine par
deux titres plus remuants que ceux qui les précèdent. Preuve
que la bonne herbe réveille les esprits et les muscles. Chant
down babylon est un hymne nyabinghi où Sylford Walker
appelle tous les rastas à renverser Babylon par le chant.
Il assène son refrain sur un orgue endiablé pendant que la
basse fait la course avec la batterie, jetant les échos dans
la danse, soufflant et grondant comme un prophète rieur. Dans
le morceau qui suit - et qui clôt l'album - Welton Irie donne
la réplique à Sylford Walker, dans la grande tradition des
joutes entre toasters. Même intro, même riddim, accompagnements
kif-kif : seuls le texte et la voix changent. Welton Irie
s'embarque pour 3'23 minutes de tchatche endiablée, appelant
les membres de sa communauté à prendre soin de leur quartier
pour y vivre en paix et dans la sérénité (Ghettoman corner).
Le speech de Welton Irie contrebalance ainsi celui de Sylford
Walker sur le fond, comme pour dire que le rapatriement en
Afrique et la transformation du système doivent s'accompagner
d'objectifs locaux et concrets, à la portée de chaque individu.
"A peace and love in the ghetto, I would
say
Way down south, bredda, way down south
A peace an' love in the ghetto
We a go nice up the ghettoman corner
I say the whol' a we, we all live on yah
We all live as one sister an' bredda"
Kzino
Le site de Blood
and Fire
Termination
Dub
(chronique Flu)
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