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Pour ceux qui s'interessent un peu à l'histoire du mouvement
techno, Jeff Mills est une figure à part, un pionnier du son
et de l'idéologie techno dont le travail s'organise au sein
du très pointilleux collectif Underground Resistance (UR),
un des initiateurs du mouvement aux Etats-Unis. Ce groupement
d'artistes noirs issus des classes ouvrières lutte depuis
son origine contre l'exploitation économique du milieu musical
par les blancs. C'est un reflexe hérité de l'ideologie Black
Panters, sauf qu'ici les rondelles vinyliques, les slogans,
sont préférées aux armes. Et s'il y a émeute, c'est autour
d'un bon set dj, Mills ayant porté la bonne parole techno
de part le monde.
On
attendait forcément beaucoup d'un musicien passé, en quelques
minuscules quinze années, du statut d'indépendant masqué à
celui de figure mythique et incontournable. On souhaitait
qu'Every Dog Has It Day dépasse le cadre étroit de
la techno basique défendu par UR pour défricher d'autres hémisphères
electro. On imaginait que Mills surpasse ses productions précédentes
en utilisant un matériel plus moderne offrant des possibilités
d'innovation. Rien de cela. Les dix huits compositions alignent
les sonorités cheap, les beats et textures mid eighties/ nineties
qui, manque de chance, lassent en ces temps de revival. Même
le gentillet Laurent Garnier est passé aux drogues dures depuis
le cap de la trentaine ; il passerait presque pour une jeune
révélation à côté de titres aussi affligeants que The Nomads
of Niger ou Shibuya-ku.
Non
pas que la qualité des compositions soit absente, manque juste
une note de modernité, une folie douce permettrait à l'ensemble
de prendre son envol. Sans compter les références pompières
comme Vangelis qui, au lieu de donner du souffle à l'ensemble,
enfoncent un clou qui, décidement, a bien du mal à passer.
En définitif, vous l'aurez deviné, un album très passable,
sans plus, qui aurait fait un carton probable en 1995. En
2001, c'est une autre histoire.
Kwuti
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