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Fan de
'One
more time' ; où l’histoire d’un beau pétard mouillé FM qui
devint un joli feu d’artifice éclaboussant pour dancefloors
cockés en attente d’un hit tapageur un peu artificiel, un
peu post ado, un peu rien, c’est à dire en phase avec les
clubbeurs mal rasés. Daft Punk, en plus de sentir le vent
tourner, a le génie de tirer les plus introvertis gucchi de
leurs chaises vers les lumières crues des pistes afin d’unifier
les amis ou ennemis des sucreries eurodance en l’espace de
six minutes et ce, sans donner l’impression de se forcer pour
avoir du talent. Plus qu’un hymne, One more time est indéniablement
un brûlot j'm’en foutiste d’une efficacité discoïde
fièvreuse. Nécessaire.
Cependant
un peu de temps nous fut nécessaire pour nous ’imprégner d’une
ritournelle catchy apparemment régressive, apparemment queudale
avec ses faux airs de Cher en chaleur. En fait, après réflexion,
l’usage habile du vocoder chez nos sales punks, bien loin
d’être opportunistes, s’avère bel et bien un joli clin d’œil
revanchard et amer contre toute une récente génération de
musicos ayant maladroitement adopté (jusqu’à la rendre insupportable
de maniérisme poseur) la fucking’ french house filtrée. Daft
Punk transgresse par petits aplats charmeurs et ludiques le
genre qu’ils ont permis d’éclore. Le très long break mâtiné
de soul suave qui retint le souffle de pas mal de danseurs
vaut en effet comme digression à l’efficacité vulgaire des
propres sur eux Benjamin Diamond ou Bob Sinclar, ces créateurs
d’univers de séries fauchées à paillettes que Bengalter et
De Homem-Christo prennent à contre pied en ajoutant à ces
structures faciles une touche de folie (le démesuré 'Too long').
Au
fond, on sent bien toute l’attention apportée à 'Discovery'
pour le rendre appétissant sans aucun discours théoriques
stérilisants qui voudrait faire une distinction entre bon
et mauvais goût. Juste du plaisir à l’état pur qui nécessite
une approche spécifique pour mieux slalomer entre ces couches
sonores disparates estampillées mid seventies/ eighties. Les
quelques moments d’accalmies ont une prestance sentimentale
qui ne se dévoile qu’après coup, lorsque leur apparente facilité
cède place à un attachement quasi physique, certaines sensations
nous replongeant à l’époque bénie de nos premiers émois sentimentaux.
De l’orgue Supertramp au rappeur Sydney, de Rondo Veneziano
à Ceronne, d’Astro à Albator, les titres s’enchaînent sans
hiérarchie de genre comme autant de petites traces mnésiques
d’une enfance passée devant le poste de télévision le mercredi
après midi. Cette éducation bourgeoise sans histoires aura
finalement favorisé l’émergence d’enfants gâtés et capricieux
ayant un mot à dire sur tout (Air, Etienne de Crécy…), dont
les idéaux ne trouvent leur incarnation que dans une "coolitude"
favorisé par un contexte social douillet. Nous ne sommes pas
en banlieues sensibles mais au sein d’un monde angélique où
le bien, paré de costumes vulgaires vert, rose, bleu, rouge
et jaune, gagne éternellement contre le mal ; où la lune rousse
prévient à temps le chevalier Actarus d’une attaque imminente
de monstres pathétiques de drôlerie.
Voilà
en tous cas la contradiction de nos deux nouveaux robots :
tutoyer le haut des charts avec un emballage commercial affiché
un peu fantasmatique (les masques de cyborg, donc), tout en
produisant de petites dragées funky aux emballages si polies
que l’on en oublierais presque leur grammaire saugrenue. De
l’innovation, il y en a en fait, même si elle donne l’impression
de se perdre dans l’accumulation nunuche de références rances
new wavasses. Pourtant, certains tracks frappent forts malgré
leurs dorures un peu mielleuses : 'Crescendolls', 'High life',
'Harder, Better, Faster, Stronger', mélodie improbable à deux
voix traficotée chez l’Aphex Twins de Windowlicker, sans le
sens du rythme déglingué, mais gardant bien celui de l’accroche
jouissive. Ou encore le gimmick démembré de 'Face to face',
impressionnant par sa construction mélodique novatrice,
conçue non plus d'une suite d’accords mais d'un collage
abrupt de petits samples épileptiques.
Du
coup, dans ce monde de gamins pourris, la mélancolie est passagère,
en attente de nouveaux jouet susceptibles d’estomper la dépression
post achat. D’où une approche du marketing agaçante, ultra-consumériste,
jouant avec ses références ludiques grand guignolesques appuyées,
un brin totalisantes et hermétiques pour les plus de trente
ans, son refus du Spectacle par le spectaculaire puéril (la
création d’un Daft Club, comme au bon vieux temps d’une présentatrice
blonde au long nez...). Faudra s’y faire, nous sommes loin
ici des premiers balbutiements politisés de la house black,
loin de l’underground , loin de la réalité tout court… plutôt
dans une bulle dorée aux arabesques bariolées et vides cachant
des traumas profonds mais pas foncièrement dangereux.
En
refusant tout engagement, ils assument donc leur statut d’enfants
gâtés nichés dans un minuscule petit home studio en train
de, mine de rien, manipuler le Grand Capital. On est pas à
une contradiction prêt mais vu qu’ils ne revendiquent aucune
démarche majeure sinon l’entertainment mondialiste, on ne
pourra les taxer d’hypocrites, voire tenter de critiquer leur
jeu pipi caca sans se sentir pris au piège de leur propre
délire espiègle de pervers polymorphes.
Ils
ont en tout cas réussi le disque POP du 21e siècle
dont rêvait U2. Assurément.
Kwuti
Le "Daft
Club ", pour les heureux détenteurs du n°
de membre (que vous pouvez demander en écrivant au
chroniqueur de cet album,
qui transmettra...)
Déjà
pas mal de réactions sur
le
forum de Flu. Ajoutez votre grain de sel ! [hop]
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