concerts

bacs
music
bazar

             envoyez la musique !

 

"Dave Punk
Un malheur ne venant jamais seul à l'évocation de la musique des Daft Punk surgit l'ennui..."
Concombre masqué 22/03/01 17:48:45

Réagissez à cette
chronique sur
le forum de Flu

 

DAFT PUNK
Discovery

(virgin)


Fan de

'One more time' ; où l’histoire d’un beau pétard mouillé FM qui devint un joli feu d’artifice éclaboussant pour dancefloors cockés en attente d’un hit tapageur un peu artificiel, un peu post ado, un peu rien, c’est à dire en phase avec les clubbeurs mal rasés. Daft Punk, en plus de sentir le vent tourner, a le génie de tirer les plus introvertis gucchi de leurs chaises vers les lumières crues des pistes afin d’unifier les amis ou ennemis des sucreries eurodance en l’espace de six minutes et ce, sans donner l’impression de se forcer pour avoir du talent. Plus qu’un hymne, One more time est indéniablement un brûlot j'm’en foutiste d’une efficacité discoïde fièvreuse. Nécessaire.

Cependant un peu de temps nous fut nécessaire pour nous ’imprégner d’une ritournelle catchy apparemment régressive, apparemment queudale avec ses faux airs de Cher en chaleur. En fait, après réflexion, l’usage habile du vocoder chez nos sales punks, bien loin d’être opportunistes, s’avère bel et bien un joli clin d’œil revanchard et amer contre toute une récente génération de musicos ayant maladroitement adopté (jusqu’à la rendre insupportable de maniérisme poseur) la fucking’ french house filtrée. Daft Punk transgresse par petits aplats charmeurs et ludiques le genre qu’ils ont permis d’éclore. Le très long break mâtiné de soul suave qui retint le souffle de pas mal de danseurs vaut en effet comme digression à l’efficacité vulgaire des propres sur eux Benjamin Diamond ou Bob Sinclar, ces créateurs d’univers de séries fauchées à paillettes que Bengalter et De Homem-Christo prennent à contre pied en ajoutant à ces structures faciles une touche de folie (le démesuré 'Too long').

Au fond, on sent bien toute l’attention apportée à 'Discovery' pour le rendre appétissant sans aucun discours théoriques stérilisants qui voudrait faire une distinction entre bon et mauvais goût. Juste du plaisir à l’état pur qui nécessite une approche spécifique pour mieux slalomer entre ces couches sonores disparates estampillées mid seventies/ eighties. Les quelques moments d’accalmies ont une prestance sentimentale qui ne se dévoile qu’après coup, lorsque leur apparente facilité cède place à un attachement quasi physique, certaines sensations nous replongeant à l’époque bénie de nos premiers émois sentimentaux. De l’orgue Supertramp au rappeur Sydney, de Rondo Veneziano à Ceronne, d’Astro à Albator, les titres s’enchaînent sans hiérarchie de genre comme autant de petites traces mnésiques d’une enfance passée devant le poste de télévision le mercredi après midi. Cette éducation bourgeoise sans histoires aura finalement favorisé l’émergence d’enfants gâtés et capricieux ayant un mot à dire sur tout (Air, Etienne de Crécy…), dont les idéaux ne trouvent leur incarnation que dans une "coolitude" favorisé par un contexte social douillet. Nous ne sommes pas en banlieues sensibles mais au sein d’un monde angélique où le bien, paré de costumes vulgaires vert, rose, bleu, rouge et jaune, gagne éternellement contre le mal ; où la lune rousse prévient à temps le chevalier Actarus d’une attaque imminente de monstres pathétiques de drôlerie.

Voilà en tous cas la contradiction de nos deux nouveaux robots : tutoyer le haut des charts avec un emballage commercial affiché un peu fantasmatique (les masques de cyborg, donc), tout en produisant de petites dragées funky aux emballages si polies que l’on en oublierais presque leur grammaire saugrenue. De l’innovation, il y en a en fait, même si elle donne l’impression de se perdre dans l’accumulation nunuche de références rances new wavasses. Pourtant, certains tracks frappent forts malgré leurs dorures un peu mielleuses : 'Crescendolls', 'High life', 'Harder, Better, Faster, Stronger', mélodie improbable à deux voix traficotée chez l’Aphex Twins de Windowlicker, sans le sens du rythme déglingué, mais gardant bien celui de l’accroche jouissive. Ou encore le gimmick démembré de 'Face to face', impressionnant par sa construction mélodique novatrice, conçue non plus d'une suite d’accords mais d'un collage abrupt de petits samples épileptiques.

Du coup, dans ce monde de gamins pourris, la mélancolie est passagère, en attente de nouveaux jouet susceptibles d’estomper la dépression post achat. D’où une approche du marketing agaçante, ultra-consumériste, jouant avec ses références ludiques grand guignolesques appuyées, un brin totalisantes et hermétiques pour les plus de trente ans, son refus du Spectacle par le spectaculaire puéril (la création d’un Daft Club, comme au bon vieux temps d’une présentatrice blonde au long nez...). Faudra s’y faire, nous sommes loin ici des premiers balbutiements politisés de la house black, loin de l’underground , loin de la réalité tout court… plutôt dans une bulle dorée aux arabesques bariolées et vides cachant des traumas profonds mais pas foncièrement dangereux.

En refusant tout engagement, ils assument donc leur statut d’enfants gâtés nichés dans un minuscule petit home studio en train de, mine de rien, manipuler le Grand Capital. On est pas à une contradiction prêt mais vu qu’ils ne revendiquent aucune démarche majeure sinon l’entertainment mondialiste, on ne pourra les taxer d’hypocrites, voire tenter de critiquer leur jeu pipi caca sans se sentir pris au piège de leur propre délire espiègle de pervers polymorphes.

Ils ont en tout cas réussi le disque POP du 21e siècle dont rêvait U2. Assurément.

Kwuti

Le "Daft Club ", pour les heureux détenteurs du n° de membre (que vous pouvez demander en écrivant au chroniqueur de cet album, qui transmettra...)

Déjà pas mal de réactions sur le forum de Flu. Ajoutez votre grain de sel ! [hop]


édiTARD

Plumes

Mp3

Radio flu

Interviews


Forums