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"Say the ital vital, so the
ital galore
me say the ital vital an' the ital galore
so the dedders get a blow
ital on the go
me kick up, pick up stuff y'know
natty dreadlock dread
'Im dread with the riddim"
Décidément,
Jah est bon avec nous. Il a rassemblé dans un épatant coffret
les meilleures productions du plus funky des deejays roots.
Big Youth, c'est un style déjanté, inimitable, fait de cris,
d'exclamations, d'interjections, de souffles, d'onomatopées.
Il interpelle le public ou son orchestre, parle en écho à
toutes les voix qui peuplent les chansons qu'il remixe, dans
une joyeuse confusion qui relève du grand art. L'intro de
Hot Stock est typique de son style. "Uunh ! Hot stocks
! Introducing the man Gregory Isaacs. The man Leroy Sibbles.
And I the man Big Youth. Say how are you feeling, Gregory
? I'm all right ! And how are you feeling, Leroy ? I'm o.k
! " Boum, c'est parti, et c'est pas prêt de s'arrêter. Vous
en aurez pour vos thunes : Le coffret comprend une cinquantaine
de morceaux, répartis par période sur trois disques : Hot
stock (1973), Reggae phenomenom (73-75) et Hotter
fire (75-79).
Big Youth, c'est le rasta dans toute sa splendeur, exubérant,
rigolard, déjanté et trois fois chevelu, engagé mais cool,
radical sur le fond et la forme, pas du genre cross over comme
Bob
Marley (2° période). Big Youth est peu connu en dehors
du cercle des amateurs de reggae, où son aura est forte. Il
danse comme un fou, comme un indien, comme un guerrier nyabinghi,
mais sans coordonner ses mouvements, plus pour s'éclater que
pour pour dessiner un mouvement esthétique, façon Bob en transe.
Big Youth est surtout connu pour son tube Hit the road
Jack, reprise du classique de Ray Charles et initialement
écrit par Percy Mayfield. Une version de ce fameux hit est
disponible dans ce coffret, mais elle ne retiendra pas forcément
toute l'attention des auditeurs, tant le coffret regorge de
perles plus remarquables encore.
En fait, ce triple album n'est pas une anthologie. Il y manque
trop de titres remarquables, qu'il vous faudra dégotter autre
part si vous ne les avez pas encore. Cool Breeze sur
Riding
the roots chariot, par exemple, la superbe compilation
consacrée par Blood and Fire au travail de Derrick harriott.
Natty Universal Dread est davantage une promenade enchanteresse
dans l'œuvre du deejay magnifique. En (re)découvrant la cinquantaine
de titres restaurés par Steve Barrow, patron du label, c'est
même une bonne partie de l'histoire du reggae jamaïcain qui
est offerte. L'auditeur croisera, au hasard des riddims repris
par Big Youth, les figures qui peuplent le pantheon rasta.
Big Youth nous gratifie notamment d'une excellente reprise
du mythique Marcus
Garvey de Burning
Spear, dubbant et tchatchant pendant plus de six minutes,
voix sur voix avec l'écho de Burning Spear. L'intro de Marcus
Garvey a laissé plus d'un auditeur sur le cul, marqué à vie
par le clapotement initial de l'orgue et par la voix de Burning
Spear, authentique et déterminée, montant comme un cri sourd
: "Marcus Garvey has come to us ...". Repris par Big Youth,
le titre prend une dimension nouvelle, gagnant en force, en
décontraction et en sophistication sonore.
Youth a consacré le "Call and response style", où le deejay
mime une opposition verbale, comme si deux types (concurrents
en amour, chefs de bande ou potes chambreurs) se donnaient
la réplique. Souvent, la joute verbale oppose le toaster à
un alter ego ou à la voix du chanteur dont le toaster reprend
la version. Ça peut ne jamais s'arrêter, et le toaster peut
être pris à son propre jeu, dans une sorte de kaléidoscope
musical. C'est le cas avec Cool Breeze, percutante
reprise du morceau Stop that train par Big Youth. Celui-ci
sera lui-même repris par Scotty, dans le titre Draw your
brakes (superbe, le morceau ouvre le film The harder
they come). Big Youth est un des plus forts au jeu du
remix talk over, si on excepte le maître, U-Roy.
Dans ce triple album, l'artiste a le temps de reprendre pas
mal de riddims célèbres, dont Money in my pocket, de
Dennis
Brown, qui devient Reggae phenomenom.
Il faut bien avouer qu'il nous est impossible de rentrer dans
le détail de ce chef d'œuvre. En fait, perso, je veux juste
vous mettre l'eau à la bouche, histoire de vous convaincre
d'acheter les productions de Blood and Fire, condition sine
qua non pour que Steve Barrow et son staff continuent leur
formidable travail. Il vous faudra donc nous croire sur parole
et foncer direct chez votre disquaire préféré, réel ou virtuel,
pour chopper ce petit bijou, que vous déballerez ensuite de
vos petits doigts fébriles, avant de connaître l'extase de
la première écoute (attention quand-même, le coffret est fragile).
Les fans de Big Youth trouveront matière à approfondir leur
connaissance de l'artiste ; les autres trouveront là une introduction
efficace et excitante à l'œuvre du deejay. Comme d'hab, Blood
and Fire a fait un travail remarquable sur les pochettes,
permettant ainsi de connaître dans le détail l'histoire de
chaque morceau. La biographie complète de Big Youth permet
également de mieux comprendre son itinéraire et son influence.
On y apprend que Youth a grandi à Kinston, près d'Orange
street, fréquenté intensément la communauté rasta de Back
O Wall, et qu'il perça dans le milieu musical jamaïcain -
pourtant fort encombré ! - grâce à sa maîtrise phénoménal
du toasting, cette technique d'improvisation où le deejay
chante par-desus les morceaux que passe le sélecteur. U-Roy,
the Godfather, avait inventé ce style quelques années auparavant,
mais tous les toasters se contentaient en fait d'ajouter quelques
formules types, style "baby baby". Big Youth révolutionna
le genre en balançant des couplets plus longs, mieux construits,
ajoutant du sens, diffusant le message rasta sans jamais oublier
de rire et faire rire son auditoire. Un monstre sacré était
né et, dès la fin des années 60, toute une génération d'apprentis
chanteurs prenait Big Youth comme modèle. Même Bob
Marley s'inspira de lui. Le livret permet aussi de découvrir
quelques savoureuses anecdotes, racontant par exemple comment
Glen
Brown, le grand producteur, sut convaincre Big Youth d'enregistrer
un titre, pour la mirobolante somme de … 100 dollars ! Saoûlé
de gagner si peu d'argent alors que ses morceaux caracolaient
en tête des charts jamaïcains, Big Youth décida de fonder
son propre label, Negusa Nagast productions.
Je vous laisse donc le soin de décourir en profondeur ces
disques savoureux, où vous apprécierez quelques apparitions
sympathiques : Leroy Smart, U-Roy,
Junior
Byles, Gregory Isaacs, Leroy Sibbles, au mieux de leur
forme. Enfin, pour mieux comprend Big Youth et ses chants,
nous vous préparons un petit papier sur le patois rasta (waoh
! good guy as I would say ! …).
Kzino
Le site de Blood
and Fire
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