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Nos trois larrons déglingués remettent une couche dans le
genre foutage de gueule savant, mais pourraient bien s'y casser
les dents. Jusqu'ici ils parvenaient à s'en tirer dans l'approximatif
en traficotant des mélodies déglinguées qui, à force d'une
répétition entêtante et bourrative, devinrent plus une marque
de fabrique qu'une preuve de leur incapacité à matérialiser
leurs idées. Cette fois Add N to (X) semble plus pousser les
limites du ridicule que celles de la musicalité, le tout étant
de savoir si leurs auditeurs possèdent un sens de l'humour
suffisamment développé pour apprécier la chose à sa juste
valeur et ne pas y voir de la fumisterie pure et simple.
Ironie ou prise de conscience, c'est lorsqu'ils se replongent
dans le passé qu'ils gardent toute leur magie, au lieu de
s'engouffrer dans des tentatives avortées de remise en question,
voire d'auto parodie. A force d'animer les défilés de mode,
de se dissiper en maintes obligations relatives à la gloire,
peu de morceaux de ce LP génèrent une émotion palpable (et
ce malgré leur résistance à l'establishment). Ils semblent
se perdre en route, ne serait-ce que par intermittence, comme
avec l'instrumental flippé et auto référencé The Regent
is Dead.
Moins de rythmes tranchants, d'interstices libertaires, d'aspérités
crades, tout laisse à penser qu'ils cherchent une porte de
sortie, un moyen de réorganiser leurs délires informels en
une matière plus lisible. Parfois ça fonctionne, comme avec
le Crampsien Brother Charge, ou le neurasthénique B
P Perino, alors que pour d'autres, ça disjoncte sévère,
comme sur Monster Bobby, où le refrain fédérateur hooligan
nous fait penser au pire des Pet Shop Boys.
Et dire qu'ils furent l'étalon noir du gothique rock avec
Revenge of the black regent, la réconciliation entre l'esprit
arty du Velvet, la maigreur musicale de la new wave et l'amplification
punk... Pour ceux qui eurent la chance de les voir à Dour
il y a trois ans, dans une prestation abrasive aux conséquences
nocives pour les tympans, ma définition prend évidemment tout
son sens. On porta alors logiquement en eux tous les espoirs
alors qu'Atari Teenage Riot, pourtant maître dans la dissonance,
dominait cette scène farouchement pétaradante. Aujourd'hui,
alors que le titre de perturbateur sonique en chef est revenu
à Add N, il se pourrait bien qu'ils montrent leurs premiers
signes de défaillances.
Pourvu que ce ne soit pas la vieillesse.
J.
Kwuti
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