Handsome Boy Modeling School
[Prince Paul/Dan the Automator]

So… how’s your girl ?
(a musical curriculum…)
Tommy boy records – 1999


L’heure des bilans annuels a cette année encore sonné à côté de la plaque. Le couronnement de Beck, sans être tout à fait immérité, est intervenu trop tard et avec une trop grande unanimité, pour qu’on ne le considère pas avec circonspection et plutôt comme la récompense d’un parcours exemplaire que pour cette honnête contribution hivernale. Si le jury n’avait été acheté et si les clients avaient été moins tenus dans leur choix par ce qu’on leur a donné en pâture toute l’année, sans doute Prince Paul aurait-il pu postuler au titre de N°1 de l’année, toutes catégories confondues. On a déjà écrit combien était impressionnant son précédent album-opéra (Prince among Thieves, voir critique) paru en début d’année. Avec Handsome Boy Modeling School, il revient encore plus fort et encore plus people, prêtant alliance, cette fois, avec Dan the Automator, pape des producteurs de la côte Ouest.

La rencontre des deux hommes, longuement commentée dans la presse spécialisée, se serait faite par hasard dans un casino de Monaco où les deux hommes d’élite tapaient le jeton presque côte à côte sans être avares de leur thune. Dan et Prince Paul auraient alors mûri le projet d’un disque enseignant aux jeunes à être élégant, hype et super branchouze. C’est sur ce concept fumeux que serait né un duo qu’on doit considérer ni plus ni moins comme la Dream Team du rap américain, le plus grand coast to coast jamais réalisé sur la planète rap. Prince Paul, souverain de New York, et Dan the Automator – aussi baptisé Nathaniel Merriweather - prince de Los Angeles, convient quelques uns de leurs amis du cru (Dave de De La Soul, Mike D des Beastie Boys, Money Mark, DJ Shadow, Alec Empire, Roisin de Moloko et on en passe) et quelques OVNIS (Sean Lennon, Josh Hayden de Spain !, Paula Frazer de Tarnation) pour esquisser le programme de l’école de l’élégance.

Le tout sonne comme un James Bond hardcore avec smoking, olives noires et pains dans la gueule et ne remplit pas tout à fait ses objectifs : le Rocher monégasque vacille sous les frasques des gentils organisateurs. L’école Paul assure la rentrée des classes avec brio, avec défilé en ordre dispersé du rap le plus rude (Magnetizing du Funkee Homosapien ou le fulgurant Megaton B-Boy 2000) au trip-hop (Sunshine, Torch Song Trilogy), en passant par quelques redoublements d’ordre classique (The Projects, Once again) et une série de bombes interludes (Look at this face they are gorgeous notamment et son leitmotiv montecarlesque). Pour ne rien gâcher, les deux hôtes s’offrent un hit intersidéral dès l’ouverture avec un Rock n’ Roll qui suffit, en quelques 4 minutes de folie, à mettre au tapis les hits obèses de Fat Boy Slim.

S’il n’est pas certain que les jeunes se rangeront des baskets après ça, cet album marque l’entrée du hip-hop dans l’âge adulte. Le genre est probablement le seul à pouvoir réconcilier la hargne du rap et la grâce de la techno. Si Prince Paul veut s’en donner la peine, il n’est pas improbable qu’on retrouve notre ami Sidney, un de ces jours à heure de grande écoute, sur une chaîne publique.

Rock n’roll could never hip hop like this. Tu l’as dit Rabbi.

B.Myosotis 

<<<<So... how's your girl
127.00 F
en écoute

http://www.tommyboy.com


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