Lheure des bilans annuels a cette année encore sonné à côté de la
plaque. Le couronnement de Beck, sans être tout à fait immérité, est intervenu trop
tard et avec une trop grande unanimité, pour quon ne le considère pas avec
circonspection et plutôt comme la récompense dun parcours exemplaire que pour
cette honnête contribution hivernale. Si le jury navait été acheté et si les
clients avaient été moins tenus dans leur choix par ce quon leur a donné en
pâture toute lannée, sans doute Prince Paul aurait-il pu postuler au titre de N°1
de lannée, toutes catégories confondues. On a déjà écrit combien était
impressionnant son précédent album-opéra (Prince among Thieves, voir critique) paru en
début dannée. Avec Handsome Boy Modeling School, il revient encore plus
fort et encore plus people, prêtant alliance, cette fois, avec Dan the Automator, pape
des producteurs de la côte Ouest.
La rencontre des deux hommes,
longuement commentée dans la presse spécialisée, se serait faite par hasard dans un
casino de Monaco où les deux hommes délite tapaient le jeton presque côte à
côte sans être avares de leur thune. Dan et Prince Paul auraient alors mûri le projet
dun disque enseignant aux jeunes à être élégant, hype et super branchouze.
Cest sur ce concept fumeux que serait né un duo quon doit considérer ni plus
ni moins comme la Dream Team du rap américain, le plus grand coast to coast jamais
réalisé sur la planète rap. Prince Paul, souverain de New York, et Dan the Automator
aussi baptisé Nathaniel Merriweather - prince de Los Angeles, convient quelques
uns de leurs amis du cru (Dave de De La Soul, Mike D des Beastie Boys, Money Mark, DJ
Shadow, Alec Empire, Roisin de Moloko et on en passe) et quelques OVNIS (Sean Lennon, Josh
Hayden de Spain !, Paula Frazer de Tarnation) pour esquisser le programme de
lécole de lélégance.
Le tout sonne comme un James
Bond hardcore avec smoking, olives noires et pains dans la gueule et ne remplit pas tout
à fait ses objectifs : le Rocher monégasque vacille sous les frasques des gentils
organisateurs. Lécole Paul assure la rentrée des classes avec brio, avec défilé
en ordre dispersé du rap le plus rude (Magnetizing du Funkee Homosapien ou le fulgurant
Megaton B-Boy 2000) au trip-hop (Sunshine, Torch Song Trilogy), en passant par
quelques redoublements dordre classique (The Projects, Once again) et une
série de bombes interludes (Look at this face they are gorgeous notamment et son
leitmotiv montecarlesque). Pour ne rien gâcher, les deux hôtes soffrent un hit
intersidéral dès louverture avec un Rock n Roll qui suffit, en
quelques 4 minutes de folie, à mettre au tapis les hits obèses de Fat Boy Slim.
Sil nest pas
certain que les jeunes se rangeront des baskets après ça, cet album marque
lentrée du hip-hop dans lâge adulte. Le genre est probablement le seul à
pouvoir réconcilier la hargne du rap et la grâce de la techno. Si Prince Paul veut
sen donner la peine, il nest pas improbable quon retrouve notre ami
Sidney, un de ces jours à heure de grande écoute, sur une chaîne publique.
Rock nroll could never
hip hop like this. Tu las dit Rabbi.
B.Myosotis |