Les Extended Organ sont des précurseurs de la grande famille des musiques
électroniques conceptuelles. Ils ont été instigateurs du Los Angeles Free Music
Society, collectif regroupant des artistes davant-garde qui devait libérer
lAmérique du clivage disco-social qui détenait, de son emprise totalitaire, les
ondes hertziennes. Le spectre du LAFMS, qui grandit sur les terres du Mothers Of
Invention, Captain Beefheart, Sun Ra et du compositeur Harry Partch, se fit lécho,
jusquau pays du soleil levant, des musiques improvisées, chargées en bouffonnerie
nihilistes intellectualisantes. Ils avaient pour mission délargir
le sens de perception de la masse, en injectant une conscience innovatrice dans ce siècle
de bruits et de musiques.
Lorgane étendu est
composé dartistes totalement loufoques : Paul McCarthy, photographe apathique,
maître en vociférations et autres grognements dignes des plus belles heures du
Captaine Caverne, Fredrik Nilsen concepteur d hasardeuses guitares
abracadabrantes, joueur de dildo, membre des Doo-Dooettes et frénétique graphiste à ses
heures perdues ; Joe Potts, inventeur du " chopped optigan ", linstrument
le plus cannibale des enchantillonneurs optiques des 70s, lui aussi graphiste
perturbé, et Tom Recchion, homme à tout faire, multi-instrumentiste indépendant,
ingénieur du son barré, suiveur du principe de Corti (dogme affirmant que l'organe vrai
de l'audition est une structure en spirale logé dans la cochlée et contenant des
cellules de cheveux, qui sont stimulées par des vibrations saines. Les cellules de
cheveux convertissent les vibrations en impulsions nerveuses qui sont transmises au
cerveau par la partie cochléaire du huitième nerf crânien).
Xoxo a tout de
malsain, lapproche gothique, les grognements macabres construits autour de pièces
baroques, les titres des morceaux (Frankenstein, Drowning in water), le
visuel de la pochette représentant une certaine obsession morbide de larchitecture
californienne modèle. Ces rires funéraires, ces supplications désaxées, cette idée de
cadence free jazz, ces sons extrêmes, tous les ingrédients de lhorreur auditive
sont présents. On rentre très vite dans le macabre le plus profond dès ce dodu Tubby,
totalement conceptuel, aux cordes étêtantes , proche de lagonie lyrique.
Cest lent, fondamentalement ambiant. Les morceaux senchaînent Hum diddle
um diddle um et ce téléphone névrotique, This, jazz souterrain du royaume
des morts, Schuck Venus sorte de dead song transcendantale.
Proche de la musique
concrète, ce disque nest pas un divertissement mais une réflexion. Cest sans
compromis que ces vieux briscards de lexpérimentale flirtent avec le bruit dans une
revendication sonore abstraite. Xoxo a bel est bien sa place dans le catalogue du
label azimuté Birdman Record, repère de braques tel que John Frusciante, Pearls Before
Swine, Omoide Hatoba, Audio Active... il ne demande quà rejoindre votre loft
postmoderne, entre le Malevitch tombé du mur et les vieux parchemins d Horace
Walpole.
Laurent
Rollin |