Si "Virgin Suicides", le film, sort enfin après de longs mois dattente, la bande originale du film, elle, était déjà disponible dans les bacs depuis février dernier. Un
événement tout aussi attendu puisque dû au duo électro-pop Air.
Le groupe Air se constitue de deux hommes. Un ex-professeur de mathématiques : Jean-Benoit Dunkel et un ex-étudiant en architecture dénommé Nicolas Godin
qui se rencontrent à Versailles. De leur rencontre en 1995 naîtra une première collaboration :
"Modular Mix" sur la compilation de musique électronique SourceLab. Satisfaits de leur première collaboration, ils décident de continuer à travailler ensemble et produisent de nombreux morceaux pour diverses
compilations (notamment le mythique "Super Discount" que lon va rapidement cataloguer sous lappellation
"french-touch" et qui réunit dautres talentueux Versaillais
tels que Alex Gopher ou Etienne de Crécy). Ces morceaux seront réunis la même année dans un premier album
("Premier Symptôme" chez Source) qui restera relativement confidentiel. Confidentiel de ce côté de la manche car les Versaillais enflamment rapidement la
presse britannique qui commence à leur tresser des lauriers déjà mérités.
Le succès de la "French-touch" aidant, Air décide de sortir son deuxième album. Toujours sous le nom de Air mais avec le sous titre
"French-Band". Coquetterie qui sest avérée payante. En effet, tablant sur la bonne réputation du groupe à létranger, le distributeur Virgin lance une campagne de publicité autour de
"Moon Safari" (Source, 1999) qui fait un malheur outre-Manche et outre-Atlantique. En France, lalbum ne connaîtra quun petit succès destime.
Sophia Coppola est une fan du second album du groupe. Elle avouera même lavoir écouté en boucle durant lécriture du scénario de
"Virgin Suicides". Il faut dire que lambiance musicale de style années 70 que lon trouve sur les albums de Air est assez voisine de lapproche visuelle sur laquelle travaille la
réalisatrice. Elle nentrera pourtant pas en contact avec le groupe avant le tournage, préférant leur montrer une première mouture du film non achevé.
Cest peut-être une des raisons qui font que cette musique semble à ce point désincarnée du film. Prenant la suite dartistes électroniques qui se sont essayés
B.O (Moby chez John Waters ou Michael Mann, les Dust Brothers chez David Fincher ou encore Björk bientôt chez Lars Van Trier) Air compose des
morceaux dune grande profondeur qui rompent par leur sécheresse avec des productions antérieures plus ludiques. A travers cette musique, le groupe quitte les
atmosphères proches de leasy-listening et de la pop acidulée des années 70 qui ont fait son succès (Michel Polnareff est leur plus grande influence avec des groupes
de variétés des années 80 tels que Les Korgis, les Buggles ainsi que Nino Ferrer). Ils se penchent plutôt vers dautres influences majeures tels que Serge
Gainsbourg (pour ses musiques de films) et Ennio Morricone. Des influences que lon pouvait déjà ressentir sur leurs albums précédants mais qui, ici prennent toute
leur ampleur.
Le groupe délaisse aussi les machines pour nutiliser que piano, guitare, orgue, basse et batterie. A lécoute, leffet nest pas exactement celui dune bande originale.
Au lieu de sacclimater à latmosphère douce et cotonneuse des images de Coppola, Air fait primer une sorte de malaise, une atmosphère étrange et quelque peu
surnaturelle qui prend ses distances avec le film.
Au final, cette musique envoûtante sécoute aussi bien et même mieux en dehors du film. Elle ne trahit aucunement lambiance recherchée par Sophia Coppola,
seulement, Air a réussi ici une musique qui surpasse le film quelle était censée simplement servir pour finalement mener une existence propre.
Il va donc de soi que lécoute de la bande originale en dehors du film est fortement conseillée.
Yves Le Corre
("The Virgin Suicides" disponible chez Source. Un CD 4 titres contenant des remixes de
"Playground Love", la chanson du film, est également disponible).
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