| Celui par lequel tout commence
Termination Dub est sans doute le
plus beau dub jamais dubbé. On le doit à deux des plus grandes figures du genre, Glen
Brown et King Tubby.
Glen Brown commença sa
carrière en tant que chanteur, tournant dans les hôtels de lîle et enregistrant
pour Prince Buster, Derrick
Harriott, Duke Reid, Leslie Kong et Coxsone Dodd. Au début
des années 70, il devint producteur, éditant notamment des stars comme Gregory Isaacs,
Big Youth, Johnny Clarke, Prince
Jazzbo, U.Roy et I.Roy. Aujourdhui, Glen Brown poursuit son
travail de producteur à New York.
Baptisé the Rythm
Master, Glen Brown a mis au point des rythmes lourds, vaporeux, qui cognent contre
les murs, le plancher et le plafond, renvoyant en échos des basses entêtantes. Glen
Brown travaillait souvent en association avec King Tubby, the Dub master, pour les remix
de ses morceaux originaux. Il demandait à Tubby denregistrer cinq ou six versions
instrumentales déclinées de ses créations. Il arriva que le King en produise plus de
douze, extirpant du riddim initial toute sa richesse sonore. Sur une compilation comme Termination
Dub, le rassemblement de thèmes musicaux récurrents dans luvre du duo
confère à lensemble la dimension dun album concept, où lauditeur se
laisse guider dans un parcours riche de réminiscences, de renvois et de jeux sonores.
Versions chantées, toastées, instrumentales : toutes les déclinaisons sont
imaginées. Steve Barrow, sélecteur en chef du label Blood&Fire, a notamment
sélectionné les travaux entrepris par le couple légendaire à la fin des années 70 à
partir de deux superbes chansons écrites par Glen Brown, Save our Nation et Away
with the bad. La première se transforme en Save our Dub tandis que la seconde
devient World Dub : away with the bad. On trouve également sur lalbum
un remix du célèbre Death in the arena, devenu Version 78 style. Tous les
morceaux furent enregistrés avec les plus grands musiciens du moment : Familyman (le bassiste des Wailers),
Robbie Shakespeare, Carlton
Santa Davis à la batterie (alternant avec Carlton Barret, le
frère de Familyman), Richard Dirty Harry Hall et quelques autres
pointures. Lintro de lalbum constitue le moment le plus beau : Termination
Dub ouvre avec des percussions au ralenti sur lesquelles une section cuivre entonne
une plainte mélodique et annonciatrice de terribles fracas roots. Un peu comme si les
deux maîtres du remix avaient dubbé le chant des trompettes de Jericho.
Glen Brown navait
jamais assez dargent pour presser suffisamment de copies des albums quil
produisait, et enregistrait au Randys,
au studio de Joe Gibbs ou celui de Duke Reid. Les quelques dizaines de
vinyles de ses labels, Pantomine ou South East Music, finissaient dans les
sound-systems, qui assuraient la popularité des morceaux. Ce système de diffusion
minimaliste explique la quasi-disparition, pendant deux décennies, des morceaux
présentés dans cette compilation. Le travail réalisé par Steve Barrow et son équipe
sur ces chefs duvre décuple ainsi le plaisir éprouvé à leur écoute.
Kzino |