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Le samedi soir était le moment le plus attendu après une semaine entièrement vouée aux élocutions professorales plus ou moins intéressantes suivant la période de
lannée universitaire qui pour nous commençait toujours deux semaines avant le début des partiels. Comme dhab, on avait tous rendez vous à vingt heure dans
lappart de Ludovic, son salon transformé en dance floor pour loccasion. En arrivant troisième rue à droite après le feu, on ne sattendait plus à grand chose niveau
sexe, Ludo ayant déjà une petite amie, il ne fréquentait plus dautres personnes à part nous. Dune certaine manière et à notre grand dam, il était casé pour de bon ;
alors la sortie entre copains consistant à mater les filles de travers la clope au bec, fini pour lui. Rangé des mécaniques. Le bougre. Du coup, on ne savait pas si on
allait chez lui pour samuser, ou bien alors pour oublier, lalcool aidant, combien notre vie affective était désastreuse. Ce faux élixir de jouvence nommé rhum nous
permettait dy voir encore moins clair sur nos situations respectives. Officiellement, notre vie sorganisait autour des études mais, officieusement, elle prenait plutôt
des allures de perdition mentale désastreuse : squattage de bancs la tête en lair en ruminant éternellement la même question existentielle : que vais je faire après les
cours ?
Au début de la soirée, ça allait toujours, les esprits mettant un peu de temps à séchauffer, ont gardait cette capacité de penser sérieusement, dentretenir la
conversation, aussi inintéressante pusse telle être. Toujours les mêmes thèmes, toujours la même sensation dennui profond. Même si le sourire était de rigueur. Une
bouteille plus tard, là, linconscient collectif reprenait douloureusement ses droits. Didier pleurait sur ses ratés amoureux ; Alexis ouvrait enfin la bouche, voire trop ;
Nico senfermait dans les toilettes ; Luc partait dans des discours post rétro gauchistes ; Sabrina fumait sobrement sa clope ; Tom se lancait dans le judo ; Ric
provoquait tout le monde ; Lucie considérait Disney world comme un futur possible pour notre société ; Olivier rigolait en début, milieu, fin de phrase ; Isabelle
donnait des cours danglais rapide ; Arnaud , habitué à tous nous ramener un par un, lorgnait plutôt vers la discothèque avec lil averti du connaisseur qui en chie
des ronds de chapeau pour dégotter son disque favori. Linusable Gym Tonic, en loccurrence, seule galette capable de remuer nos fesses soudainement dévouées à
ce gimmick imparable : one, two, three, four. Ah ! ! ! On ne remerciera jamais assez la musique davoir enveloppé de son aura nos délires éthyliques. Parce quelle
nous a sauvé. Les baffles boostées ont couvert les pires insanités, nos faiblesses, nos rancurs, nos jalousies qui, du coup, ne sont pas restées dans les esprits et ont
permis à notre solidaire amitié de résister au passage du temps sans trop dencombres. Quatre bises à la Dame avant de sortir, on lui doit bien ça.
Cétait il y a deux ans déjà. Le lectorat a sans doute connu cela. On avait entre 19 et 23 ans. Depuis, la vie (cette chienne) a repris ses droits. Plus personne ne
fréquente linstitution scolaire, déterminé à enfin affronter la réalité journalière avec son lot de heurts, de coups bas, de vengeance malsaine et dinjustice. On sen
serait bien passé, nous, les djeuns en jeans larges flottant sur des basquettes Nike dernier cri. Heureusement que, dans les moments durs, subsiste la nostalgie,
cette fuite intérieure. Pour la déclencher, on se remémore certains morceaux ou albums nayant pas quitté la platine durant nos années fac. En fait, maintenant on
sen rend compte, cette French Touch quon prenait plaisir à pourfendre constitua quand même une bonne partie de nos souvenirs tire larme. Normal, Daft Punk et
consorts rythmaient quotidiennement nos déhanchements de post adolescents régressifs avec leurs mélodies funky sucrées diablement efficaces, sacrément
mainstream. Alors, voir arriver dans les bacs un nouveau Etienne de Crecy, vieux de la vieille, ça fait forcément quelque chose au cur, un mélange de dégoût et
dattirance. Pourquoi aime t-on ça, la chantilly à ras bord ? Parce que, quon le
veuille ou non, à défaut de bouleverser la planète électronique, il sera éternellement
attaché à nos indescriptibles souvenirs. On sen serait bien passer. Cet album reprend les choses là où Etienne les a toujours laissées, joue le jeu du passé (eighties)
larmoyant. Tempovision vise large, cherche à remuer les gambettes, même sil faut pour cela lorgner vers le kitsch, le funk des plus grossiers ou une touche française
vieillotte et maladroitement insistante. Chez lui, donc, rien na changé, on le répète, lelectronica ou le drumnbass semblant être le cadet de ses soucis.
Il préfère taper direct dans les pattes, calibrant parfaitement ses futur hits potentiels. Du coup, beaucoup de monde le déteste. Trop gentil le monsieur. Alors pour ne pas le blesser
on va se mettre à la place de ceux qui prennent plaisir à samuser entre eux sans se prendre la tête avec, en bruit de fond, une musique house virevoltante, certes
acculée mais rentre dedans. Votre petit frêre pas fut-fut en Deug va adorer même sil
se refuse à ladmettre, car Etienne lui permettra de voir son meilleur qui ne supporte pas lalcool monter sur la table en vociférant
YYYYAAAAAOOOUUUUHIIIIIII lorsque monte la rythmique de 3 day week
end, ou celle de Out of my hands. Et pour le prof dinfographie trentenaire que
(encore) votre frêre a invité dans loptique davoir de bonnes notes, ya un morceau new wave imparable :
Scratched. Quant au reste, il amusera le mec perpétuellement assis, vous savez celui qui fait la gueule sans raison. Tout le monde il est pas content? Eurodisney vient de trouver sa musique de propagande.
Yannick
NOWAK
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