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Enfant prodige du hip-hop canadien, Kid Koala signe avec "Carpal Tunnel Syndrome" son premier et très attendu album. Apparu à lâge de 16 ans sur la côte Ouest,
ce scratcheur dorigine asiatique aura attendu trois années, entre des collaborations remarquées sur diverses compilations et une formation complémentaire auprès du
très influent Dan The Automator (voir Handsome Boy Modeling
School), pour se lancer dans la grande aventure de la galette des
rois (support vinyl recommandé évidemment). Ce "Syndrome du canal carpien"
maladie professionnelle plus connue sous le code MP 57 et qui touche de manière dramatique les caissières de
supermarché et les DJ entraînant arthrite aiguë et paralysie des doigts témoigne dune immaturité au moins égale à ce quon attendait du Kid.
Lalbum est à la première écoute un collage indigeste (pré-pubère) de musiques hawaïennes
("Naptime"), de ronflements nocturnes ("Music for morning
people"), de guimauves et de scratches confus. Des types discutent le bout de gras, des disques de jazz grésillent, des bagnoles démarrent pendant un concert de Pow Wow (sur
"A night at the Nufonia") et ainsi de suite. Kid Koala semble incapable de filer une idée pendant plus de vingt secondes
: il découpe, saccage, il ajoute ou enlève un beat qui était bien parti pour le remplacer par la voix dun fermier puis y revient en lenrobant de bruits électroniques de gouttes deau ou danimaux. Dit comme ça,
ça ne fait pas envie. Bizarrement et très vite on se retrouve pris au piège de la scansion très particulière du koala. Contrairement à lanimal du même nom, la
rapidité du Kid est saisissante et évoque lunivers de la bande dessinée (la pochette du disque en est une dailleurs qui reprend la vie de lauteur et sa rapide
ascension sur le marché du disque). Kid Koala bouffe à tous les râteliers, passant de lélectro-acoustique dun
"Temple of gloom", à un hip-hop de facture classique sur
"Scurvy", avant denchaîner sur des titres plus jazzy, des interludes empruntés au
Prince Paul ou alors des sessions scratch très très impressionnantes (le début de
"Barhopper" et limpeccable "Nerdball"). Le tout est vif, aussi enivrant quun bon Tex Avery (au moment où le loup remarque la poulette depuis sa bagnole rouge) et
dune fraîcheur que lon navait rencontrée nulle part depuis, disons, le
"3ft High n Risin" des De La Soul.
Le titre
"Like Irregular Chickens" piste 12 change, presque à la fin du set, le disque en chef duvre. Kid Koala mixe les gloussements de deux ou trois poulets et
en fait ce quon peut considérer sans exagérer comme le titre le plus hilarant, décisif, incongru et brillant de toute lhistoire du hip-hop (après
"La Danse des Canards"). Si vous vous risquez à passer ce titre dans votre salle à manger, attendez vous à voir tout le monde se contorsionner et reprendre le refrain en cur pendant les trois
prochaines années. Méfiez-vous encore, sur cette même piste, de la reprise du motif principal au bout dune minute et quarante secondes qui est tout à fait inattendue
et scandaleuse et risque de faire très mal ! En bout de course, Kid Koala réussit son entrée parmi les professionnels avec les défauts de ses qualités et justifie la hype qui sest formée autour de lui depuis ses
débuts en offrant à ses fans et aux autres encore un bon disque dinitiation au hip-hop - un excellent moment de détente et une cure de jouvence.
Myosotis |