Ceux qui auront assisté à la démonstration de The Make-Up au
Café de la Danse début novembre nauront pas besoin de lire cette critique. La
disparition soudaine de la plupart des anciens albums du groupe qui mourraient dans les
rayons des disquaires depuis des lustres dit assez bien ce qua ressenti le péquin
au sortir de cette heure et quart de concert. Une révélation. Une illumination. Le
sentiment (fondé) que si tout ce quon nous avait dit jusqualors sur la
puissance des anciens du rock nroll, sur le mouvement punk, sur la force terrible de
cette musique incarnée par des icônes jamais vues de nos générations, Morrisson, Ian
Curtis, Sid Vicious, nétait pas que des paroles de vieux cons soucieux de faire
mousser leur époque. On se rend compte que jusquici on avait, comme de vieilles
nymphos qui courent après leur premier orgasme, été que des simulateurs.
La Make-Up Organization est en
concert dune efficacité radicale. Le chanteur/compositeur Ian Svenonius est
on se sent con à lécrire mais cest la vérité un clone de Jim
Morrisson (par sa beauté pâle et sa présence féline) qui aurait hérité du jeu de
scène de Prince et de Mick Jagger (dont il a lattribut
principal, la lèvre lippue qui fait craquer les filles). Autour de lui, un groupe solide
de composition classique, une bassiste superbe Michelle Mae, un batteur inspiré Steve
Gamboa et un guitariste choriste géant, James Canty, accompagne les délires de son
leader sans courber léchine. Svenonius chante perché sur les épaules des premiers
rangs, pousse des hurlements tantôt lugubres tantôt dune sensualité affolante.
Mais nous nen dirons pas plus. Il fallait y être.
Sur ce nouvel album (égal au I want Some de lannée dernière
dont nous avions vanté les qualités), Svenonius et sa bande livrent neuf titres
incroyables. Le rock funk qui était la marque de fabrique du groupe jusquici (voir
le live à Londres, disponible en magasin) est battu en brèche par des compositions plus
bluesy. La batterie hardcore joue en sourdine et se contente de donner à la plupart des
titres un rythme enflammé qui file à peine le train à la voix du chanteur. Si Make-Up
nous paraît si riche, cest avant tout par la variété du chant. Svenonius sait
tout faire. Il est le chant. De tête, ténor, halètements, cris
Il pourrait être
dit beaucoup de Save Yourself (you are my doctor frankenstein), peinture
hallucinée dun amour dévorant, de The Prophet (sur une rencontre du 3ème
type) ou d I am Pentagon (le titre par lequel il vous faudra commencer), si
le groupe navait pas placé une reprise d Hey Joe en bout de bande
qui fait passer tout le reste pour une introduction.
En une dizaine de minutes,
Make-Up ravale tous ceux qui se sont essayées à Hey Joe, ce grand standard du
rock US (ils sont de Washington D.C), au rang de minables. Willy Deville. Minable.
Hendrix. Minable ? Dylan. Minable. Le Hey Joe de Make-Up est tout bonnement
parfait. Interminable et dune sauvagerie sidérante. Le groupe insiste sur la
dimension charnelle du morceau et sur la folie du Joe qui want to go to Mexico.
Contrairement aux autres versions, Joe est rappelé au pays et ravage tout sur son
passage. Il vous crache à la gueule et vous envoûte dans la grande tradition des hymnes
sudistes. Make-Up réussit son coup et se donne pour la scène une arme imparable qui
mettra à genoux des stades entiers si daventure le succès sonnait à la porte.
B. Myosotis |