On ne remerciera jamais assez Aphex Twin davoir ravagé avant lheure
les terres de lélectronique pour leur substituer un terreau de sons synthétiques,
de couinements et de soupirs de calculatrices électroniques. Console comme
lexcellent grenoblois Money Penny Project, quon ne recommandera jamais assez-
semble marcher tout droit dans les pas du géant Richard D. James qui caracole loin devant
comme ses expérimentations sur les projets Bubblebath lont montré récemment.
Organisé autour dun homme seul et de quelques amis, le groupe allemand, emmené par
un leader originaire de Düsseldorf dont on ignore à peu près tout si ce nest
quil est venu assez tardivement à la musique électronique, offre une chance
supplémentaire, à ceux pour qui Aphex Twin serait déjà trop loin, de comprendre la
révolution en marche.
Lécole des petits sons
comme on peut lappeler- est, en effet, dans les milieux branchés, sur le
point de renverser le big beat lourdingue des Fat Boy Slim et autres Chemical Brothers.
Léconomie des petits sons est assise sur le mariage de ces sons, dits petits, et
des spécificités nationales. Chez nous, cela donne Air et ses mélodies en forme de
bulles de champagne. Outre-Rhin, Console qui acculture Aphex à la mode Kraftwerk, mêle
la sécheresse tonale (Reich) et le sens de la mélodie.
Tout ceci donne un album
délectro-acoustique presque parfait, léger comme lAir et noir comme un vieux
single de Radioactivity. Lalbum qui porte parfaitement son titre (une fusée dans la
poche, sol-air, air-sol) bénéficie, de surcroît, de leffet locomotive de son
single 14 Zero Zero, repris par une marque célèbre et qui introduit sans vergogne
quelques
textes dans un univers sautillant. Console démontre, sil le fallait
encore, que les ordinateurs ont un cur et peuvent éprouver de grandes joies. Album
gai mais parfois inquiétant, la fusée dans la poche est une bonne introduction à un
mouvement passionnant et dont les ramifications ne vont pas tarder, nen doutons pas,
à étouffer les beats destructeurs de cerveaux de la technopop. Plus proche de
lambient et de la musique contemporaine que des sales fanfares dIbiza,
lécole des petits sons est la ligne claire des mouvements techno, précise et
acérée comme une griffe de femme, elle sait mettre le doigt où il ne faut pas et
réconcilier sur son nom les clubbers en bout de course et les adorateurs de musique de
chambre.
B.Myosotis |