Datachi est un punk, un nihiliste de la musique électronique. Il sait
apprivoiser le chaos et domestiquer linstabilité des structures sismiques. Il a
compris que par-delà le bien et le mal, il fallait tout faire péter. Que la source du
son se trouvait aussi bien dans la physique atomique à tendance moléculaire que dans la
ritournelle guillerette du Pacman de son vieil Atari. Il sacoquine avec le
désordre, sans scrupules et avec l'infinie détermination de lapocalypse
approchante. Tout doit exploser, éclater jusquà la rupture danévrisme, la
fureur du bruit doit se répandre dans tous les esprits sains. Lagression ultime et
dadaïste est le leitmotiv radical de cette recherche auditive sans compromis et sans
compromissions.
Joseph Fraioli, ce jeune New
Yorkais, materné par Caipirinha Records, label à lesthétique plurielle,
sacharne sur ses machines pour ventiler une drillnbass sauvagement
gabber. Le premier titre Deconstructing man annonce très vite la couleur,
la saturation est là et le bleep dégouline sauvagement le long des fragments des drums
telluriques. Leonard Park senchaîne dans le militantisme du groupe du Front
de Libération Rephlex et de lun de ses maîtres à penser, Bogdan
Raczynski. Cet album sent le Tétris pas très frais et la sueur des samplers aux
treillis boueux. Les cyclotrons y sont en ébullition. Les connivences avec l Empire
sont réelles et sans appel. Et les plages ambiantes ne sont là que pour rappeler que la
mélodie est lopium des peuples.
Ca part dans tout les sens du
hardcore bruyant, aux nuances jazzy débiles, aux boucles deffets spéciaux gorgés
de vociférations sonores, en passant par du breakbeat marteau-pilon, de
léchantillon de cartoon sous overdrive et des stridences psychotiques.
Datachi pousse le vice de lIDM, Intelligent Dance Music, dans une phase
radicale dexpérimentation potache et bon-enfant. Sa démarche est volontairement
lo-fi, et sa philosophie est dobtenir le maximum de brondissements de ses gadgets
électriques. La frénésie, présente sur chaque recoin de lespace vibrant, demeure
la constante dans cette mise en avant de la théorie du "fais le toi même"
récurrent et extrême. Sorte de thème du Mario perdu dans Space Invaders au pays du
drill joyeux, cet album est lun des reflets de la dérision de notre monde
conformiste à lindustrie du disque bien formatée.
La déconstruction
vaincra
Laurent
Rolli'n |