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L Odyssée
de lEspace
Sonore
"Fittier,
happier
", la voix électronique de lordinateur qui
simmisce dans O.K Computer, parasitant parfois les morceaux
comme un leitmotiv en filigrane, résume le paradoxe du troisième
album de Radiohead. Il sagit là dun des plus grands albums de
rock de la décennie 90, voir de lhistoire du rock tout court, et
pourtant il en court-circuite volontairement le genre.
Témoignant dune angoisse profonde, O.K Computer, tel Hal,
le super programme de 2001, lOdyssée de lEspace est un album
vivant, souffrant, et qui diffuse un malaise né de la prise de
conscience de sa propre existence. Une réflexion trop abstraite?
Peut-être, mais O.K Computer est un album qui se dirige sur la voie
de labstraction musicale et il est difficile den parler, tant il
est complexe.
Chaque titre de lalbum est une preuve dun dédoublement
schizophrénique. Paranoid Android, Subterranean Homesick
Alien, ou Lucky par exemple, conservent les caractéristiques
de la musique rock - richesse des lignes mélodiques, présence des
guitares électriques et bien entendu, omniprésence de la voix de
Thom Yorke - tout en se "déformatant". Comme des poupées
gigognes, les morceaux souvrent pour en faire découvrir
dautres, passant dune humeur, et par conséquent dun style,
à une autre, revenant en arrière, se transformant à nouveau, comme
limage dun kaléidoscope dont on ne contrôlerait pas le
mouvement. Pris dans sa globalité, O.K Computer réussit le même
tour de force. Il contient des ballades "pop", si on peut
oser employer le mot ici, aux mélodies imparables comme Karma
Police et No Surprises, de vrais morceaux de rock (Electioneering,
Let Down), dérive vers le "Space Opera", puis flirte
avec un lyrisme poignant qui ne dépareillerait pas avec la bande
originale dun film.
Paroles abstraites, opaques, surréalistes, changement incessant
doctaves et de registres, rien ny fait, O.K Computer est
un album qui a la grâce et qui, envers et contre tout, se tient en équilibre.
"No alarms, no surprises
", ironiquement, le troisième
volet de laventure Radiohead est tout sauf lacceptation dune
apathie musicale. Bien au contraire, il tire la plus belle des
sonnettes dalarme.
Caroline Bodin |