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Radiohead Pablo Honey The Bends Ok Computer Kid A

Radiohead
Kid A
Parlophone/EMI


KID A : ou comment disparaître complètement

C’est l’histoire d’une disparition… A la fin de Karma Police, dans O.K Computer, alors que Thom Yorke répète qu’il s’est perdu en chemin, "I lost myself", un effet de destruction finale se produit, comme si la machine qui programmait le morceau s’emballait, implosait, pour produire un effet de distorsion sonore qui ferait partie intégrante du morceau. De la même manière, Kid A ressemble à une espèce musicale hybride née des cendres de l’ancien Radiohead, ou du moins, de sa production passée.

Dans Kid A, beaucoup de ce qui avait fait la marque de fabrique et la spécificité même du groupe a disparu. Ici, presque plus de guitares ou alors en retrait, employées dans le but de produire une impression plutôt qu’un soutien mélodique. Pour ainsi dire plus de voix, sinon traitée comme un instrument, presque comme un accessoire se fondant dans une sorte d’abstraction musicale lumineuse. De texte, il n’y en a quasiment plus non plus, à part quelques phrases crées par le biais de l’écriture automatique. Enfin, bien qu’il y ait des titres, on ne peut pas vraiment considérer les plages musicales de l’album comme une succession de chansons mais comme les tronçons d’une forme indissociable dans son ordre et dans son agencement.

"Album-concept", c’est difficile à dire. Plus qu’un voyage musical, Kid A propose un parcours atmosphérique où les genres et les emprunts se télescopent puis se fondent. Passages technoïdes, emplois de samples, (du compositeur Paul Lansky !), et de boîtes à rythmes (Idiotheque), perfusion d’acid jazz dans un chaos apparent (National Anthem), expérimentations répétitives et synthétiques à la Laurie Anderson, curieusement, à l’heure où les groupes qui les copient se multiplient par dizaines, Radiohead s’ingénie à brouiller les pistes de sa propre identité. Le jeu dure ainsi jusqu’à la respiration finale de Motion Picture Sountrack, où, dans une envolée inattendue d’orgue et de harpes féeriques, on appareille vers ce qui ressemble à un autre monde, encore inconnu.

"I am not here, this is not really happening", "How to disappear completly", puis "This is really happening" chante Thom Yorke sur Idiotheque. Que croire, c’est un peu tout le problème de Kid A car, même si l’on se laisse complètement envoûter par les capacités hypnotiques de l’album, on peut aussi être dérouté et se sentir frustré. En effet, en disparaissant complètement derrière leur musique, en en faisant une entité à part entière, les cinq membres du groupe l’ont peut-être aussi un peu privée de son humanité. L’air des cimes fréquentées ici est parfois glacial et difficile à respirer. 

Néanmoins, au risque de se répéter et de devenir une caricature d’eux-mêmes, avaient-ils vraiment le choix ? Non, à ce stade, Radiohead ne peut plus que continuer à avancer, ouvrir de nouvelles portes et battre en brèche les automatismes musicaux qui le forceraient à rester un simple groupe de rock, ce qui n’est déjà plus le cas…

Caroline Bodin

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