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Libération
The Bends est resté, pour ceux qui lont découvert à sa sortie, le symbole de la véritable rencontre avec Radiohead. Ce que lon avait pu juste pressentir avec
Pablo Honey se confirmait alors, Radiohead était un grand groupe, capable non seulement de signer des mélodies imparables mais aussi de se différencier de tous les
autres. Lyrique, énergique, The Bends dégage une force et une singularité que seul un album comme
Grace, de Jeff
Buckley, sorti un an auparavant, avait été capable doffrir. Lallusion nest pas innocente, depuis, Radiohead et Buckley sont devenus, jusquà lécurement, les références absolues de toute une génération
de groupes et dartistes des deux côtés de lAtlantique.
Avant tout, The Bends permet de découvrir toute létendue du talent de chanteur de Thom Yorke, sa voix ténue, haut perchée, parfois murmurante puis écorchée,
essoufflée, et surtout capable de communiquer toute la gamme des émotions possibles. Lalbum libère également les guitares des frères Greenwood et de Ed
oBrien, des instruments quils modulent, font vibrer, de manière à les élever au niveau de la qualité de la ligne vocale et de faire des deux éléments un duo
indissociable. Les guitares soutiennent la voix et en renforcent limpact dramatique puis le jeu continue, la voix leur répond, amplifiant encore leurs échos et leurs
frémissements, leur permettant ainsi dêtre autre chose quun simple accompagnement.
Quon ne sy trompe pas, The Bends est loin dêtre un album parfait, il hésite encore et tâtonne, empreint dune violence contenue et dune rage presque
adolescente. Parcouru dune mélancolie étrange et polymorphe, The Bends présente enfin le véritable monde de Radiohead, un univers gangrené par des artifices
quil rejette, et où lon essaye de recoller des sentiments plastifiés à la cyanolite avant de se retrouver au bord du gouffre. Néanmoins, derrière lénervement
ostensible ou le calme apparent de complaintes que lon pourrait juger tordues, lalbum reste lun des rares disques capables de redonner une âme à la poupée
gonflable de la pop et de la rendre digne damour.
Caroline Bodin
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