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Björk
Post
(1995) |
Le succès soudain fut sans doute un élément trop grisant pour une si jolie plante convertie trop tôt aux aléas du show business. Impossible à cette époque de ne pas apercevoir Bjork, soit en couverture de magazine, à la télévision, ou, pire, dans la rubrique faits divers. Post s'en ressent, oscillant entre rêve de petites fille trop gâtée (It's oh so quiet) et cauchemar éveillé (Enjoy). Certes, les mélodies garantissent encore à elles seules la valeur de ce recueil, tout comme la production d'ailleurs, en parfaite continuité du prédécesseur grâce aux talents confirmés Tricky et Nellee Hooper, encore, mais la voix s'égare en d'indécises variations, triturée par les interrogations existentielles. Army of me, complainte douce amère directement adressée à un ami proche ayant apparemment comme principal défaut une fâcheuse tendance à l'apitoiement sonne plutôt comme une charge agressive que l'Islandaise retourne contre elle-même pour se sortir d'un bourbier apparemment trop prégnant pour ses minuscules chaussures. Le lutin ne semble trouver aucunes solutions sinon se rêver en Isobel, double fantasmatique d'une diva quelque peu abîmée par son environnement. Heureusement, au milieu de ce dédale d'autocomplaisance malsaine surnagent encore quelques petites perles aux arrangements détonants comme Possibly Maybe, ou les très expérimentaux Cover me et Headphones, tout en doucereuses émotions, volontairement provocateurs dans leur forme, malignes historiettes avant gardiste peu soucieuses des effets gratuits ; en tous cas suffisamment consistantes pour nous faire croire en un avenir encore brillant. A raison.
Y.N.
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