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Gilles
Peterson est un type bien. Sans rire. Tout mélomane un tant
soit peu crédible, c'est à dire un tantinet imbu de lui même
à force d'une passion dévorante, rêve en secret de ressembler
à un mec comme lui. J'en suis certain. La recette est simple :
une capacité de renouvellement ancrée dans les gènes doublée
d'un parcours exemplaire prouvant combien ses qualités relèvent
d'un instinct prémonitoire que peu de gens possèdent. Jugez
sur pièce. Suisse mais Anglais d'adoption, ce fouineur intarissable
à la tête sympathique aura, malgré lui, permis à un genre
d'éclore, allant jusqu 'à lui attribuer un nom : l'Acid
Jazz. Dj, producteur, il dirige ensuite, et depuis maintenant
dix ans, l'un des labels les plus important de la scène
UK, Talkin'Loud, où il découvrira les pointures Roni
Size, Galliano, UFO, Urban Species ou, plus récemment,
le surdoué MJ
Cole, jeune homme très prometteur. Il anime actuellement
une excellente émission en vogue sur Radio One, World Wide,
qui, comme le démontre magistralement la compil éponyme, brouille
les frontières entre les styles en démontrant par a + b l'ébouriffante
capacité de ce globe trotteur intarissable à dégotter des
vinyls renversants venant des quatre coins du monde, avec
une préférence pour la culture noire, du rap (Raw Deal) au
dub, en passant par la techno soyeuse (Herbert).
D'où ma difficulté en tant que modeste critique à parler objectivement
de ce copieux double cd, par peur de relever certaines personnalités
au détriment d'autres tout aussi enthousiasmantes, tant, je
l'avoue sans pression extérieure, mes oreilles pourtant averties
(toujours cette prétention du pauvre chroniqueur) n'ont entendu
LP aussi brillant depuis longtemps.
Globalement,
le cd 2 s'oriente plus vers la soul ou le jazz de facture
classique, presque trip hop, le cd 1 défrichant plutôt l'électronique
jazzy rétro-futuriste. En petit érudit malin conscient de
l'excellence de ses choix, Peterson offre une place importante
à de grandes pointures tels les jazzmen réputés George Benson,
Bugge Wesseltoft, ou, dans un autre registre Edwin Starr et
John Martyn. Moins connus, Sarah Vaughan nous bouleverse avec
sa tessiture aux charmes enivrants le temps du puissant The
mystery of man, chanson déchirante côtoyant, avec This
World de Zero 7, les sommets atteints par la soul américaine
des années 60. Pepe Bradock, notre Frenchie favori amoureux
de la mélodie dégoulinante, se sert ici d'un gimmick vêtu
de cordes pour nous faire chavirer de bonheur, laissant l'avenir
se dessiner avec Polar, junglist sombre et impitoyable
confectionnant d'abracadabrantes rythmiques tout juste soutenue
par quelques bribes de nappes synthétiques (Photek doit s'en
tirer les cheveux). Quant à Spacek, il inscrit sa démarche
dans un registre plus tenu, moins accessible.
Bref,
un panel suffisamment large pour accompagner les multiples
aléas de votre existence tels l'attente habituelle au périph,
la préparation du repas, les moments de répit blotti au sein
de votre canapé en cuir, mais surtout les magnifiques dimanche
matin passés sous la couette avec votre dulcinée. La marque
des Grands.
Absolutely
Fabulous.
J.Kwuti
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