" Everything took place in the Packin
House (...). Wed gather here, smoke the chalice and sing from morning to
night "
Little Roy
Né Earl Lowe en 1953, à Whitfield Town
(West Kingston), Little Roy entame sa carrière de chanteur au milieu des années 60. Il
na alors que 12 ans, et travaille pour Coxsone Dodd. Très vite, il bouge
vers Orange
Street pour enregistrer avec Prince Buster. Cest lui qui donnera son
surnom à Little Roy, parce quà 14 ans il est toujours un gamin mais impose le
respect par sa stature. Il passe ensuite chez Lloyd The Matador Daley,
producteur de talent un peu oublié aujourdhui. Cest avec lui que Little
Roy connaît ses premiers succès, Bongo Nyah, Without my love, Keep on
trying et Hard fighter. The Matador fait de Little Roy un grand vocaliste, mais
se montre trop possessif à légard de son poulain. Un jour de 1971, alors que
Little Roy était au studio de Bunny Lee pour entendre Delroy Wilson
enregistrer Better must come (cliquez ici pour
en savoir + sur cette chanson), Matador arriver avec des policiers pour ramener Little
Roy à son studio. Le lendemain, une explication orageuse entre Matador et Little Roy
dégénère; le jeune chanteur prend la poudre descampette alors que son boss sort
un revolver pour lui rappeler les règles du jeu. Little Roy enregistrera encore deux
morceaux pour Matador avant de gagner définitivement son indépendance : Righteous
man, superbe tube enregistré avec Dennis Brown, et Nyah
medley, en compagnie de Leroy Sibbles.
Pendant tout ce temps, Little Roy poursuit sa
scolarité à la St Andrew Technical High School, où il bénéficie dune
bourse détude pour devenir ingénieur. Naturellement, lappel des studios fut
le plus fort et, à 18 ans, il commence à se consacrer entièrement à son art. Il
collabore avec Gregory Isaacs, Lee Scratch Perry (Cross the Nation)
et Glen Brown - bien
que Fathers call, le titre issu de cette collaboration, semble devoir être
mis au crédit dun proche de Little Roy, Ewan Ian Gardiner.
Il lance ensuite les labels Tafari et Earth
en collaboration avec Munchie Jackson, son frère Maurice et Lloyd Barnes.
Le plus célèbre morceau de Little Roy produit sur Tafari, Tribal War,
rencontre un succès immense dans les années soixante-dix. Il sera repris par John
Holt, Dillinger, Trinity et quelques autres. Le Tafari Syndicate
vise un double objectif : propager le message rasta et protéger les artistes contre
les producteurs abusifs. Le label devient rapidement un lieu privilégié de rencontre et
de création pour tous les reggaemen. Les habitués du label travaillent souvent au Randys Studio,
gravitant autour de Sly & Robbie, Familyman, les Wailers et
quelques autres figures tutélaires du reggae jamaïcain : Bongo
Herman, Don D Junior, Earl Wire Lindo, Ossie Hibbert,
Santa Davis, etc. Parfois, ils enregistrent au Black Ark Studio
de Scratch, au Dynamic, au studio du label Channel One ou dans celui
de Harry J. Mais, quel que soit lendroit où sont enregistrés les morceaux,
ils sont presque toujours composés à la Packin House, siège officiel du label Tafari.
Il sagit en fait du local que possède la mère de Munchie et Maurice Jackson, les
co-fondateurs du Syndicat. Celle-ci fournissait en boissons et en nourriture les hôpitaux
et les prisons de Kingston, et entreposait ses stocks au 17 Coleyville Avenue. Dans ce
local, les musiciens pouvaient se rassasier ; les journées y étaient douces, comme
en témoigne la citation qui ouvre cette chronique et la pochette de lalbum.
Little Roy nappartient pas au club des
stakhanovistes rastas. Il enregistra relativement peu de morceaux tout au long de sa
carrière, optant pour une production minimaliste mais de haut niveau. En outre, il
consacra une part importante de son temps à sa collaboration avec The twelve tribes of
Israel. Enfin, Little Roy dut composer avec les spécificités de lindustrie
jamaïcaine du disque, qui ne fut jamais tendre avec lui (entre autres embrouilles, il se
fit voler un jour deux bandes par un collaborateur indélicat de King Tubby, à qui
il avait demandé de remixer ses créations).
Packin House confirme ce
quon savait déjà : Little Roy est un grand du reggae, et ses compositions
continuent de se bonifier avec le temps. Hurt not the Earth, qui ouvre
lalbum, illustre parfaitement le talent de son interprète, qui traîne sa voix
plaintive sur un texte écolo. Plus loin, Little Roy détourne un tube des Beatles,
Ticket to ride, pour mettre son riddim au service du credo rasta (Ticket to
Zion).
Entouré des membres de son Syndicat, le Tafari
All Stars, Little Roy livre aussi deux hymnes puissants, Free for all et Prophecy
Dub it up, version remixée à partir dun hit majeur de Little Roy, Prophecy.
Dans cette anthologie, les amis du petit roi
sont remarquables. Les Heptones, qui enregistrèrent de nombreux morceaux pour le
compte de Tafari, sont à la hauteur de leur réputation. Leur leader, Leroy
Sibbles, était un ami proche de Little Roy, et il contribua fortement à la
notoriété du Syndicat. Sur cette anthologie, deux morceaux des Heptones sont
restitués : Forward on a yard (+ version Dub) et lexceptionnel Revolution.
Le titre reggae est accompagné de deux superbes versions Dub, interprétées par Baba
Leslie (Version) et Leroy Sibbles, dans un numéro étonnant de toasting
déjanté (Total destruction). Dennis Brown,
autre pote de Little Roy, se fend ici dun Set your heart free, création
méconnue qui sajoute élégamment à la discographie de la star récemment
disparue. Winston Scotland, autre membre du Tafari Syndicate, livre pour sa
part un Zion Fever toasté à la façon du maître U-Roy, par ailleurs
beau-frère de Winston.
Little Roy est un habitué de la maison On-U/Pressure Sound. Cest sur ce
label que Little Roy avait entrepris son come-back au début des années 90 avec
lalbum Longtime, après une dizaine dannées dabsence. Pressure
Sound, en outre, a déjà retracé la carrière de Little Roy avec lalbum Tafari
Earth Uprising. Avec cette anthologie, Adrian Sherwood poursuit son double
projet : développer un Dub puissant et avant-gardiste dune part (voire ses
collaborations avec Dub syndicate
ou Bim Sherman), déterrer les trésors roots des seventies de lautre.
Kzino |