Little Roy and Friends
Packin House
Pressure Sound
1999 


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" Everything took place in the Packin House (...). We’d gather here, smoke the chalice and sing from morning to night "
Little Roy

Né Earl Lowe en 1953, à Whitfield Town (West Kingston), Little Roy entame sa carrière de chanteur au milieu des années 60. Il n’a alors que 12 ans, et travaille pour Coxsone Dodd. Très vite, il bouge vers Orange Street pour enregistrer avec Prince Buster. C’est lui qui donnera son surnom à Little Roy, parce qu’à 14 ans il est toujours un gamin mais impose le respect par sa stature. Il passe ensuite chez Lloyd ‘The Matador’ Daley, producteur de talent un peu oublié aujourd’hui. C’est avec lui que Little Roy connaît ses premiers succès, Bongo Nyah, Without my love, Keep on trying et Hard fighter. The Matador fait de Little Roy un grand vocaliste, mais se montre trop possessif à l’égard de son poulain. Un jour de 1971, alors que Little Roy était au studio de Bunny Lee pour entendre Delroy Wilson enregistrer Better must come (cliquez ici pour en savoir + sur cette chanson), Matador arriver avec des policiers pour ramener Little Roy à son studio. Le lendemain, une explication orageuse entre Matador et Little Roy dégénère; le jeune chanteur prend la poudre d’escampette alors que son boss sort un revolver pour lui rappeler les règles du jeu. Little Roy enregistrera encore deux morceaux pour Matador avant de gagner définitivement son indépendance : Righteous man, superbe tube enregistré avec Dennis Brown, et Nyah medley, en compagnie de Leroy Sibbles.

Pendant tout ce temps, Little Roy poursuit sa scolarité à la St Andrew Technical High School, où il bénéficie d’une bourse d’étude pour devenir ingénieur. Naturellement, l’appel des studios fut le plus fort et, à 18 ans, il commence à se consacrer entièrement à son art. Il collabore avec Gregory Isaacs, Lee Scratch Perry (Cross the Nation) et Glen Brown - bien que Father’s call, le titre issu de cette collaboration, semble devoir être mis au crédit d’un proche de Little Roy, Ewan ‘Ian’ Gardiner.

Il lance ensuite les labels Tafari et Earth en collaboration avec Munchie Jackson, son frère Maurice et Lloyd Barnes. Le plus célèbre morceau de Little Roy produit sur Tafari, Tribal War, rencontre un succès immense dans les années soixante-dix. Il sera repris par John Holt, Dillinger, Trinity et quelques autres. Le Tafari Syndicate vise un double objectif : propager le message rasta et protéger les artistes contre les producteurs abusifs. Le label devient rapidement un lieu privilégié de rencontre et de création pour tous les reggaemen. Les habitués du label travaillent souvent au Randy’s Studio, gravitant autour de Sly & Robbie, Familyman, les Wailers et quelques autres figures tutélaires du reggae jamaïcain : ‘Bongo’ Herman, Don D Junior, Earl ‘Wire’ Lindo, Ossie Hibbert, ‘Santa’ Davis, etc. Parfois, ils enregistrent au Black Ark Studio de Scratch, au Dynamic, au studio du label Channel One ou dans celui de Harry J. Mais, quel que soit l’endroit où sont enregistrés les morceaux, ils sont presque toujours composés à la Packin House, siège officiel du label Tafari. Il s’agit en fait du local que possède la mère de Munchie et Maurice Jackson, les co-fondateurs du Syndicat. Celle-ci fournissait en boissons et en nourriture les hôpitaux et les prisons de Kingston, et entreposait ses stocks au 17 Coleyville Avenue. Dans ce local, les musiciens pouvaient se rassasier ; les journées y étaient douces, comme en témoigne la citation qui ouvre cette chronique et la pochette de l’album. 

Little Roy n’appartient pas au club des stakhanovistes rastas. Il enregistra relativement peu de morceaux tout au long de sa carrière, optant pour une production minimaliste mais de haut niveau. En outre, il consacra une part importante de son temps à sa collaboration avec The twelve tribes of Israel. Enfin, Little Roy dut composer avec les spécificités de l’industrie jamaïcaine du disque, qui ne fut jamais tendre avec lui (entre autres embrouilles, il se fit voler un jour deux bandes par un collaborateur indélicat de King Tubby, à qui il avait demandé de remixer ses créations).

Packin House confirme ce qu’on savait déjà : Little Roy est un grand du reggae, et ses compositions continuent de se bonifier avec le temps. Hurt not the Earth, qui ouvre l’album, illustre parfaitement le talent de son interprète, qui traîne sa voix plaintive sur un texte écolo. Plus loin, Little Roy détourne un tube des Beatles, Ticket to ride, pour mettre son riddim au service du credo rasta (Ticket to Zion).

Entouré des membres de son Syndicat, le Tafari All Stars, Little Roy livre aussi deux hymnes puissants, Free for all et Prophecy Dub it up, version remixée à partir d’un hit majeur de Little Roy, Prophecy.

Dans cette anthologie, les amis du petit roi sont remarquables. Les Heptones, qui enregistrèrent de nombreux morceaux pour le compte de Tafari, sont à la hauteur de leur réputation. Leur leader, Leroy Sibbles, était un ami proche de Little Roy, et il contribua fortement à la notoriété du Syndicat. Sur cette anthologie, deux morceaux des Heptones sont restitués : Forward on a yard (+ version Dub) et l’exceptionnel Revolution. Le titre reggae est accompagné de deux superbes versions Dub, interprétées par Baba Leslie (Version) et Leroy Sibbles, dans un numéro étonnant de toasting déjanté (Total destruction). Dennis Brown, autre pote de Little Roy, se fend ici d’un Set your heart free, création méconnue qui s’ajoute élégamment à la discographie de la star récemment disparue. Winston Scotland, autre membre du Tafari Syndicate, livre pour sa part un Zion Fever toasté à la façon du maître U-Roy, par ailleurs beau-frère de Winston.  

Little Roy est un habitué de la maison On-U/Pressure Sound. C’est sur ce label que Little Roy avait entrepris son come-back au début des années 90 avec l’album Longtime, après une dizaine d’années d’absence. Pressure Sound, en outre, a déjà retracé la carrière de Little Roy avec l’album Tafari Earth Uprising. Avec cette anthologie, Adrian Sherwood poursuit son double projet : développer un Dub puissant et avant-gardiste d’une part (voire ses collaborations avec Dub syndicate ou Bim Sherman), déterrer les trésors roots des seventies de l’autre. 

Kzino

LiVret
(extraits en écoute sur Alapage
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Hurt not the Earth – Little Roy
Burnin’ Fire – Carl Dawkins
Ticket to zion – Little Roy
Revolution – Heptones
Total destruction – Leroy Sibbles
Version – Baba Leslie
Recession – John Clarke
Rat Trap – Little Roy
Set your heart freee – Dennis Brown
Version – Bongo Herman, Don D Junior
Forward on a yard – Heptones
Version
Zion Fever – Winston Scotland
Free for All – Tafari All Stars
Natty Yard – Little Roy
Prophecy Dub it up – Tafari All Stars