Pet Shop Boys


Nightlife
(Parlophone)

Avouer son amour des Pet Shop Boys est aussi difficile que de faire son coming out un dimanche après-midi devant sa famille réunie au grand complet. On s’essaie parfois à trouver des excuses intellectuelles, à qualifier cette indigence de second voire de troisième degré, à arguer que la paire Tenant/ Lowe est une machine à aligner les tubes pas si vulgaire que ça et qu’on peut facilement trouver une grande spiritualité derrière les paroles de Go West et de West End Girls. Cette position bien que défendable est à des lieues de la vérité.

Nightlife est le meilleur album du monde. C’est sûr.

L’immédiateté des Pet Shop Boys vous saute à la gueule ou vous évite à jamais pour des raisons qu’on ne peut expliquer, et pas besoin de préférer les hommes pour cela. Si vous ne ressentez pas à la première écoute des frissons dans les jambes et si un sourire niais et entendu ne vous fend pas le visage en deux : pas la peine d’aller plus loin.

Après avoir cherché sa voie pendant deux ou trois ans au milieu des années 90, le duo londonien trouve avec Nightlife le dosage qui avait manqué à Bilingual, leur précédent opus connu surtout pour les tubes Discoteca et Se e vida se, entre pop et électronique. On ne cachera pas que les Pet Shop Boys sont assez avares de moyens : pas d’effets intempestifs, des orchestrations limitées à l’essentiel, des boucles élémentaires et qui ne s’aventurent jamais très loin, des paroles… euh…. des paroles. Mais le résultat vous laisse sur les fesses. Nightlife est probablement ce qui est arrivé de meilleur à la musique pop depuis un moment. Les singles I dont know what you want but i cant give it anymore, you only tell me you love when you are drunk (titres superbes par ailleurs) sont imparables, le fameux New York City Boy (que les compères ont voulu plus Village People que YMCA !) laisse pantois. L’art des Pet Shop Boys, s’il fallait le résumer, est entier contenu dans le morceau phare de l’album chanté en duo avec Kylie Minogue (qui décidément est dans tous les bons coups depuis son duo avec Nick Cave). In Denial met en scène le dialogue surréaliste d’un père homosexuel et de sa fille et pose une question essentielle : peut-on aimer son père homosexuel ? C’est débile, d’accord, mais lorsque Kylie et Neil entonnent la sentence finale "can u love me anyway ?" on se met à y croire et à espérer que OUI, un jour les Pet Shop Boys seront aimés pour ce qu’ils sont : des mélodistes sidérants, capables de changer le plomb en or, des vocalistes hors pair qui avec un filet de voix ridicule et un vocabulaire limité qui ont trouvé le sens de la vie. Les Pet Shop Boys sont déprimants de simplicité, de limpidité. C’est vrai que des états d’âme leur sont venus avec l’âge et qu’ils portent des tenues de l’espace ridicules. Tout le monde peut faire des chansons des Pet Shop Boys et pourtant leur son est unique. Désuet dans l’expression d’une émotion animale qui s’accepte mal. Les Pet Shop Boys sont des barbares, des sauvages et pas seulement sur les dance floors. Les Pet Shop Boys sont les maîtres du monde habités par la grâce.

B. Myosotis

Nightlife
144.00 F
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