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Jamie est la nouvelle signature de Warp depuis la sortie des deux compilations récapitulatives à la pochette mauve, vitrine luxueuse de dix années de bons et loyaux
services pour la cause électronique. Après un déballage aussi luxueux ce label se devait de signer un artiste ayant suffisamment de talent pour assurer une relève
conséquente qui ne ternirait pas sa prestigieuse image, sous peine de vivre les mêmes tracas que lautre importante maison de disque anglaise 4 AD, dont la
régénérescence au début des années 90 fût délicate.
On a donc tout misé sur ce musicien excentrique - durement formé au Collège
Great Storton County (mention spéciale xylophone/ batterie) - dont lhistoire voulut quil se passionne pour Prince et Funkadelik avant que la techno naissante ne le pousse à sacheter une boite à
rythme, ayant soit disant appartenue à Duran Duran. Cest dire lincongruité du personnage. La suite, les érudits la connaissent déjà
: sa rencontre déterminante avec Christian
Vogel, leur travail en commun sous le nom Super Collider, puis la sortie du passionnant album
Head On, véritable succès discographique qui permettra à notre homme de saccorder assez de temps en studio pour accoucher en solitaire de
Muddlin Gear, dabord destiné au label Spimania, signataire des premiers morceaux de Squarepusher dont on retrouve dailleurs lempreinte sur quelques morceaux jazzy assez perturbés.
Pour mesurer toute limportance de ce fascinant premier lp, on se doit de lappréhender tel un fantasque prisme déformant passant à la moulinette toutes les trouvailles
sonores développées jusquici par Warp. Ecartant les jambes entre plusieurs styles allant globalement de lelectronica aphexienne à une soul mutante cousine des
compositions de Leîla, chaque track renvoient malicieusement à un groupe ou artiste donné officiant dans la même écurie mais par un jeu déchos obliques. De fait, bien que certaines bases connues des mélomanes spécialistes
du son de Sheffield subsistent (comme, en vrac, les rythmes post industriels fracassés, la tendance à une complexe abstraction sonore
récemment remarquée chez Autechre, les ambiances foldinguo-dépressives tout en triturations électroniques), lensemble peut toutefois se vanter danticiper
lévolution probable du genre grâce à cette intelligente relecture contemporaine des anciens constituants dune identité sonore,
que lon pensait à tord légèrement galvaudée.
En effet, on n'imaginait certainement pas quun tel processus produirait une musique aussi aventureuse touchant souvent des sommets dintensité proches
du meilleur des novateurs contemporains, comme Christian Fennesz ou Mike Patton. Du coup, en osant sortir un cd aussi barré pour marquer au fer rouge sa
fascinante renaissance, Warp sassure un destin plus que prometteur toujours marqué du sceau de lexpérimentation jusquauboutiste. Ce subtile changement dans la
continuité délimite savamment un territoire qui garanti à Lidell une place au soleil au sein dun back catalogue déjà bien fourni en têtes brûlées, à défaut toutefois de
linscrire définitivement dans l(H)istoire globale de la post pop numérique. Quoique.
Yannick
Nowak |