James Hardway
Moors and Christians
Hydrogen Dukebox Records


Le forgeur de tempo

James Hardway nous accordait l’année dernière, en plein printemps parisien, une interview, cigare au bec, quelques heures avant de monter sur la scène du Batofar. Il y présentait son dernier album, A Positive Sweat, un sorte de centrifugeuse rythmique dediée à l’amour du tempo.
Difficile à qualifier, sa musique balance entre jazz, drum’n bass et rythmes latinos, opérant parfaitement la fusion de ces différentes composantes. Ok, la fusion, le mélange, le métissage, tout ça, on nous en rabat les oreilles depuis le début des années 90 avec la worldmusic, les collusions foireuses entre les "sound system" celtes et africains, les Chebs qui chantent du Goldman, les déclinaisons saisonnières de Lambadas disco-fun… j’en passe et des pires. James, lui, sait canaliser ses inspirations et les fédérer en un son qui lui est propre, tout de syncopes, de samples intelligents et de boucles surajoutées. Comme son nom de guerre l’indique (Dave Harrow est son vrai patronyme), James Hardway n’atteint pas la croisée des chemins par la voie rapide ; sa manière est dure et compliquée, puissante et riche. Dégagé des contraintes commerciales, il a son propre label, Substance, sur lequel il a déjà signé quatre albums, et possède une vision claire de son projet artistique, musical, visuel et multimédia.

A Positive Sweat représentait ainsi pour lui un point de passage entre ses créations européennes plus électro et ses futurs enregistrements à Cuba. L’année dernière, il avait déjà réservé son billet d’avion pour la Havane, afin d’y produire un album avec Mezcla, un band de percussion afro-cubaine. Ce n’est évidemment pas la première fois qu’on tente de conquérir le nouveau monde du son caraïbéen, véritable vivier d’influences et de musiciens hors pair, dans lequel piochent de nombreux artistes occidentaux, comme le saxophoniste Steve Coleman avec Mystic Rythm Society. James y est resté assez longtemps pour prendre la température et faire un petit détour par la Jamaïque, en triballant toujours dans sa besace le premier jet de Moors and Christians, enregistré quelques mois plus tôt à Londres. Au fil de ses rencontres avec chanteurs, joueurs de cuivres et percussionistes du cru, ses compositions se sont progressivement enrichies de toutes ces influences. James retourne enfin dans les studios anglais pour mixer tout ça à sa sauce, épicée comme il se doit. Moors and Christians vient du nom d’un plat national cubain assez relévé, composé de riz (les chrétiens) et des haricots (les maures), traduisant ainsi l’idée d’acculturation qui a prévalu à la réalisation de cet album.

Multi-instrumentiste et bidouilleur forcené, ce drôle de personnage qu'est James Hardway nous livre encore un album dense qui plaira à tout ceux qui désirent prolonger leurs sensations de vacances. Dub, calypso, ragga, mambo... Hasta la musica siempre !

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