Le Uk garage confirme sa capacité à perdurer, même plutôt bien. Il manquait à ce style apparu il y a trois ans un album de la trempe de Timeless pour répondre aux détracteurs qui ne voyaient en cette sorte de techno house accélérée apparue consécutivement au beat jungle qu'un coup commercial de plus. MJ Cole réussit ce tour de force majeur du haut de ses années d'études classiques au prestigieux Royal College of Music de Londres. Sa drum'n'garage mutante fortement imprégnée des bases musicales posées par Goldie, se gorge de délicats clins d'ils tout en s'amusant à détourner influences passéistes et contemporaines, passant du R'n'B (Hold on to me) aux arpèges classiques les plus tendres (Crazy Love), du rap le plus musclé (Bandelero Desperado) aux nappes cotonneuses très prisées chez Roni Size (Slum King) avec qui il partage également le goût de l'expérimentation respectueuse et des rythmiques pénétrantes. Depuis le New Forms de ce dernier on n'avait pas entendu une relecture aussi savante de la soul, promise une fois encore à un futur plus que prometteur par le biais d'un savant dosage entre instruments classiques et modernes.
Cependant, le nombre de tracks présents ici peut facilement conduire à l'indigestion le plus endurci des mélomanes, la technicité de notre jeune homme ne l'ayant pas éloigné des travers habituels de tout "vrai" musicien s'attaquant à un genre plus physique que cérébral. Ce qui faisait la force de Roni Size était son appréhension purement instinctive de l'héritage noir. Aussi, à cause de l'impressionnant passé de Cole, la surenchère orchestrale noie quelquefois le propos (Rough out here), ou donne le sentiment que MJ côtoie le pire des opportunisme prétentieux. Mais, bien souvent, grâce à des vocaux féminins très enivrants, l'affectif nous conduit à nous incliner devant les talents d'arrangeur de l'anglais. Autant de grâce ne peut que forcer le respect.
Evidemment, peu de chance pour ce LP de surprendre autant que Goldie en son temps, maintenant que les déstructurations pulsatives du drum'n'bass font partie du quotidien de la ménagère de cinquante ans, en témoigne l'intro du journal TV de France 2. Aussi, ce CD ne surprendra pas grâce à ses structures syncopées ou son sens de la mélodie, mais plutôt par sa capacité à pervertir un genre jusqu'à lui donner suffisamment de force pour ne pas s'enliser dans la redite. De fait, les curieux envahissant les rayons des disquaires spécialisés, toujours prêts à creuser l'univers d'un artiste sans préjugés seront aux anges ; et pour les autres pas de soucis à se faire non plus, la secousse obligatoire du bassin naissant à l'écoute des hits Sincere et Slum King suffira à les convaincre.
Yannick NOWAK
www.mjcole.com |