Le
21 avril 1966, un des plus importants moments de lhistoire jamaïcaine post-colonial
eut lieu à laéroport Palisadoes, où des milliers de Rastas sétaient
rassemblés pour accueillir Haile Selassie, venu en visite officielle. Quand
lempereur dEthiopie aperçut le charivari provoqué par son atterrissage, il
refusa de descendre de son avion ! Il exprima sa consternation devant cette foule
hystérique qui rendait un culte à sa divinité. Il nia plus tard son statut divin mais
les Rastas nen tinrent pas comptent : même Jah, disaient-ils, ne pouvait pas
démentir la prophétie de Marcus Garvey.
Finalement, Heile Selassie se laissa fléchir par ces marques daffection et
participa avec enthousiasme à ce rassemblement et à toutes les manifestations
organisées en son honneur partout dans lîle. La fête fut belle, répondant aux
attentes des Rastas. Même si certains dentre eux trouvaient que Haile Selassie
était un bien petit homme pour un Messie, tous reconnurent que son port était celui
dun Roi. Cet épisode renforça les croyances Rasta.

Lamitié entre la
Jamaïque et lEthiopie fut dailleurs consolidée par lattention que
portait le gouvernement Ethiopien aux aspirations des Rastas. En 1955, Haile Selassie
avait offert 5000 acres de terres aux " peuples noirs de
louest ". Seuls quelques Rastas vinrent en Ethiopie pour recevoir ce
présent tant rêvé. A la même époque, un grand nombre de Jamaïcains préféraient
émigrer à Londres. Il est vrai quHaile Selassie ne fut pas non plus un Dieu si
prévenant que la légende veut bien le laisser penser. En petit roi bourgeois, il était
daccord pour accueillir quelques colons jamaïcains si cela servait sa diplomatie
mais avait moyennement envie de voir débouler dans ses jardins des milliers
détrangers, Rastas fumeurs de ganja qui
passeraient leurs journées à prier Jah en jouant de la musique. |

De son côté, Michael
Manley, un des pères de lindépendance, nétait pas du tout favorable à
une émigration de masse des rastas vers lAfrique. Il ne partageait pas les
préjugés de certains Jamaïcains à lencontre des Rastas et redoutait leffet
dun dépeuplement soudain de lîle pour le dynamisme économique et culturel
du pays. Il préférait de loin entretenir lamitié entre lEthiopie et la
Jamaïque pour gagner le soutien des Rastas tout en évitant lapplication de leur
projet. Lorsque Manley rendit visite à Haile Selassie en Ethiopie, le Negus lui offrit un
bâton de pèlerin que Manley adopta aussitôt et quil appela, par référence à la
Bible, " the rod of correction ". [lire à ce sujet
l'article sur Max Romeo]
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