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Selmasongs Debut Post Homogenic

Björk
Homogenic (1997)


En plein revival rock, Oasis, Blur, et Co, ce disque fait l'effet d'un pavé (congelé) dans la mare ; non pas ersatz mais impertinent ovni musical trans-genre à la pochette numérique glacée, il repousse les limites de la pop en l'évidant de ses contours les moins fréquentables, prolongement parfait de la vie de notre islandaise givrée enfin débarrassé des mimiques forcées qui ne faisaient plus rire personne depuis longtemps. Comme bien souvent après un lendemain de fête trop arrosé (post), l'humeur morose ne motive à rien d'autre sinon trouver une source d'air un peu plus vivable. Souffrant d'anoxie volontaire Bjork s'embarque donc pour une salvatrice remise en question au sein des froides contrées ayant bercée son enfance, ce qui, au final, va lui permettre d'alléger son passé en s'investissant dans un gigantesque règlement de compte avec elle même entièrement programmé sur ordinateur (5 years, Immature). Armé du bras droit Mark Bell que l'on ne présente plus, entre autres compositeur sous le nom de LFO du cultissime album de funk blanc Fréquencies (1991), elle attire également l'attention de RZA du Wu-Tang, Mark Stent ou encore Howie B. Solidement entourée en Espagne par cette armada de géniaux métallurgistes, elle ouvre les vannes sans céder aux concessions commerciales comme ce fut souvent le cas avec le deuxième LP où régnait un parfum d'esbroufe technologique, prenant le parti pris d'arrangements minimalistes ayant suffisamment d'assise pour provoquer une interstice futuriste bénéfique dans le monde déjà autiste et cloisonné de l'electro/ trip hop. Forcément décalée de par son timbre de voix si particulier, elle enfonce encore le clou en s'évertuant à désarticuler l'ensemble de ses percussions aux accointances marquées avec l'écurie warpienne, puis à les combiner à une culture musicale islandaise malicieusement subtilisée pour servir de sémillants arrangement de cordes ou d'accordéon (!). Vivier de sentiments bruts de décoffrage presque incommodants pour l'auditeur confronté malgré lui à un flot de tourments exposés sans aucune retenue, la production suit, laissant pantois dés l'ouverture, ahurissant crescendo rythmique traduisant parfaitement le farouche désir de reconquête amorcé par l'artiste. La suite, de même acabit, conduit le mélomane, par sa force démiurgique manifeste, à arpenter dangereusement un territoire musical vierge d'où émerge non pas une sémantique du désespoir mais plutôt celle d'une volonté retrouvée se résumant à ces quelques mots : aller obstinément de l'avant.

Y.N.

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