Futique sort son troisième album sur le label Shadow records, terre daccueil de quelques James
Hardway, DJ Food, ou DJ Krush. Les New Yorkais Taylor Deupree et
Savvas Ysatis, producteurs avertis, baignent dans le son électronique
depuis des lustres. Les deux hommes accumulent les expériences et les
patronymes (Taylor 808, Omicron, Arc, S.e.t.i
). Ils superposent les
styles pour mieux brouiller les pistes en véritables esthètes du
tempo. En vieux briscards de la scène nord américaine, ils savent
rassembler les éléments qui déterminent lart du superflu
essentiel.
Ils
reviennent aujourdhui avec un "Go Low" qui fleure le
lounge et le dub bon enfant, frais et balayé dun humour cauteleux. Cest un peu comme si Kruder et Dorfmeister
avaient laissé leurs sessions vivre dans les samplers des Black Dog.
La rythmique jazz sy noie dans des excès datmosphères feutrées à la ventilation
adaptée et aux plaisirs riches et abondants. La dégustation du loop
se fait sobrement, en tout bien tout honneur, dans le large humidor
donnant sur le bar où la sélection des meilleurs grappas fera la
joie de toutes les beatbox kitsch. Sur "Trump Card", la
nappe souple et largement trendy caresse la cocotte jamaïcaine,
tandis que le Hammond et la cabine Leslie se mélangent dans un déluge
de musique dantérieur frappée de la touche dun Jimi Tenor séducteur
("C-Nut").
"Go
Low" sait tirer lessence épicurienne électro-contemplative
du cocktail down-tempo suave et nonchalant. Musique dambiance par
vocation, il est le clin dil évocateur de cette décennie qui a
enfanté des artistes tels que Herb Alpert, Perry Como et bien sûr le
maître Burt Bacharach. Futique a de toute évidence monté son studio
dans le Pacific Princess et accorde ses mélodies aux douces caresses
des alizés des mers du sud. Une réussite dans cette foire à la
kitscherie facile et souvent complaisante. Et puis
comme le dit la chanson "Come Aboard. We're expecting you".
Laurent Rollin |