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Chronique du premier album de Sunhouse,
Crazy on the Week-end

Gavin Clark

Comment j'ai atterri là...


Plutôt que de répondre à une interview, Gavin Clark a  préféré écrire lui-même un texte. Tournage de "Smalltime", séparation de Sunhouse, alcool et songwriting, il nous raconte l'ascension d'un groupe des Midlands parti trop vite... pour redémarrer dans le blues.

Quelque part dans les Midlands

Il y a 8 ou 9 ans, j’ai rencontré Shane Meadows, qui est devenu depuis l’un des plus grands espoirs du monde  impitoyable du cinéma britannique. A l’époque, il était maquilleur chez Alton Towers (une sorte de faux Disneyland situé dans les Midlands). Pour ma part, je venais juste de rentrer de France où j’avais passé 8 mois. J’avais un job dans un de leur fast food, je m’étais installé dans une caravane avec ma copine et c’est comme ça que j’avais organisé ma vie en plein cœur de l’Angleterre.

Au bout d’un mois, on m’a présenté Shane lors d’une soirée, il imitait tellement bien mon accent londonien que j’ai cru qu’il venait lui aussi du Sud. C’était vraiment la personne la plus curieuse que j’ai jamais rencontrée, incroyablement drôle et intelligent, en tous cas, au milieu de la foule assommante de drogués qui nous entourait, il sortait vraiment du lot. Bref, on est devenu de grands potes et on a commencé à faire de la musique ensemble (à cette époque, Shane voulait être musicien). On a enregistré quelques cassettes et comme il se doit entre deux jeunes pleins d’espoir, on passait notre temps à refaire le monde. Au bout d’un an, il est parti étudier la photographie et on s’est perdu de vue. Je n’ai pas entendu parler de lui pendant trois ans.

Sunhouse, le film

Et puis un soir, j’ai reçu un coup de fil, c’était lui. Il avait réécouté les vielles cassettes et voulait me demander de rencontrer des musiciens qu’il connaissait pour faire la bande originale d’un film qu’il avait réalisé avec un tout petit budget. Il n’avait plus d’argent pour la musique et il était sûr que je pourrais m’en tirer. Je n’en étais pas aussi sûr que lui. Entre temps, j’avais complètement abandonné l’idée de faire de la musique, je m’étais marié et j’avais déjà un enfant. Néanmoins, après l’avoir revu et rencontré les autres musiciens, j’ai décidé de me lancer dans l’aventure et Sunhouse est né.

Nous avons bouclé la bande son du film en un, long, week-end, d’où le titre Crazy on the Weekend. Ca marchait si bien avec ces gars, Rob Brooks, Paul Bacon et Dominic Dillon que l’on a continué à écrire et à enregistrer ensemble. Dans le même temps, « Smalltime » (le film) est sorti dans des cinémas d’art et d’essai et a reçu des critiques absolument dithyrambiques, du coup, Shane a eu la possibilité de faire un film à gros budget (« 24 – 7 », avec Bob Hoskins) pour lequel il avait promis d’utiliser certains de nos morceaux. Quelques semaines plus tard, une maison de disques entendait une de nos démos et nous proposait un contrat.

Ici, il faut que je souligne qu’à l’époque, j’étais pétrifié à l’idée d’avoir à jouer en public, une chose que je n’avais jamais faite auparavant, j’étais aussi victime de l’acide et sujet à des crises de panique dès que je ressentais du stress. Je travaillais avec le groupe dans le garage de Dominic et la maison de disques nous a laissés là pendant environ six mois à trouver notre propre son et à peaufiner nos chansons.  Ensuite, nous avons commencé à enregistrer  Crazy on the Weekend dans l’appartement de John Reynolds à Londres et les sessions se sont avérées excellentes. Dominic a arrêté de jouer de la batterie pour nous et c’est John qui l’a remplacé tout en nous produisant. En très peu de temps, et grâce à John, tout s’est mis en place.

Un pur moment de Rock’n Roll

A ce moment là, j’étais devenu complètement alcoolique et un sale con insupportable avec tous ceux qui m’entouraient, y compris la maison de disques, ce qui est probablement l’une des raisons pour laquelle ils ne m’ont pas gardé.

Les choses ont suivi leur cours. L’album est sorti et curieusement, a été bien accueilli . Je pensais que les critiques trouveraient ça trop déprimant mais non. Nous avons fait deux tournées promo en Angleterre, ce qui m’a vraiment coûté à cause de mes crises de panique et de mes problèmes d’alcool. Ma vie personnelle volait en éclat et je me suis séparé de ma femme juste avant que nous n’arrivions en France pour entamer la tournée des Inrockuptibles.

De retour en Angleterre, nous sommes retournés au garage pour travailler aux démos d’un nouvel album mais les choses n’allaient plus aussi bien. Crazy on the Weekend ne s’était pas vendu autant qu’on l’espérait. Quant à moi, en tant qu’auteur compositeur, j’étais tiraillé entre deux manières d’écrire. L’une d’elles consistait à vouloir écrire quelque chose d’accessible et pouvant passer à la radio et l’autre était de produire à la chaîne des chansons intimistes et douloureuses à souhait, pas vraiment susceptibles de plaire à la bande F.M (avec des titres où l’on pouvait entendre « blind love suicide » ou « waiting to drown »).  Une chose en entraînant une autre, le groupe a fini par splitter. Un des gars de la maison de disques m’appelait à l’époque, « l’artiste torturé » (je le détestais à cause de ça) mais il faut bien avouer maintenant qu’il avait raison et finalement, rétrospectivement, j’apprécie son honnêteté.

Retour à la case départ

Après ça, ça n’a pas pris longtemps à la maison de disques pour nous laisser tomber un par un et je n’ai revu personne depuis.

J’ai perdu les pédales pendant un certain temps, je me suis désintoxiqué, j’ai pansé mes plaies, je me suis réconcilié avec ma femme, j’ai rencontré d’autres musiciens et formé un nouveau groupe, toujours appelé Sunhouse. En fait, je suis revenu au point de départ mais en un peu moins déjanté. J’habite toujours dans les Midlands, je traîne toujours avec Shane, je joue au football avec mes gosses, je continue à écrire et à enregistrer et pour ça, je suis éternellement reconnaissant.

Texte écrit par Gavin Clark et traduit par Caroline Bodin

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La chronique de l'album Crazy on the Week-end


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