Patate Records, pour les fans
de reggae, cest dabord un très bon disquaire. Désormais, cest aussi
une maison de production inspirée qui, avec le concours de Blood and Fire,
ressuscite les génies méconnus du reggae roots.
Rod Taylor est né en
1957 à Kingston. Il fut élevé dans le quartier de Trenchtown (comme Bob Marley, Bunny
Wailer et Peter Tosh). Adolescent au début des années 70, il connut la
violence urbaine provoquée par la lutte entre les factions politiques luttant pour le
pouvoir [pour
en savoir plus sur cette période, lire notre article sur Max Romeo]. Rod dit avoir
appris à chanter dans les bars, grâce aux juke-box. Avec une pièce de 5 cents, il
lançait la version musicale dun tube et chantait les paroles par dessus. Bientôt,
il se met à tourner avec divers sound-system, apprenant sur le tas à jouer les deejays.
En 1973, il forme un groupe intitulé the Aliens, aux côtés de Barry Brown
(comme chanteur) et de Johnny Lee. Le groupe ne percera pas mais Barry et Rod sont
lancés. Lorsquils décident de se séparer, Rod sen va traîner du côté du
studio Channel One et de celui de King Tubby.
Il se lie avec Michael
Rose (qui formera plus tard le mythique Black Uhuru), Sugar Minott
ou encore Ossie Hilbert, fameux producteur. Le premier morceau que Rod Taylor
enregistre pour lui sappellera Bad
man comes and goes. Dès que le morceau fut devenu public, en 1975, Rod Taylor
devint une star. Le morceau est superbe, révélant une voix extraordinaire et un sens peu
commun des arrangements. Certains auditeurs purent croire que le titre avait été
enregistré par Horace Andy,
tant le style de Rod Taylor rappelle les ambiances créées par le grand vocaliste.
Surtout, Dillinger
reprit le morceau dès sa sortie, sous la forme dune version toastée qui figurera
sur lalbum mythique du funky rasta, CB 2000. Le remix, intitulé Nuh
chuck it, souvre par un cri :
"Jamaica, the land of wood and water !"
Derrière, la voix de
Rod Taylor enchaîne :
"Bad
man comes
and goes"
Le
morceau, chanté à deux voix dans ce remix, est une pure merveille. La sentence
introductive ajoutée par Dillinger reprend littéralement la signification du terme
Xamayca ("la terre des rivières et des forêts"), nom donné par les indiens
Arawaks à cette île incroyable, où ils décidèrent de sétablir entre le VIè et
le Xè siècle après JC. Pacifiques et créatifs, les indiens Arawaks avaient fui les
forêts tropicales du Venezuela, chassés par de belliqueux guerriers Caraïbes. Lorsque
les caravelles de Christophe Colomb pointent leur nez sur les rivages de la Jamaïque et
dHispaniola (aujourdhui Haïti et République Dominicaine), les indiens
Arawaks ne savent pas que leur civilisation est appelée à disparaître, sous les coups
de lhomme blanc. Ils font bon accueil aux conquistadores, comme le dira Colomb dans
sa correspondance aux rois dEspagne : "
ils ne possèdent pas
darmes, et vont tous nus
Ce sont des gens pleins dhumanité et sans
méchanceté aucune
Ils aiment leur prochain comme eux-mêmes et leur façon de
parler est la plus douce du monde, toujours aimablement et avec le sourire
".
En complétant le
refrain de Rod Taylor dune référence explicite à la civilisation Arawak,
Dillinger apporte une réelle profondeur historique à son propos, établissant
naturellement un lien entre le destin des premiers habitants de lîle et les
esclaves africains que lhomme blanc arracha à leur continent pour exploiter une
terre volée aux Indiens.
Sur sa lancée, Rod
Taylor poursuit une carrière haut de gamme, enregistrant notamment avec le Soul
Syndicate. Cette coopération donnera quelques très beaux titres, dont le très
populaire Ethiopian
Kings, hommage à David, Salomon et Moïse, Rois noirs dont le souvenir guidera le
peuple rasta dans son retour en Afrique. Produit en 78 par King Tubby, le titre ouvre
cette rétrospective sur Rod Taylor. Pour la petite histoire, on rappellera que le remix
dEthiopian Kings ouvre également lalbum Freedom Sounds in Dub,
compilation des plus belles productions du Soul Syndicate et de King Tubby (production
Blood & Fire). Dans cette lignée, le titre In
the right way est également remarquable. Sur Freedom sounds in Dub, il
figure dans une version remixée, Dub the right way. On est en famille, entourés
de pointures familières comme les Roots Radics, les Revolutionnaries (avec Sly & Robbie),
Prince Jammy et Scientist (disciples de King Tubby).
Plus tard, Rod
rejoindra léquipe de Mickey Dread Campbell, qui animait dans les
années 70 la première émission "roots" à la radio jamaïcaine (Dreads
at the controls). Avec lui, Rod produira deux hits majeurs (en 78 et 79), His
Imperial Majesty et Behold
H.I.M, odes douces et solennelles adressées à Heile Selassie.
Dautres titres de lalbum sont issus dune collaboration avec Prince
Far I (Run
Run et No
One can tell about Jah). Si cette compilation sarrête à lannée 80,
cest que Rod Taylor a passé les eighthies loin des studios et des
soundsystems, se faisant fermier dans les collines jamaïcaines. Dans les années
90, il a repris ses activités artistiques, entre Kingston, Londres et Marseille, où il
vit aujourdhui. En rappelant les brillants débuts de cette figure centrale du
mouvement reggae, Patate Records lui met une pression denfer. Sur scène
comme en studio, Rod va devoir se montrer à la hauteur de sa glorieuse réputation.
Lire aussi : Jah débarque à Kingston (21
avril 1966)
Kzino
LiVret
King
David, Solomon, Moses (aka Ethiopian Kings) (discomix)
In
the right way
Dont
give it up (discomix)
Run
run
No
one can tell I about Jah
His
Imperial Majesty
Behold
him
Bad
man comes and goes
Nuh chuck it (interprété par Dillinger)
Every little thing
Be sensible
Look
before you leap
Independant
bam
Night in september
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