Rod Taylor
Ethiopian Kings
1975 – 1980

Patate Records, 1999

 


Patate Records, pour les fans de reggae, c’est d’abord un très bon disquaire. Désormais, c’est aussi une maison de production inspirée qui, avec le concours de Blood and Fire, ressuscite les génies méconnus du reggae roots.

Rod Taylor est né en 1957 à Kingston. Il fut élevé dans le quartier de Trenchtown (comme Bob Marley, Bunny Wailer et Peter Tosh). Adolescent au début des années 70, il connut la violence urbaine provoquée par la lutte entre les factions politiques luttant pour le pouvoir [pour en savoir plus sur cette période, lire notre article sur Max Romeo]. Rod dit avoir appris à chanter dans les bars, grâce aux juke-box. Avec une pièce de 5 cents, il lançait la version musicale d’un tube et chantait les paroles par dessus. Bientôt, il se met à tourner avec divers sound-system, apprenant sur le tas à jouer les deejays. En 1973, il forme un groupe intitulé the Aliens, aux côtés de Barry Brown (comme chanteur) et de Johnny Lee. Le groupe ne percera pas mais Barry et Rod sont lancés. Lorsqu’ils décident de se séparer, Rod s’en va traîner du côté du studio Channel One et de celui de King Tubby. Il se lie avec Michael Rose (qui formera plus tard le mythique Black Uhuru), Sugar Minott ou encore Ossie Hilbert, fameux producteur. Le premier morceau que Rod Taylor enregistre pour lui s’appellera Bad man comes and goes. Dès que le morceau fut devenu public, en 1975, Rod Taylor devint une star. Le morceau est superbe, révélant une voix extraordinaire et un sens peu commun des arrangements. Certains auditeurs purent croire que le titre avait été enregistré par Horace Andy, tant le style de Rod Taylor rappelle les ambiances créées par le grand vocaliste. Surtout, Dillinger reprit le morceau dès sa sortie, sous la forme d’une version toastée qui figurera sur l’album mythique du funky rasta, CB 2000. Le remix, intitulé Nuh chuck it, s’ouvre par un cri :

"Jamaica, the land of wood and water !"

Derrière, la voix de Rod Taylor enchaîne :

"Bad man comes … and goes"

Le morceau, chanté à deux voix dans ce remix, est une pure merveille. La sentence introductive ajoutée par Dillinger reprend littéralement la signification du terme Xamayca ("la terre des rivières et des forêts"), nom donné par les indiens Arawaks à cette île incroyable, où ils décidèrent de s’établir entre le VIè et le Xè siècle après JC. Pacifiques et créatifs, les indiens Arawaks avaient fui les forêts tropicales du Venezuela, chassés par de belliqueux guerriers Caraïbes. Lorsque les caravelles de Christophe Colomb pointent leur nez sur les rivages de la Jamaïque et d’Hispaniola (aujourd’hui Haïti et République Dominicaine), les indiens Arawaks ne savent pas que leur civilisation est appelée à disparaître, sous les coups de l’homme blanc. Ils font bon accueil aux conquistadores, comme le dira Colomb dans sa correspondance aux rois d’Espagne : " … ils ne possèdent pas d’armes, et vont tous nus … Ce sont des gens pleins d’humanité et sans méchanceté aucune … Ils aiment leur prochain comme eux-mêmes et leur façon de parler est la plus douce du monde, toujours aimablement et avec le sourire … ".

En complétant le refrain de Rod Taylor d’une référence explicite à la civilisation Arawak, Dillinger apporte une réelle profondeur historique à son propos, établissant naturellement un lien entre le destin des premiers habitants de l’île et les esclaves africains que l’homme blanc arracha à leur continent pour exploiter une terre volée aux Indiens.

Sur sa lancée, Rod Taylor poursuit une carrière haut de gamme, enregistrant notamment avec le Soul Syndicate. Cette coopération donnera quelques très beaux titres, dont le très populaire Ethiopian Kings, hommage à David, Salomon et Moïse, Rois noirs dont le souvenir guidera le peuple rasta dans son retour en Afrique. Produit en 78 par King Tubby, le titre ouvre cette rétrospective sur Rod Taylor. Pour la petite histoire, on rappellera que le remix d’Ethiopian Kings ouvre également l’album Freedom Sounds in Dub, compilation des plus belles productions du Soul Syndicate et de King Tubby (production Blood & Fire). Dans cette lignée, le titre In the right way est également remarquable. Sur Freedom sounds in Dub, il figure dans une version remixée, Dub the right way. On est en famille, entourés de pointures familières comme les Roots Radics, les Revolutionnaries (avec Sly & Robbie), Prince Jammy et Scientist (disciples de King Tubby).

Plus tard, Rod rejoindra l’équipe de ‘Mickey Dread’ Campbell, qui animait dans les années 70 la première émission "roots" à la radio jamaïcaine (‘Dreads at the controls’). Avec lui, Rod produira deux hits majeurs (en 78 et 79), His Imperial Majesty et Behold H.I.M, odes douces et solennelles adressées à Heile Selassie. D’autres titres de l’album sont issus d’une collaboration avec Prince Far I (Run Run et No One can tell about Jah). Si cette compilation s’arrête à l’année 80, c’est que Rod Taylor a passé les eighthies loin des studios et des sound–systems, se faisant fermier dans les collines jamaïcaines. Dans les années 90, il a repris ses activités artistiques, entre Kingston, Londres et Marseille, où il vit aujourd’hui. En rappelant les brillants débuts de cette figure centrale du mouvement reggae, Patate Records lui met une pression d’enfer. Sur scène comme en studio, Rod va devoir se montrer à la hauteur de sa glorieuse réputation.

Lire aussi : Jah débarque à Kingston (21 avril 1966)

Kzino

LiVret

King David, Solomon, Moses (aka Ethiopian Kings) (discomix)
In the right way
Don’t give it up (discomix)
Run run
No one can tell I about Jah
His Imperial Majesty
Behold him
Bad man comes and goes
Nuh chuck it (interprété par Dillinger)
Every little thing
Be sensible

Look before you leap
Independant bam
Night in september

 

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