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Tout le monde connaît, même sans le savoir, Willi Williams. Il est en
effet lauteur et linterprète d "Armagideon time", qui devint dans les
années 80 un des plus célèbres tubes reggae grâce à la tonitruante
reprise quen firent les Clash. On peut dailleurs entendre une version
live du morceau sur "From Here to Eternity", lalbum qui retrace la
vie en tournée du groupe punk. Willi Williams mérite beaucoup mieux que cette renommée indirecte. Loin dêtre lhomme dun seul tube, il
a mené une carrière ininterrompue et prolifique quoique discrète, travaillant avec tous ceux qui font autorité dans le domaine, de
Mickey Dread aux Wailers en passant par Sly & Robby. Beaucoup de ses albums sont disponibles en CD, dont le récent
Thanks and Devotion (Drum Street, 1998). Malheureusement, les productions de ses débuts restaient inaccessibles à ses fans. Grâce au
travail du label Drum Street et à la superbe rétrospective quil vient
déditer, ce manque est réparé.
Willi Williams a une présence impressionnante, insufflant aux
morceaux une énergie mystique. Lalbum souvre sur un chant
incantatoire et bouleversant, "Why 2K", où la voix superbe de
Willi Williams ouvre des tunnels sonores dans toutes les directions. Il crie parfois comme U-Roy, style
"Ouh, dread I !", avant de partir dans un speech accéléré en patois rasta.
Sur lexcellent "Revenge", il enrichit ce style toasté dun dialogue
avec Doctor Alimentado, dans un duo à trouer le cul de Jah (sauf son respect). La section cuivre sarrête pour les laisser
tchatcher, puis reprend en ronronnant pour les laisser reprendre leur souffle. Parfois, Willi Williams saventure du
côté du Dancehall, poussant la chansonnette sur des refrains
romantiques, comme ce "Wish it was" me chanté en compagnie
de la star Delroy Wilson. Le plus souvent, tout de même, Willi Williams emploie son talent à défendre la cause rasta,
abordant des thèmes comme lunité africaine ("Unification"), le
rapatriement, loppression, la famine ("Give me bread") et
lexploitation ("Blue color worker"). Il pronostique la destruction
de Babylone sur des hymnes qui lui valurent le surnom de "Armagideon Man". LArmaggedon est le combat final entre
le Bien et le Mal inscrit dans la Bible. Plutôt flippant comme perspective, cet apocalypse revêt ici les allures dun
sound-system convivial où les Wailers (présents en backing sur deux titres) répondent en écho à Jackie Mittoo, Vivian
Jackson (plus connu sous le pseudo Yabby You), les Versatiles (le groupe de Junior Byles) ou Robbie Shakespeare (le plus
grand bassiste de toute l'histoire du reggae, souvent associé à Sly Dunbar).
Cette rétrospective de la carrière de Willi Williams ressemble donc à
un album de famille, rassemblant des sessions denregistrement organisées entre le Studio One, le Randys, le studio de Harry J. et
celui de King Tubby. Enregistrées entre la fin des années 60 et le tout début des années 80, ces pistes sont disponibles pour la première
fois sur CD, sortant ainsi dun oubli à la fois regrettable et injuste. Une
réédition à se procurer en toute urgence, donc, pour (re)découvrir un
des plus grands vocalistes jamaïcains.
Kzino |