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A
ceux qui douteraient encore que le hip-hop est devenu l'une
des formes musicales les plus intéressantes, loin devant le
rock et malgré les arabesques de groupes transgenres tels
que Radiohead,
on conseillera de se pencher sur le nouvel opus du maître
de la Côte Ouest, Dan the Automator.
De
son vrai (?) nom Dan Nakamura, aussi connu sous les patronymes
de Doctor Octagon, Kool Keith, ou Nathaniel Merriweather,
l'auteur et producteur du projet Deltron 3030 est,
avec Prince
Paul, la véritable tête chercheuse des musiques d'aujourd'hui.
Principal artisan du Handsome
Boy Modelling School, Dan The Automator revient avec la
bande originale imaginaire d'un film de science-fiction et
une flopée de chanteurs-collaborateurs pour un disque qui
apparaît comme le plus inventif et le plus déjanté de l'année.
Véritable
space-opéra, Deltron 3030 narre l'aventure des derniers
hommes libres réfugiés après l'apocalypse sur une planète
devenue hostile et soumise à une dictature fasciste ainsi
qu'à des invasions extraterrestres. A chaque rencontre, sa
chanson. A chaque personnage du récit, sa structure hip-hop.
Le beat très lourd et futuriste rend à la perfection la noirceur
du propos tandis que les incendies de production (interludes,
récit sur cordes à la Glass) insufflent une dérision cartoonesque
qui témoigne de toute l'intelligence des créateurs du projet.
Dan
the Automator, contrairement à Kool Keith, livré à lui-même
lors de sa tentative de raconter l'odyssée stellaire d'un
Elvis noir (Black Elvis), est un merveilleux tisseur d'ambiance
et d'atmosphère. Chaque intervenant extérieur apporte son
univers, son phrasé et vient défendre les couleurs de son
hip-hop, tantôt sec et extrêmement brutal, tantôt plus serein
et habité par le funk. L'enfant prodige Kid
Koala est aux scratches et désamorce le sérieux du propos
par ses gimmicks habituels. On retrouve l'impressionnant Del
Tha Funkee Homosapien - sorte de Joey Starr US - dans le rôle
de Deltron 0, Automator sous le pseudonyme de Captain Aptos,
Peanut Butter Wolf alias Wimpy (du nom du célèbre burger),
Prince Paul évidemment rebaptisé ici Vince Paul Mac Mahon
et bien d'autres.
Parmi ces autres, on notera la présence très remarquée de
Damon Albarn de Blur en narrateur improvisé sous le pseudo
de Damien Thorn VII (le héros de la malédiction) et de Sean
Lennon, impeccable sur le meilleur titre de l'album Memory
Loss.
Le propos de Dan the Automator est de plus en plus politique
et sa vision de l'Amérique de plus en plus sombre. Le discours
est détonnant et d'une actualité vivace tant sur le système
politique et son fonctionnement, que sur le conservatisme
à l'œuvre dans tous les domaines de la société.
Des terroristes résistants ont le bon goût de diffuser via
les nouvelles technologies des virus hilarants visant à éradiquer
les comportements moutonniers. Un savant fou implante des
cellules virales pour nettoyer l'environnement des fans de
Dire Straits. Des rappers luttent contre l'industrie du disque
et le conformisme ambiant. Des êtres robots errent comme des
fantômes en achetant tout ce qui bouge.
In
the year 3030, everybody wants to be a DJ.
In the year 3030, everybody wants to be a producer.
Yo ! I must shake your ideas.
I am trapped in a bottle.
I am caught in the grip of the city MADNESS.
Nakamura
réussit l'album parfait, comme un direct dans la gueule qui
au lieu de vous allonger vous fait flotter dans les airs.
La résistance est en marche : lucide et élégante, Nakamura
est son prophète.
Myosotis
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