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The
Clash
From here to eternity
(Columbia)
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Il en aura fallu du temps. Du temps pour que sorte enfin ce live posthume. Du temps pour que soit
reconnu vingt ans après l'héritage monstrueux de ce groupe inclassable, du temps pour
que, grâce au Clash, Asian Dub Foundation et Zebda
puissent avoir une audience si populaire. Ce live sort donc à point nommé et on le
préfèrera à l'album solo de Joe Strummer, Rock art and the X-ray style
(Columbia), certes sympathique mais mou et nostalgique comme le vieux pépé qui essaye de
radoter ses exploits de jeunesse en bégayant, comme un moteur rouillé de Cadillac qui
hoquette. En revanche, From here to eternity n'est pas nostalgique : le son y est
électrique, frais, pur, ce qui est d'autant plus réussi qu'aucun morceau n'a été,
partiellement ou totalement, réenregistré
L'image de l'honnêteté jusqu'au
boutiste du quatuor restera bel et bien incorruptible. Mais surtout ce son aussi
étincelant qui vous titille les muqueuses n'est pas sans rappeler deux glorieux
prédécesseurs en matière de live, le Colyseum de Bob Marley et les Who du Live
at Leeds, dont les influences se font ici puissamment ressentir.Des hymnes keupons one,
two, three du début 77 (Hey Joe, rends moi mes docs, je suis malade, la gerbe!) juska
l'apocalyptique Straight to hell, c'est la brève et fulgurante carrière du
groupe qu'on peut entendre en 17 hits (c'est le seul reproche: que des standards), le
concentré d'un gang musical qui se donna lui même comme un concentré de toutes les
tendances émergentes au carrefour fin 70's, début 80's. Et c'est bien ce qui fait toute
la richesse de ce skeud live : c'est d'abord en apparence un pur moment de rock'n'roll,
comme dit l'autre, mais au delà on comprend vite que les quatre pistoleros jouent à
clash-clash avec les genres musicaux : la pop de Should I stay
, le reggae
de Armagideon time avec l'intervention sublime du toaster Mickey Dread, le ska de
Hammersmith palais. Au bout du compte, les Clash prouvent ici qu'ils sont bien
plus que le plus grand groupe punk et peu importe la codification et le look créteux qui
ne sera uniformisé plus tard que par Exploited. Bien plus qu'une affaire de look, les
Clash c'est surtout le métissage musical réussi, converti en une énergie pure, une
énergie qui unifie magnifiquement la rage et la mélodie. Difficile d'éviter les
superlatifs.
Une dernière précision From
here to eternity, ce flamboyant bouquet final, n'est pas nostalgique disions-nous. En
effet, malgré le titre, nous ne sommes pas dans une chapelle mais bien sur des charbons
ardents, avec des morceaux d'une actualité toujours aussi brûlante, jamais datés. Ces
derniers n'ont rien à voir avec un quelconque intérêt chronologique au service de
l'histoire d'un genre musical à présent défunt, le rock. Non, ce concert n'a rien à
voir avec le mythe (enfin presque) ou avec l'histoire, bref avec le musée : ce live comme
son nom l'indique c'est la vie, à travers une gamme de décharges émotives.
Fantomas |
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