The Flaming Lips

The soft bulletin
(Warner)


Invités d’honneur du dernier festival des Inrockuptibles dans la catégorie "Groupe dont on n’ attend rien", le groupe de Wayne Coyne a fait beaucoup plus que ce que les organisateurs lui avaient demandé et ravalé les insupportables Muse et les fainéants Pavement au rang de faire-valoir. Chassés de scène à Lille pour avoir poussé leur succès trop loin dans la soirée, les Lèvres en feu ont récidivé à Paris où, devant un mur vidéo géant, ils ont hypnotisé avec leur show arty un public précieux et venu pour du rock pur et dur.

Si la magie de l’ancienne bande des frères Coyne (l’ancien leader a disparu, remplacé par son frangin) a plané sur la Cigale, elle ne se retrouve toutefois pas entièrement sur l’album, The Soft Bulletin, qui bénéficie de la production guimauve de Dave Fridmann, l’homme qui a changé le Mercury Rev en groupe multimillionnaire, et qui ferait aimer à Edouard Balladur les hurlements d’Alan Vega. Donahue, chanteur du Mercury Rev, était d’ailleurs jusqu’à il y a peu l’obscur tâcheron d’une formation menée par le charismatique (mais disjoncté) Wayne Coyne, sorte de Capitaine de Vaisseau dandy ravagé du cerveau qui passe les deux tiers du concert à taper sur un gros gong chinois ou à jouer avec des marionnettes en plastique. Wayne est fou (on le savait déjà) et cela ne s’arrange guère avec l’âge. Les Flaming lips sont l’un des derniers groupes avec Porno For Pyros et les Regular Fries à vouloir faire de leurs concerts une œuvre dramatique. Ils sont probablement les derniers aussi à y parvenir.

Il faut se rendre à l’évidence toutefois que les Flaming Lips sont et restent un groupe bâti pour la scène. Leurs tentatives foldingues de ces dernières années de faire avancer la musique en studio ont toutes été des désastres. La dernière en date les avait amenés à enregistrer leur album sur 4 disques audio. L’auditeur devait pour entendre le tout disposer de quatre platines et jouer les Cd simultanément. Ici, le format est standard mais le rendu un peu décevant.

Les meilleurs chansons du groupe font toujours leur effet : Race for The Prize, doublé sur le CD, qui raconte le courageux combat de scientifiques pour le Nobel, et le superbe Waitin for Superman, bissé lui aussi, arrivent assez loin devant. La voix fausse – osons l’écrire – de Coyne est aussi envoûtante que lorsqu’il reprend Over The Rainbow sur scène. Steven Drodz, au clavier, et Michael Ivins, à la guitare, sont des compagnons impeccables qui ramènent lorsqu’il est temps leur compère faire des sentiers plus raisonnables. A spoonful weighs a ton fonctionne à plein dans le genre chanson de variétés à faire pleurer de plaisir, tandis que What is the Light nous fait toucher du doigt ce que peut être la foi. Feeling Yourself Disintegrate est à classer parmi les 20 meilleures chansons d’amour de tous les temps.

La grande théorie de Coyne est que l’énergie issue du big-bang est la même que celle dont regorgent nos cellules lorsqu’on est amoureux. L’album en est l’illustration parfaite, une bouffée d’oxygène qui met le cœur en joie et nous repose un tantinet de nos goûts tristounes habituels. Sans savoir si l’énergie des Flaming Lips nous vient d’aussi loin, elle nous prend de plein fouet et nous inquiète aussi. Derrière les arrangements travaillés dans les écoles de composition et parfois barbants (the Observer), le groupe fait peur. On sent que Coyne est un psychopathe et qu’il peut nous massacrer à tout moment. Contrairement à ce qu’on pouvait penser, les Lèvres en feu sont un réel facteur d’insécurité dans la pop moderne quand les autres ne font qu’apposer, pour la plupart, des baisers glacés sur le front des cadavres.

B. Myosotis

The soft bulletin
118.00 F

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