|
On commençait à sinquiéter sévère pour Steve Jones et son Babybird Band. Cela faisait plus dun an quon avait pas de nouvelles du bonhomme qui, rappelons-le,
avait déboulé dans notre vie en sortant cinq albums à un rythme moyen dun toutes les six semaines, pendant sa première année dexercice. Ces cinq albums jusquà
lhorripilant "Dying Happy" où il égorgeait un poulet en couverture et qui était truffé de joyaux totalement déjantés tous aussi bons les uns que les autres, produits sur
un 4 pistes, nous avaient familiarisé avec cet anglais blond à la voix de stentor ou de castrat (cétait selon lhumeur, selon les albums, selon les couplets) et avaient
suffi à nous rendre sa présence indispensable. On nécoutait plus que lui et on manquait tout ce qui passait cette année-là. Babybird avait ensuite pris à peine plus de
temps pour sortir son premier véritable album (dixit lui-même) le non moins attachant
"Ugly
Beautiful", et ses singles imparables : "You are Gorgeous" en tête,
"Babybird", "Dead Bird Sings", et une dizaine dautres titres. Jones était revenu lannée dernière avec le sombre
"Theres Something Going On", plus complexe, plus acide, plus violent et puis plus rien.
Puis
"Bugged". Entre temps, apprenait-on sur son site Internet, Stephen Jones en avait profité pour écrire un roman, plutôt bon et quon na pas encore lu. Pas de quoi
sétonner. Mais tout de même, un an, cétait long pour celui qui se vantait à ses débuts davoir quatre cents chansons dans ses tiroirs. Son huitième album nous arrive
enfin (on ne compte pas une compilation des meilleurs titres des cinq premiers albums sortis en 1998 par son ancien label) et il ne déçoit pas.
Jones est maintenant entouré par un vrai groupe. Il doit avoir un peu dargent, dispose dune certaine renommée. Dailleurs, il a pas mal grossi (on le voit dans le
livret) : son petit "beer belly" sest changé en une bonne grosse panse, cest peut-être un signe. Après
"Ugly
Beautiful" et le succès international de "YouRe
Gorgeous", Steve Jones sétait promis de revenir à des titres bancals et à une certaine rudesse, histoire de ne pas verser définitivement du côté commercial de la
force. Sur "Bugged", il revient à ses premières amours : le sordide et le bien crasseux. Le son de ce nouvel album ressemble à du nimporte quoi. Ca grésille, les
guitares partent dans tous les sens et les mélodies sont coupées par des accords et des chemins de traverse qui, si ils sont parfois désagréables, constituent la marque
de fabrique des uvres lo-fi du chanteur. La voix est éraillée et inquiétante au possible et ressemble à celle dun Sinatra qui développerait un cancer de la gorge. Le
single "F-Word", sorti peu avant lalbum, est quasiment inaudible, totalement invendable, et fait penser à un vieux P.I.L. Sur
"Fireflies", on retrouve le grand Babybird dans ce mélange de mélancolie, de légèreté et de cynisme. Il évoque la présence de cafards dans son appartement, avec lesquels il joue, quil extermine et puis
embrasse. Comme toujours, le second degré arrive avec la troisième écoute. Les cafards deviennent des hommes et ce qui semblait un gentil divertissement devient
vite dégueulasse.
"If I find them/ Im gonna kill them/ It wasnt me/ It was my friends/ The fireflies are hiding/ And listening to every single word."
A la quatrième écoute, cest nous les cafards.
Babybird ne renonce pas pour autant à chanter des bluettes. Il chante
"All I Want Is Love", en hommage aux Beatles ( ?), titre amusant et un peu moins brillant que
ses précédentes tentatives tout-pop. "Wave Your Hands" est dans la même lignée.
"Till You Die" également. Et on se dit que "Bugged" nest pas aussi bon que ses
prédécesseurs. Le bel oiseau semble voler un peu moins haut. "Eyes in the back of Your Head" revient vachard et impeccable de méchanceté.
"Its like a blind man in your bed/ you pay him absolutely nothing for relief/ But you need it much more than self-belief."
Bugged est un disque malade. Jones parle un peu plus de lui, semble-t-il, sur
"Out of Sight" et met parfois un peu trop de sirop dans son vin. Il nen reste pas moins
souvent percutant et irrésistible. "One dead groove" conclut lalbum dans une veine mi-funk, mi-jazz, qui fait écho au phénoménal
"Bad jazz". "When I feel bad, I feel good", chantait-il par le passé.
"When I feel good, i feel bad". Il est trop tôt avec cet énergumène pour dire si lalbum est bon ou mauvais, si notre attachement est forcé
ou mérité. Il est trop tôt pour émettre un jugement.
Myosotis
http://www.babybird.echo.co.uk/ |