Belle and Sebastian
Folds your hands boy, you walk like a peasant
(Yellow Productions/Toys Factory.2000)


Enfants de Glasgow, les huit de Belle and Sebastian n’appartiennent pas à ces clichés de la ville industrielle que l’on connaît. Ici, pas de raves, d’overdoses, et de sinistrose sociale. La pop de Belle and Sebastian a envahit les platines depuis 1996 en déjouant avec une aisance mystérieuse tous les pièges d’un style décrié après avoir été adulé.

Le groupe formé à l’origine par les deux Stuart (Murdoch le song-writer et David le bassiste) à l’université a été propulsé par son premier L.P récemment réédité Tigermilk grâce au label de leur fac Electric Honey Records. Première partie très remarquée de Tinderstick en 1996, leur album If you’re feeling sinister est pourtant à contre-courant de la scène britannique mais rencontre un grand succès critique et le bouche-à-oreille lui constitue un parterre de fans indéfectibles prêts à mettre 400 £ dans le tout premier vinyl tiré à 2000 exemplaires. Le lyrisme de Murdoch, chanteur-poète et la voix d’Isobel sont enluminés par des arrangements sobres et intemporels qui rappellent le regretté Nick Drake au fait de sa gloire.

Lorsqu’en 1998 Boy with the arab strap arrive dans les bacs, la vague entamée deux ans plus tôt s’enfle car leur style est à la fois immédiatement identifiable et laisse toute la place nécessaire à une orchestration discrète et variée : électronique élégante, mélopées sixties contrebalancées par une rythmique new wave à la XTC sans jamais dévier de ces textes introspectifs sur lesquels le timbre nonchalant de Murdoch se pose.

L’album nouveau est là, plus fort de l’expérience du groupe sans pour autant faire l’objet d’une promotion délurée, car le secret de Belle and Sebastian est simple : c’est le fan qui vient à eux, la critique les porte, et les concerts sont rares mais toujours à guichet fermé. Il en est ainsi de ce disque, une preuve irréfutable du talent de Belle and Sebastian, quel meilleur ambassadeur pour le public ?

Fold your hands boy, you walk like a peasant est toujours emprunt de cette pop qui n’appartient qu’aux vrais song-writers : la chanson prime sur tout. Dans ce domaine la sobriété de Belle and Sebastian est encore là, mais épaulée par quelques cordes lyriques sans jamais peser, la flute traversière devient une habile évocation des sixties mais contourne les facilités, le fender rhodes confère parfois aux morceau un feeling funky inattendu pour un tel groupe. Le talent de Belle and Sebastian réside peut-être dans cette aptitude à effleurer les styles sans jamais s’y faire prendre, à transcender la pop quand on croit avoir déjà tout entendu. Belle and sebastian appartient donc à ces groupes capables de se renouveler sans renier leur identité, à user de ce qui a fait le succès de grands comme Donovan en laissant croire que le chapitre est loin d’être clos. Belle and Sebastian nous donnent encore une fois une leçon d’écriture pop.

Samuel Cunéo


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