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F-Communication a senti le vent tourner depuis que la hype «french touch» a perdu de sa superbe. On ne sen plaindra pas. Depuis dix ans maintenant, ce label
senlisait souvent dans une techno convenue qui, bien que comportant parfois son lot détincelles marquantes (Scan X avec lhypnotisant Hearthquaque, Laurent
Garnier et lexubérant Crispy Bacon), lorgnait trop maladroitement du côté de Détroit ou de lambient de salon
bourgeois. Peut-on pour autant affirmer quaprès dix ans déclats les plantes vertes auraient perdues de leur vigueur
? Pas si sûr, car il faudra maintenant compter sur une relève talentueuse essentiellement composée de
bidouilleurs cultivés expérimentant tous azimuts en son comme en graphisme, prenant plus de risques crades que de précautions délicates pour conquérir un public aux
oreilles intransigeantes. Le masquage récent des rides creusés par le temps grâce à un vulgaire gant de toilette orné
d'yeux cousus aura permis dimposer mondialement une marque de fabrique improbable doublée dun univers immédiatement identifiable, difficilement récupérable. Remercions léclaireur intrépide Mister
Oizo, fascinant point dancrage dune mouvance française décomplexée où les préceptes de la musique électronique servent de matrices à moults compositions
mâtures puisant enfin au sein de divers backgrounds artistiques.
Quon se le dise, Avril trouvera largement sa place au côté de la mascotte au pelage jaune. Premier track, premier choc,
Velvet blues, le bien nommé surprend. Dabord une voix, sensuelle, susurrant une sombre histoire dange au phrasé délicat nous rappele vaguement un certain suédois. Encore un énième clone de Jay Jay
Johanson pense t-on, avec le sourire satisfait du connaisseur ; pourtant, il faudra vite se rendre à lévidence, cette vague influence ne nuit en rien à la qualité de
lensemble, tout au plus permet-elle de nous faire pénétrer plus facilement au sein dun monde organique désarmant dingéniosité et de trouvailles qui pourrait parfois
paraître rebutantes pour les moins agiles dentre nous. Mesdames et messieurs, oserez-vous prendre
The big whell, second titre inclassable à la production ambitieuse gorgée denrobages lyriques sucrés. Pop ? Musique de film ? Easy Listening
? Aucun adjectifs ne parviennent à définir cette entité musicale empruntant
des chemins volontairement escarpés. Chose certaine, notre homme ne se ménage pas durant 737minutes, tutoyant des sommets imparables gravis à la force dun
jeu dorchestrations tendues. Sa structure très cinématico-symphonique se
pare de beats teck-house-indus nous narguant suffisament de haut pour néprouver
aucune gène à soigneusement nous achever lorsque surgie lenvolée finale, répétitive, oppressante, renversante. Oooouups. Pour vous faire une idée de la bête,
imaginez un Pierre Henry portant la moustache de Lee Haszlewood et arborant fièrement les caleçons moulants de Martin Gore. Voyez
? Vaste programme.
Cette musique pour dandy en tissus soyeux se dote ensuite dun sens aigu de lautodérision
(By now), avec néanmoins cette distance hautaine qui permet la traversée sans
dommages des ruelles exiguës menant tout droit à la musique concrète. Ce mini lp démontre en effet combien ce monument hante linconscient de toute une
génération de faux flemmards éduqués aux ziquouiquouis électroniques de lORTF savamment crachés par le tube cathodique, tous les mercredis après midi. Ah ces
vieux jeunes, on ne pourra plus leur reprocher davoir passer leur petite enfance à pisser avec une mauvaise foi affichée sur les guitares de papa sils sont capables
daccoucher dune uvre comme Now, its spring. On se surprendra à leur pardonner davoir vénérer Mozart ou, au hasard, Vivaldi autant que Duran Duran ; ou
de sêtre révolté contre la terre entière tout en assumant le cliché éculé de lembrassade dégoulinante au sein dune salle obscure où les cow-boys, ces mâles
dominants avançant au fin fond du désert la main droite proche de leur colt sous un déluge de cordes orchestré par
Ennio Morricone, se mâtent lil en coin et la braguette délicatement ouverte. Sale gosse, va.
Alors oui daccord, ce jeune français se la joue peut être trop, mais cette forme darrogance nappartient quà ceux qui se cachent derrière leur ombre pour ne pas
avoir à affronter leur propre génie (oui, génie). Dévidence on ne peut rester indifférent un tel ouvrage, peu de personnes pouvant se vanter davoir commis un disque
pareil. Prions donc pour que cet air faussement sûr de lui ne lui consume pas trop les ailes qui ne demandent quà se déployer. En tous cas, taraudé par lintimidante
impression que laisse ce skeud tortueux on à bien des difficultés à imaginer comment il put prendre chair, sinon, peut être, sur les pages dun grimoire poussiéreux
dont la clef est sans nul doute "au fond dun puit". Et encore.
Yannick
Nowak
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