Dans la série " Fluctuat se donne du mal pour vous et vous évite de fouiller les
bacs de votre disquaire favori ", le cas Paddy Casey est parfait, sans compter
léconomie du billet davion pour Dublin que vous allez faire! En effet, la
sortie lété dernier de son album Amen (So be it), a requinqué le moral des
irlandais, jusqualors abreuvés en permanence, entre deux pintes de Guiness,
dhorreurs comme les Corrs, les Cranberries ou pire, Boyzone (Argh !).
Attention ! Ce
nest pas pour cette seule raison que Paddy Casey mérite que lon
sintéresse à lui. Bien sûr, son histoire sent un peu le cliché. Ecoutez plutôt,
" il y a peu, blah, blah, ce garçon de 24 ans grattait la guitare dans les rues
de Dublin, blah, blah, voir devant les stades de football, blah, blah, pour récupérer
quelques pounds
blah, blah
". Toujours est-il que très vite, le
nombre de ses admirateurs ayant augmenté, Paddy a pu enfin jouer dans des bars, puis dans
des petites salles de concert et quil sest retrouvé propulsé en première
partie de Ian Brown, de Blondie, ou de R.E.M lors de leurs tournées anglaises. Résultat
logique, il trouve une maison de disques, enregistre son album, le premier, en deux
semaines, avec des moyens probablement encore assez limités.
Voilà pourquoi Amen
(So be it) sonne à la première écoute comme un assemblage de très bonnes démos.
Ca commence avec un titre en forme de " protest song ", Fear. Dès
lintro, la voix dynamique, un tantinet nasale de Paddy Casey sélance avec une
fougue qui fait oublier le Dylan quil aurait pu nous évoquer pendant quelques
secondes. Le deuxième titre, Whatever gets you true, enchaîne dans la même
veine. Paddy annonce la couleur, il ne jouera pas au songwriter neurasthénique. Parfois
mélancolique et recueilli, il nest jamais geignard comme le prouve Its
over now où il évite lécueil des adieux larmoyants. Le principal reproche que
lon peut faire à lalbum, et cela dès ce deuxième titre, cest
quil pêche un peu au niveau des arrangements. Les compositions de Paddy Casey sont
quelque peu alourdies lorsquelles se retrouvent étoffées de sons qui veulent sans
doute mettre lensemble au goût du jour. Malheureusement, lemploi des boîtes
à rythmes et des synthés reste maladroit, confus. Cest le cas, par exemple, pour Downtown
ou Ancient Sorrow où des sons bizarres servent de toile de fond à la ligne
mélodique, se greffant dessus de manière un peu anachronique. Cest dommage, car
justement, Downtown, où la voix de Paddy Casey sonne curieusement comme celle
dun jeune Stevie Wonder (étrange pour un admirateur de Prince et de Nina Simone),
et comme dautres titres sur lalbum, a tous les atouts dun standard en
puissance. Pour toutes ces raisons, Paddy Casey devient vraiment convaincant dans ses
morceaux les plus dépouillés et les plus acoustiques. Winters fire, Sweet
suburban sky ou Rainwater sont sans conteste des petits bijoux folk qui
évoquent Van Morrison sans jamais le singer. On se laisse alors complètement envoûter
par une mélancolie délicate, par une jeunesse et une personnalité attachante qui
laissent pressentir tout le talent à venir. Tout cela demande une suite! Je ne peux pas
mempêcher dattendre en piétinant son prochain album ou tout au moins une
sortie nationale de celui-ci qui permettrait de le découvrir en live et je vous invite,
en piétinant toujours, à lécouter à votre tour. Car enfin, Amen (So be it),
est une belle chose imparfaite, folk ou pop selon langle découte, bourrée de
qualités et surtout dune grande sincérité, chose suffisamment rare actuellement
pour quon y prête attention.