Avez-vous déjà essayé de manger des ufs marinés au vinaigre avec un peu de
sorbet dessus ? Cette simple idée vous soulève le cur ? Cest que
vous nêtes pas anglais, que vous nêtes pas de Sheffield et quil faut
durgence rattraper le temps perdu, chose qui sera faite à lécoute de Eggs
& Sherbet de The All seeing I.
Ce collectif musical
vient dinventer le premier (peut-être pas, mais laissons-leur le bénéfice du
doute) disque " trois en un ". Une première application vous fera
vous agiter sur une techno pêtasse qui rappellera aux meilleurs dentre nous
certains lieux inavouables de Brighton, la deuxième couche nourrissant les oreilles
daccents plus planants, un rien trip-hop. Cest à la troisième, tout à fait
pop, que comblés, vous irez vous acheter le flacon, pardon, le disque. Une recette
complètement hétéroclite donc, parfois un peu indigeste mais franchement drôle et par
moment franchement bonne. Le Gus Gus du nord de lAngleterre, en quelque sorte.
Il faut dire
quils se sont mis à plusieurs pour pondre la chose, et que parmi eux, se
dissimulent des figures connues et hautement recommandables ayant pour point commun
essentiel dêtre tous du cru. A la base, The All seeing I est avant tout
luvre de trois bidouilleurs de machines en chambre connus sous les noms de
Parrott, Jason " JP " Buckle et Dean Honer, auxquels il faut surtout
reconnaître le mérite davoir su sentourer. Aux textes dabord, Jarvis
Cocker, un instant échappé de Pulp et qui donne le meilleur de lui-même en écrivant
des paroles sur mesure à ce vieux ringard génial de Tony Christie. Sa voix de crooner,
entre Tom Jones et Frankie Sinatra, lance idéalement les histoires de stars de seconde
zone (Walk like a panther, Happy Birthday Nicola) et la mélodie de cabaret (Stars
on Sunday). Jarvis, lui aussi, donne de la voix comme il sait seul le faire, en
forçant au maximum le côté érotico-bizarre sur une rythmique presque empruntée à
Georges Michael (Drive safely darling). Mais ici, cest lhumour qui
mène la danse, et comme il ne fallait oublier personne de la clique de Sheffield, Phil
Oakley, (Human League, ça vous dit quelque chose ?) et Steven Jones alias Babybird
ne sont pas en reste. Le Plastic Diamond de Babybird, sorte de clin dil
à un Velvet Underground de supermarché, vaut surtout le détour. Pour ce qui est des
rythmiques basiques qui viennent sintercaler dans le disque, elles sont plus ou
moins percutantes et on peut leur préférer un titre plus sombre, plus envoûtant comme No
Return et qui nous fait découvrir la voix de Lisa Millet qui vaut bien celle de
toutes les Shirley Bassey. Bon, en résumé, à Sheffield, il ny a pas que les Full
Monty et si la ville ne vaut pas le détour, ces musiciens, par contre
A signaler
que lalbum est sorti depuis environ deux mois et que nayant pas bénéficié
dune promo à la hauteur, je conseille de demander votre portion (ça yest,
ça me reprend) à votre vendeur habituel. Au fait, vous prenez du chocolat sur votre Fish
and Chips ?
C.B.
**************************************
Droit de réponse
d'un citoyen du nord de l'Angleterre
Subject: Dear Sir,
Date: Fri, 04 Feb 2000 18:43:38 +0100
From: Matthew Langsley
To: webmaster@fluctuat.net
Dear Sir,
Après avoir lu un petit
article "The All seeing I" dans votre édition du 2 février, je me permets de
vous écrire pour attirer votre attention à certaines accusations mal-fondées et
diffamatoires énoncées dans ledit article.
Avant de continuer, je vous
signale que je suis anglais et que je suis de Sheffield. Et que j'adore les ufs
marinés au vinaigre. (Deux précisions que vous auriez du écrire pour les lecteurs
français; les oeufs sont durs - pas une précision évidente, puisqu'on fait des oeufs
pochés au vinaigre; le vinaigre n'est pas au vin rouge - pour ne pas ajouter à votre
image trompeuse un coloris plus choquant). Cependant, le mot sorbet n'est peut-être pas
celui qui convient pour traduire sherbet (désolé, mais là, vous provoquez la haine de
celui qui était autrefois le responsable de la rubrique gastronomie de flu...) - à
Sheffield, c'est pas quelquechose de glacé, mais une poudre sucrée qu'on trouve dans les
bon bons.
D'accord, je comprends le
deuxième degré - le chocolat et tout, c'est amusant, hé, hé, hé... - mais une autre
présomption m'a profondement choquée: Bon, en résumé, à Sheffield, il ny a pas
que les Full Monty et si la ville ne vaut pas le détour, ces musiciens, par contre
Il n'y a pas que les Full Monty (d'ailleurs, ce n'est pas au pluriel puisque c'est quelque
chose, pas des gens), phénomène est en plus très deuxième degré. Mais la ville n'a
rien à voir avec un détour et si elle avait, elle le vaudrait bien - elle se trouve sur
la première autoroute de l'Angleterre et a plusieurs points forts qui la mettent bien
au-dessus de beaucoup de grandes villes française qui se veulent des centres régionaux.
En résumé, vous vous êtes laissé avoir par ce fameux deuxième degré sous forme
d'excentricité anglaise, justement personnifiée, comme vous l'avez remarqué, par ce
personnnage bizarre nommé Jarvis Cocker.
Mais bien que je vous parle de
ma haine, je ne vous hais pas. Mais je vous invite à m'accompagner un jour dans cet
Eldorado du nord d'Angleterre, ou les rangée de maisons à brique rouge font rêver des
vignobles bordelais et les fish & chips n'ont certainement pas besoin d'être arrosés
au chocolat.
Sir, je vous confie la tâche d'envoyer à "C.B" mes appréciations pour
réparer ces malentendus blessants.
Je vous prie...
Matthew Langsley |