The All seeing I

Pickled eggs and sherbet
(London records)


Avez-vous déjà essayé de manger des œufs marinés au vinaigre avec un peu de sorbet dessus ? Cette simple idée vous soulève le cœur ? C’est que vous n’êtes pas anglais, que vous n’êtes pas de Sheffield et qu’il faut d’urgence rattraper le temps perdu, chose qui sera faite à l’écoute de Eggs & Sherbet de The All seeing I.

Ce collectif musical vient d’inventer le premier (peut-être pas, mais laissons-leur le bénéfice du doute) disque " trois en un ". Une première application vous fera vous agiter sur une techno pêtasse qui rappellera aux meilleurs d’entre nous certains lieux inavouables de Brighton, la deuxième couche nourrissant les oreilles d’accents plus planants, un rien trip-hop. C’est à la troisième, tout à fait pop, que comblés, vous irez vous acheter le flacon, pardon, le disque. Une recette complètement hétéroclite donc, parfois un peu indigeste mais franchement drôle et par moment franchement bonne. Le Gus Gus du nord de l’Angleterre, en quelque sorte.

Il faut dire qu’ils se sont mis à plusieurs pour pondre la chose, et que parmi eux, se dissimulent des figures connues et hautement recommandables ayant pour point commun essentiel d’être tous du cru. A la base, The All seeing I est avant tout l’œuvre de trois bidouilleurs de machines en chambre connus sous les noms de Parrott, Jason " JP " Buckle et Dean Honer, auxquels il faut surtout reconnaître le mérite d’avoir su s’entourer. Aux textes d’abord, Jarvis Cocker, un instant échappé de Pulp et qui donne le meilleur de lui-même en écrivant des paroles sur mesure à ce vieux ringard génial de Tony Christie. Sa voix de crooner, entre Tom Jones et Frankie Sinatra, lance idéalement les histoires de stars de seconde zone (Walk like a panther, Happy Birthday Nicola) et la mélodie de cabaret (Stars on Sunday). Jarvis, lui aussi, donne de la voix comme il sait seul le faire, en forçant au maximum le côté érotico-bizarre sur une rythmique presque empruntée à Georges Michael (Drive safely darling). Mais ici, c’est l’humour qui mène la danse, et comme il ne fallait oublier personne de la clique de Sheffield, Phil Oakley, (Human League, ça vous dit quelque chose ?) et Steven Jones alias Babybird ne sont pas en reste. Le Plastic Diamond de Babybird, sorte de clin d’œil à un Velvet Underground de supermarché, vaut surtout le détour. Pour ce qui est des rythmiques basiques qui viennent s’intercaler dans le disque, elles sont plus ou moins percutantes et on peut leur préférer un titre plus sombre, plus envoûtant comme No Return et qui nous fait découvrir la voix de Lisa Millet qui vaut bien celle de toutes les Shirley Bassey. Bon, en résumé, à Sheffield, il n’y a pas que les Full Monty et si la ville ne vaut pas le détour, ces musiciens, par contre… A signaler que l’album est sorti depuis environ deux mois et que n’ayant pas bénéficié d’une promo à la hauteur, je conseille de demander votre portion (ça y’est, ça me reprend) à votre vendeur habituel. Au fait, vous prenez du chocolat sur votre Fish and Chips ?

C.B.

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Droit de réponse d'un citoyen du nord de l'Angleterre

Subject: Dear Sir,
Date: Fri, 04 Feb 2000 18:43:38 +0100
From: Matthew Langsley
To: webmaster@fluctuat.net

Dear Sir,

Après avoir lu un petit article "The All seeing I" dans votre édition du 2 février, je me permets de vous écrire pour attirer votre attention à certaines accusations mal-fondées et diffamatoires énoncées dans ledit article.

Avant de continuer, je vous signale que je suis anglais et que je suis de Sheffield. Et que j'adore les œufs marinés au vinaigre. (Deux précisions que vous auriez du écrire pour les lecteurs français; les oeufs sont durs - pas une précision évidente, puisqu'on fait des oeufs pochés au vinaigre; le vinaigre n'est pas au vin rouge - pour ne pas ajouter à votre image trompeuse un coloris plus choquant). Cependant, le mot sorbet n'est peut-être pas celui qui convient pour traduire sherbet (désolé, mais là, vous provoquez la haine de celui qui était autrefois le responsable de la rubrique gastronomie de flu...) - à Sheffield, c'est pas quelquechose de glacé, mais une poudre sucrée qu'on trouve dans les bon bons.

D'accord, je comprends le deuxième degré - le chocolat et tout, c'est amusant, hé, hé, hé... - mais une autre présomption m'a profondement choquée: Bon, en résumé, à Sheffield, il n’y a pas que les Full Monty et si la ville ne vaut pas le détour, ces musiciens, par contre… Il n'y a pas que les Full Monty (d'ailleurs, ce n'est pas au pluriel puisque c'est quelque chose, pas des gens), phénomène est en plus très deuxième degré. Mais la ville n'a rien à voir avec un détour et si elle avait, elle le vaudrait bien - elle se trouve sur la première autoroute de l'Angleterre et a plusieurs points forts qui la mettent bien au-dessus de beaucoup de grandes villes française qui se veulent des centres régionaux. En résumé, vous vous êtes laissé avoir par ce fameux deuxième degré sous forme d'excentricité anglaise, justement personnifiée, comme vous l'avez remarqué, par ce personnnage bizarre nommé Jarvis Cocker.

Mais bien que je vous parle de ma haine, je ne vous hais pas. Mais je vous invite à m'accompagner un jour dans cet Eldorado du nord d'Angleterre, ou les rangée de maisons à brique rouge font rêver des vignobles bordelais et les fish & chips n'ont certainement pas besoin d'être arrosés au chocolat.
Sir, je vous confie la tâche d'envoyer à "C.B" mes appréciations pour réparer ces malentendus blessants.

Je vous prie...

Matthew Langsley

<<<<Pickled eggs and sherbet
133.00 F
en écoute

http://www.Theallseeingi.com/


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