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Gomez
Abandoned Shopping Trolley Hotline
Hut / Virgin


Hombre ! le mescal et les cactus sont denrées rares à Liverpool, à part sûrement dans certains bars et dans les albums de Gomez, qui n’est pas plus un personnage de la Famille Adams qu’un mexicain amateur de Rock’n Roll.

Gomez est un groupe de cinq jeunes anglais au talent sidérant que les plus curieux d’entre nous ont déjà pu découvrir grâce à leurs deux premiers albums, Bring It On et Liquid Skin, sortis successivement en 98 et en 99. Fort d’un succès outre-manche qu’ils ne connaissent pas encore en France, les Gomez se payent le luxe d’un nouvel album, Abandoned Shopping Trolley Hotline, constitué de faces B, de sessions enregistrées à la BBC et de versions inédites de leurs précédents titres. Ce genre de compilation est souvent un test mais ici, pas de fonds de tiroirs ni de remix inutiles: les versions de 78 Stone Wobble (78 Stone Shuffle) et de We Haven’t Turned Around (X-Ray version) en sont les meilleurs exemples. Il s'agit d'un album à part entière qui donne une idée plus juste de l’éclectisme et de l’énergie réjouissante du groupe.

Pas plus anglais que Gomez et pourtant pas moins brit-pop qu’eux. Les deux précédents albums avaient déjà planté le décor de leurs "Mystères de l’Ouest", peuplés de Tijuana Lady et de Rosalita debout sur le bar, ou de Las Vegas Dealer perdu dans des les wagons d’un train fantôme. Gomez rêve d’une Amérique imaginaire, entre Western Spaghetti, blues du Delta et diable joueur de poker. On l’aura compris, tout ça n’est pas très sérieux et pourtant la musique de Gomez est loin d’être une blague. Moins calibré que les albums précédents, Abandoned Shopping Trolley Hotline témoigne de la curiosité insatiable du groupe et de la facilité 
déconcertante avec laquelle il jongle avec les genres et donne à des compositions finalement assez recherchées l’apparence d’une grande facilité.

Passant avec spontanéité d’un folk minimaliste et souriant (Hit on the Head, The Cowboy Song ) à un trip-hop en forme d’interlude (Emergency Surgery), Gomez n’oublie jamais malgré tout de faire du rock (Bring Your Lovin’Back Here, Shitbag) avec tout ce que cela comporte de rythmiques lourdes, de guitares électriques et d’énergie chauffée à blanc. Mais ce rock là, porté principalement par la voix extraordinaire de Ben Ottwell, aussi éraillée et grave que celle d’un Tom Waits encore jeune, et de celles, plus légères, de Tom Gray et de Ian Ball, est capable également de s’apaiser. Lorsque Gomez oublie son esprit un peu potache et 
dispersé, cela donne Rosemary, qui à l’instar du Make No Sound extrait de Bring It On, est une pure merveille de lyrisme romantique.

Alors bien sûr, ces "cow-boys" là ressemblent un peu au Rocky Raccoon de l’album blanc des Beatles, un rien fanfarons, un rien casse-cou, mais c’est ce qui rend leur musique attachante et différente de celles des autres groupes anglais du moment. D’ailleurs, finalement, si l’on ne s’en était pas encore douté au son du mellotron de We Haven’t Turned Around, la reprise finale de Getting Better finit par nous en convaincre, ce sont eux qui se rapprochent le plus, bien loin devant les plagiaires d’Oasis, de l’esprit, mais de l’esprit seulement, des quatre "autres" de Liverpool.

Caroline Bodin


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