Dj Cam
Loa Project
Inflamable records/ Columbia/ Sony Music


L’élève DJ Cam a débuté sa scolarité, il y a quelques années, dans le ravissement de tous ses pairs. Ses travaux suscitaient toujours l’admiration, et ses devoirs figuraient tout en haut du paquet de copies des Massive Attack et DJ Krush. Il avait de bonne prédispositions avec un père mélomane fou de jazz et des musiques improvisées et une mère éprise de grande musique. A l’âge de quinze ans, Cam s’enferma des heures entières dans sa chambre pour étudier le Beat des stars du Hip-Hop de l’époque. Les Public Enemy, Eric B and Rakim et Gang Starr, références incontournables, lui servirent de modèles pour se perfectionner dans le mixage et le scratching. Il était très studieux dans la découverte et l’apprentissage de l’histoire du New York Underground. Il fut l’un des premiers membres du cercle de la French House avec les Air, la Funk Mob, Mighty Bop et Motorbass, ce groupement qui allait bien vite dépasser le cadre hexagonal de l’école des musiques électroniques. Il restait tard aux cours du soir de Monsieur DJ Shadow. Il travaillait dur l’arrangement et sa réputation de surdoué des platines lui permit de concrétiser ses travaux dans le TP dédié à l’Abstract Hip-Hop.

Cam, Laurent Daumail, pour sa famille, allait se pencher sur l’art de la mélancolie calfeutrée et jazzy dans la métrique binaire. Deux mémoires qui portaient le nom d’ « Underground Vibes » et « Substances » ont fait référence dans le milieu fermé du Down Tempo au Spleen langoureux. Il y a peu, Cam se lança dans la recherche historique en puisant dans ses racines musicales. Il potassa sur le projet ambitieux du collectif DJ Kicks en assénant une rapologie au style brut et exhaustif, celle du berceau de l’Underground Américain et Anglais. Il travailla l’année suivante sur un fourre-tout académique de la boucle séminale, avec un dossier intitulé :« The Beat Assassinated ».

Ces nouvelles recherches s’accordent à démontrer, aujourd’hui, que les valeurs mystiques du Vaudou peuvent délibérément servir à l’investigation cartésienne du tempo. Cette thèse porte le nom de « Loa Mété », l’esprit de la protection. Elle est, en quelque sorte, un carnet de voyage, une certaine ébauche d’un métissage iconoclaste des valeurs rythmiques des Caraïbes. Steel bands, Gospel, percussions et sound systems sont le reflet d’une découverte de terres lointaines comme la Réunion, Haïti ou l’île Maurice. Le programme s’avérait des plus ambitieux. Cam n’avait rien laissé au hasard. Il avait ramené des dizaines de bandes DAT de ses périples ensoleillés, mis le paquet sur les conditions d’enregistrements, bénéficié d’un rapport étroit avec les esprits du Bien, collaboré avec l’Abstract Philarmonic Orchestra, fait appel à Cutee B pour un enrobage distingué et dégoté une nouvelle collection de vinyles aux possibilités de découpages seyants. A l’arrivée, douze chapitres composent cet essai, douze accès à une vision du Hip-Hop impressionniste, tournée vers l’optimisme serein du culte des mânes célestes. Des chants d’oiseaux, des trompettes du Bayou, des basses Clarkiennes, des pianos limpides et calfeutrés, des samples de films démoniaques, des orgies de breaks spectrales introduisent à la nouvelle tournure du propos de Cam. Son cheminement est plus convenu que par le passé et il essaie même de nous persuader que le formatage Funradioesque est possible en invitant China dans un « You Do Something to Me », un poncif globalement opposé à une philosophie underground.

DJ Cam a bien potassé son sujet. Il  paraît évident qu’il a mis du cœur à l’ouvrage mais force est de constater qu’il ne mérite en aucun cas les sincères félicitations d’un jury quelque peu méfiant à tant de bonnes vibrations systématiques et souvent artificielles. Le sujet est bien traité mais quelques passages sont incontestablement hors propos et dénués de toute fibre spirituelle. Le comité des Sages de l’université Shadow tend à considérer ce travail comme une mauvaise parenthèse dans le cursus exemplaire du candidat. Il devra se présenter à une prochaine session de rattrapage.

Laurent Rollin

>> Loa Project - 127.00 F


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