Tant
qu'à faire un best of, autant qu'il serve à
quelque chose. Comme de permettre une plus juste évaluation
d'un groupe oublié ou de faire découvrir aux
jeunes générations un son qui n'existe plus.
Ce bien nommé OX4 (pour Oxford, la ville natale
du quatuor qui compose RIDE et qui, rappelons le, désigne
historiquement le gué qui permettait aux bufs
de se rendre aux champs - on s'en fout ? ok !) est tout
cela à la fois en même temps qu'une magnifique
collection de titres un peu tombés aux oubliettes
depuis la mort du groupe en 1996.
Rappelons
que RIDE est né au tout début des années
90 autour de deux guitaristes chanteurs d'à peine
19 ans (Mark Gardener et Andy Bell), du batteur Laurence
Colbert (19 ans lui aussi) et du vieux (21 ans) Stephan
Queralt à la basse. Lycéens au North Oxford
Art College, un établissement pour pauvres de la
ville, les quatre jeunes gars dans le vent ont très
vite délaissé les études pour écumer
les salles hantées par les étudiants et un
tas de vieux groupes maintenant oubliés comme les
Pastels, les House of Love, les Pale Saints ou les terribles
Mighty Lemon Drops. Repéré assez tôt
par le label Creation, le son de Ride s'est imposé
assez vite comme la tête de proue d'un mouvement aujourd'hui
totalement passé à la trappe et baptisé
à l'époque les "shoegazers", c'est-à-dire
littéralement ceux qui regardent leurs pompes (en
jouant). Sur scène, les Ride ressemblent à
des enfants de chur, ont de petites voix de garçons
de leur âge, mélodieuses et angéliques,
n'osent pas lever la tête et regarder les buveurs
de bière et arrosent toute le monde de couches de
guitares blanches qui élèvent l'esprit en
même temps qu'elles brisent les tympans. Influencés
par Jesus and Mary Chain, contemporains des My Bloody Valentine,
les Ride imposent un son ample, qui touche par sa naïveté,
la clarté de son énonciation et les terribles
pulsions autodestructrices qu'il coince entre ses aplats
de guitares. La voix des deux jeunes éphèbes
chanteurs scandent des textes souvent imprécis mais
dans lesquels on se reconnaît facilement.
Le
premier titre de ce Best of, présent sur le Ride
EP, sorti en 1990, fameux pour sa couverture : un lit de
roses (peint en bleu pour les rééditions),
raconte un voyage d'une journée à Londres
de Mark avec sa copine de l'époque. Chelsea Girl
baptise le groupe et énonce le programme d'une
déambulation mélancolique et rageuse dans
une Angleterre malade : "Take me for a ride away
from the places we have known". Toute la musique
de Ride, qui annonce l'excellence de Hood (voir
chroniques), est contenue dans ce manifeste : aller
voir ailleurs et si possible avec des ailes, une bagnole
qui roule, un train, du vent ou une vague. La musique de
Ride évolue vers des lignes mélodiques splendides,
proches de la perfection des Byrds, mais auxquelles sont
juxtaposées des tempêtes de roulements puissants
et grondants comme le tonnerre. Ride reprend les Stooges
sur scène et suggère l'angoisse et la violence
contenue dans son âge adolescent. La batterie de Laurence
Colbert devient synonyme de tornade blanche tandis qu'Andy
Bell impressionne très vite par son jeu de guitare
subtil, naturel et élégant pour devenir avec
Johnny Marr l'une des références anglaises
en la matière. L'album Nowhere qui arrive
en 1990, avec sa couverture entièrement bleu (une
mer zébrée par une unique vague moutonneuse)
peut être considéré comme le meilleur
du groupe. Des titres comme Vapour Trail, Dreams
Burn Down laissent la concurrence sur le carreau. Les
Ride allient la vigueur du rock et l'élégance
de la pop. "We
fill all the gaps in our empty little lives / But we know
we are doomed", ils chantent entre la poésie
de Nick Drake et le cynisme badin de Morrissey.
Smile
reprend ensuite leurs premiers singles. Les Ride enchaînent
sur une tournée triomphale. Reviennent après
une large pause avec l'indispensable Going Blank Again,
largement représenté sur le best of. La technique
du feedback est poussée à sa perfection, si
bien qu'on ne sait plus s'il s'agit d'un duo de guitares
ou d'un magasin entier de Fender qui se met à ronfler
sur Leave them all behind ou Twisterella.
OX4 en maître titre devient l'hymne de l'Angleterre,
en prenant pour objet une nouvelle errance de jeunes types
dans une taverne un peu louche où l'on baise et s'enfonce
dans l'oubli. Le morceau magique fonctionne en tiroirs et
époustoufle par la virtuosité de Bell.
En
1994, les Ride amorce leur déclin. Le fonctionnement
démocratique du groupe est mis en danger par la prise
de pouvoir d'Andy Bell. Mark Gardener, l'autre leader naturel
et compositeur le plus doué des deux hommes, prend
du recul. Ride perd un peu de sa superbe en mettant en avant
les tendances psychédéliques de Bell. Carnival
Of Light débarque alors que la scène anglaise
est en pleine reconstruction avec des morceaux trop longs,
trop compliqués et trop alambiqués pour séduire.
Oasis entre en scène (chez Creation) et annonce un
retournement de tendance. L'avenir sera à la brit-pop,
format court, compositions efficaces et ligne claire. Les
Ride prennent un coup de vieux et ne s'en remettront jamais
tout à fait. Leur dernier album Tarantula,
dont la couverture est un pistolet qui pointe droit sur
l'auditeur, est moins dense et cohérent que les précédents.
Bell et Gardener se vouent une haine tenace et refusent
de se croiser en studio. L'un joue du funk, tandis que l'autre
sombre dans une déprime totale. Le résultat
est surprenant mais n'a plus rien à voir avec l'énergie
et la fureur de Nowhere. Sur le best of, Black
Night Crash, en hommage au Crash de J.G Ballard,
fait figure de dernier morceau somptueux et de conclusion
définitive : les guitares sont plus épaisses
et grasses, le chant emprunte au blues et crache son amertume
dans une éructation qui enterre définitivement
les angelots du début. Les Ride vieilliront mais
pas ensemble.
Fin de l'histoire.
Accompagné
d'un splendide livret, le best of de RIDE rend hommage à
un groupe pivot de la scène anglaise des années
80, un groupe qui entre My Bloody Valentine, Primal Scream
et Hood, fait figure de chaînon manquant racé,
héroïque et dépassé par sa propre
précision cataclysmique.
Pour information : savoir que Ride est l'un des grands oublis
du Grand dictionnaire du Rock (Collection Bouquins).
Pas même une mention.
Andy Bell pointe maintenant chez Oasis. Son groupe Hurricane
dièse 1 a sorti deux albums dont le premier est écoutable.
Myosotis
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