Dan The Automator n'aurait eu aucune difficulté à
se faire engager comme maître ès déguisements
et à assister James West dans les Mystères
de l'Ouest. On n'imagine qu'il ne devait pas mal se
débrouiller au centre aéré dans les
jeux de piste et les solutions d'énigmes. D'ordinaire
abrité sous sa kyrielle de pseudonymes - on les rappelle
pour la bonne bouche : Nathaniel Merriweather sur Handsome
Boy Modeling School, Murdoc sur Gorillaz, Doctor Octagon
avec Kool Keith ou Lovage - le génial producteur
de San Francisco revient aujourd'hui avec son premier album
original, une cassette de mix et remix qui vient mettre
un peu d'ordre et d'eau claire dans ses différentes
facettes.
56
minutes et 17 secondes indispensables.
Composée de travaux propres et d'ouvrages de commande
pour des clients aussi divers que De la Soul, Tortoise,
the Doves ou encore Air, la compilation Wanna Buy A Monkey
? (superbement illustrée par ailleurs) permet
de mesurer, si c'était encore nécessaire,
l'importance des producteurs dans la composition de la musique
contemporaine, et, surtout, la géniale variété
d'un homme difficile à suivre dans sa suractivité.
Depuis une dizaine d'années, Daniel Nakamura (son
vrai vrai nom) travaille au chevet des plus grands pour
produire et mixer. Il compose, arrange, développe
et soutient des artistes aussi divers que Depeche Mode,
Primal Scream, Cibo Matto, Herbie Hancock, John Spencer
Blues Explosion, Stereolab, De La Soul ou les Beastie Boys.
La compilation proposée n'est pas un mix traditionnel
mais un parcours choisi dont The Automator est le guide
parmi cette décennie de collaborations prestigieuses
ou underground. Les titres ne sont pas seulement posés
sur la bande et accompagnés de scratches mais enchevêtrés
pour donner une impression de cohérence et de continuité.
"Cet album est une fête au domicile de The
Automator, commente le livret, il y a le jardin, la piscine.
Il fait chaud. Il y a le frigo rempli de bières et
de cocktails. Il y a des chips et des ailes de poulet. Il
est tard mais la nuit ne se pointe pas encore. Le sound
system est à fond, tout le monde danse et Dan envoie
la sauce, la sursauce et la sursursauce."
Difficile
de trouver mieux que cet assemblage de morceaux pour cerner
le bonhomme. Dan imprime sa patte électronique sur
le splendide Seneca des Tortoise, il alourdit à
coups de beats dantesques la métrique du Soleil
est Près de Moi des Air, transcende les harmonies
graciles du Firesuite des Doves, fait des étincelles
avec les X-ecutioners et les Dilated Peoples. Le son Automator
repose sur le mélange des genres, la qualité
d'un son old school (les grésillements vinyles, les
craquements de platines, les basses Motown) alliée
à des emprunts sonores aux genres qu'il phagocyte
(pop, soul, classique, rap, électro, rock). Le travail
sur Lovage emprunte à Gainsbourg mais aussi aux crooners
du delta. Sur Deltron
3030, Dan est le Pink Floyd à lui tout seul.
Il n'a pas de frontières, pas de limites, ni dans
le rock, ni dans le hip-hop. La compilation enchâsse
Tortoise et Bobby Digital, Air avec Masta Ace et ne se refuse
aucune mésalliance. Il fait rapper sur un air de
rhumba (titre 10) et réussit à rendre chaque
télescopage naturel et inévitable. Parmi les
16 titres, les compositions de The Automator ne sont pas
en reste et on retrouve avec plaisir (Fantomas en ouverture)
des réminiscences du chef d'uvre Deltron
3030 ou des Gorillaz, quelques collaborations connues
sur le Bionix de De La Soul ou l'imparable Destiny
des Zero 7. Voyage au cur de toutes les musiques,
cet itinéraire de producteur permet d'entrer de plein
pied dans l'uvre de l'artiste et de considérer
le hip-hop sous un il nouveau : la musique du futur
capable de transcender les genres mieux que ne le feront
jamais les branlotins de Daft Punk, des Chemical Brothers
ou de Radiohead. Dan The Automator comme le Prince de Sign
O' The Times avant lui invente la "musique absolue".
Le
retour des Gorilles
La
compilation des faces B des Gorillaz vient confirmer l'idée
selon laquelle ce supergroupe n'avait pas donné tout
ce qu'il avait (de meilleur) dans son album éponyme.
La sélection japonaise rassemblée dans ces
G Sides fait à cet égard office de
bonne surprise. Damon Albarn se la ferme enfin et laisse
la place (un peu) à des rappeurs qui rendent aux
morceaux des Gorillaz une structure hip-hop plus traditionnelle,
en même temps qu'ils mettent en évidence l'énorme
travail effectué sur les sons. Les hits imparables
de l'album sont présents sous d'autres formes, mais
conservent tout leur potentiel dansant. La version brutale
du single Clint Eastwood par Phy Life Cypher lui
confère une sauvagerie absente de l'original. Les
relectures de 19-2000 et de Rock The House
(avec Del The Funky Homosapien) fonctionnent du tonnerre
et s'ajoutent à des morceaux inédits, instrumentaux
ou rappés (le rigolo Dracula et surtout le
tonitruant The Sounder) qu'on n'osait plus espérer
de la structure. Bons points encore distribués au
minimaliste Faust et au magnifique Hip Albatross
avec ses samples de vaches et de mitraillettes qui
réussit à rendre Damon Albarn sympathique.
L'horripilant Ghost Train gâche un peu la fête
mais l'affaire est rattrapée in extremis par un Left
Hand Suzuki Method bombastique avec une rythmique martiale
et des nappes de cordes hypnotiques. Le disque s'achève
avec le joli 12D3 champêtre et irradiant de
bonheur.
Les Gorillaz continuent avec cette série leur parcours
contestable, inégal mais finalement réjouissant.
Le disque renvoie sur le site www.gorillaz.com
lequel permet toujours de télécharger quelques
bonus intéressants (notamment un jeu de plates-formes
noodlefight assez bien foutu).

Et
Aussi
LOVAGE
- MUSIC TO MAKE LOVE TO YOUR OLD LADY BY
LOVAGE - Instrumental Companion
DELTRON 3030 - Instrumental Companion
L'actualité
Automator est complétée par le disque Lovage
sur 75 Ark (dans sa version originale et sa version instrumentale),
sorte d'hommage de Nakamura aux chanteurs de bistrot et
autres crooners. Le disque chanté pour partie par
la superbe (mais agaçante) Jennifer Charles est un
mélange d'easy listening et de chansons à
la Barry White, mises en sons par Monsieur Dan "à
la façon de Serge Gainsbourg" (dont le vietnamien
reproduit la pose sur la couverture du CD). Un peu lisse
mais pas inintéressant, le disque s'apprécie
presque mieux dans sa version instrumentale moins second
degré et enrichie par quelques scratches du producteur
KOALA local. Les textes sont tout bonnement hilarants et
renvoient aux conseils pratiques d'un grand séducteur
pour faire tomber les nanas. Cela donne des séquences
croustillantes avec des bruits de sexe enregistrés
au magnétophone, des parodies de Gainsbourg (période
Love on the Beat ?), et des échanges inédits
sur la nécessité de changer ses chaussettes
et de se brosser les dents avant l'acte sexuel. Le tout
est hautement recommandable, sensuel à souhait, même
si un peu trop décalé pour convaincre sur
la longueur.
La
version instrumentale de DELTRON 3030 est, elle, également
recommandable pour deux raisons principales : elle n'est
pas si instrumentale que ça et réserve quelques
surprises par rapport aux versions et au tracklisting initiaux,
et dévoile les "coulisses du chef d'uvre".
LIENS
:
Site
www.75Ark.com
(surtout)
www.sequencerecords.com
(accessoirement)
Myosotis
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