Au
petit jeu du "que sont devenues nos idoles d'antan
?", il y a bien longtemps que les Cure auraient du
s'en tirer avec le pantalon baissé et des fléchettes
astiquées dans les fesses. Après l'honorable
Bloodflowers
et les traditionnelles rumeurs de séparation, la
bande à Robert Smith se serait, d'après les
sites de fans, remise (comme d'habitude) au travail. Le
bon et gros leader aurait (comme d'habitude) bouclé
son album solo et n'attendrait qu'un producteur ou le bon
vouloir de collaborateurs talentueux - il y aurait des problèmes
d'agenda entre mastodontes qui ralentiraient la ponte du
chef d'uvre - pour faire éclater la coquille
morbide du groupe et passer à autre chose.
Pour
passer le temps, il aurait (comme d'habitude) réuni
le groupe, enregistré quelques nouveaux titres, convié
une chanteuse de seconde zone, la jolie Safron, à
faire quelques vocalises sur un bonus à deux francs
six sous (les jolis Cut Here et Just Say Yes)
et profité d'un moment d'égarement (ou d'une
commande) pour enregistrer tous ses anciens titres à
la guitare acoustique et à l'orgue électronique.
L'entreprise compilatrice serait donc louable et répondrait
à un souci désintéressé de donner
du grain à moudre aux fans en attendant mieux.
On n'est pas sûr de savoir d'où vient ce énième
Best Of exactement mais on n'est pas sûr non plus
qu'il fasse avancer la cause d'un des plus grands groupes
de rock de ces vingt cinq dernières années.
Greatest Hits est une collection de titres hétéroclites,
piochés au hasard de l'uvre, pas du tout dans
une période précise et qui, mis bout à
bout, desservent globalement la cohérence d'une uvre
au sein de laquelle les fans de la première heure
pouvaient encore se retrouver.
Composée
de deux CD (dans son édition limitée seulement),
cette collection comporte deux volets rigoureusement identiques.
Le premier disque reprend un mélange sans queue ni
tête de vieux titres (Boys Dont Cry, A Forest),
de chansons pop à succès prises dans l'ensemble
du répertoire (Lets Go to Bed, The Walk,
LoveCats 82-83, Close To Me, Just Like
Heaven 85-87) et de titres horripilants et beaucoup
plus récents qui ne tiennent pas la comparaison avec
l'allégresse et la pertinence des compositions passées
(Friday I'm In Love, Mint Car). Au milieu,
quelques singles de Disintegration tels que Lullaby
ou LoveSong ne font pas oublier que sortis de la
cathédrale mélancolique que formait ce somptueux
album, ils ne riment à rien.
Dans ce pataquès, le single "américain"
Wrong Number, titre bonus du précédent
best of ! !, fait plutôt bonne figure et témoigne
qu'il y a eu dans la période la plus noire de Cure
quelques jolies réussites.
Montée
avec des titres dans leurs productions originales, qui ne
sont pas tout le temps les meilleures (A Forest notamment),
cette partie du CD est rigoureusement inutile, inécoutable
et quasi insupportable pour tous ceux qui auront aimé
les différentes périodes du groupe parce qu'elles
étaient différentes.
Le
second CD reprend scrupuleusement le tracklisting du disque
1 mais dans une version soi-disant dépouillée.
On peut se demander pourquoi la guitare de Robert Smith
sonne souvent comme un sale synthétiseur japonais
et quel est l'intérêt global de ces ré-
interprétations qui respectent à la lettre
les originaux. On ne trouvera pas. Au fil des morceaux,
qu'on passe assez rapidement (il faut l'avouer) pour essayer
de voir ce qui a changé, on se demande même
si Robert Smith a pris le temps de ré-enregistrer
les voix ou s'il s'est contenté de faire jouer par
un ordinateur ou un guitariste de studio la piste qui correspond
à la guitare. En tout état de cause, le seul
intérêt de cette tentative était de
voir évoluer la voix du chanteur qui, à travers
les années 90, de l'avis de beaucoup, a mué
(gagnant en gravité et en variété de
timbres) et s'est améliorée, comme le montrent
ses dernières prestations en public. Rien de tout
ça ici mais l'impression tenace que les Cure ont
fauché le clavier qui servait à Charlie Oleg
pour accompagner l'émission Tournez Manège
et qu'on se fout de notre g***.
Sur
ce second disque, on se prend même à préférer
entre toutes les deux dernières chansons du groupe,
en duo avec Safron, qui ne pâtissent pas tant que
ça du retraitement. Le reste est lissé dans
la médiocrité et tiré vers le bas à
un point qu'il n'aurait pas été possible d'imaginer.
Un véritable cauchemar pour amateurs qui doit être
le seul fondement
gothique de cette escroquerie intégrale.
Myosotis
PS
: On ajoutera pour boucler l'affaire que le livret est assorti
d'une couverture immonde et que l'intérieur est totalement
dénué d'intérêt. Le salut n'est
même pas à chercher de ce côté-là.
PPS
: Ceux qui voudront se consoler pourront se procurer le
petit bouquin sorti dans une nouvelle collection musicale
(en poche) intitulée Cure de A à Z
qui évoque, par ordre alphabétique, l'univers
et l'histoire de The Cure, depuis la succession des lines
up, les influences jusqu'au side projects (the Glove et
autres). Le livre critique d'ailleurs assez objectivement
les différents albums du groupe.
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