Ross Healey, artisan sonore de son état, fait partie des
mauvais élèves de la scène digitale. Il est de ceux qui
préfèrent interroger les travers, les erreurs et globalement
tout ce qui fait défaut dans le système numérique. Batteur
de formation et activiste de la scène electro abstraite
australienne, il signe avec Undo sa deuxième production
au sein de la structure marseillaise BiP-HOp. Cet album
qui fait, en quelque sorte, suite à un mini-cd sorti il
y a deux ans, reprend les bases du design sonore que Healey
avait mis en place pour la série Invalid Object sur
le label irlandais Fält.
Cray, qui emprunte son nom de scène à un super-ordinateur, explore donc l'imperceptible
et les intervalles du mouvement binaire. Telle une douce
métaphore de l'erreur survenue au delà de la perfection
technique, son projet s'accorde à mettre à nu les failles
du numérique. Refusant les normes préétablies et les pratiques
vides de toute interrogation, il esquisse une organisation
partielle de l'imprévu. Impossible de masquer le processus,
le réel prend le pas sur le virtuel. A l'aide de sons extirpés
du quotidien, Healey insuffle des fragments de vie à son
calculateur portable de prédilection.
Bruits factuels et dé-construction musicale se mêlent aux bleeps
académiques pour créer un agencement toujours en composition
provisoire. Entre electronica et musique concrète, Cray
provoque, invoque la complainte de l'outil informatique.
Il laisse libre court à l'introspection de son ordinateur
domestique et à l'improvisation de l'instant. Des fragments
de signaux mélodiques, reçus au hasard de ses mothersboard
d'adoption, figent l'imperceptible pluralité des émotions
pré-natales.
Undo perpétue l'édifice inconscient des nouveaux plasticiens
du dysfonctionnement récurrent. Sans bouleverser les bases
de la recherche digitale empirique, il vient se placer dans
le peloton de tête des travaux qui rejettent la perfection
numérique comme valeur d'autonomie autarcique. Pittoresque,
intrigant, captivant… Et si finalement l'homme descendait
de la machine ?
Laurent Rollin
Lire
l'Interview de Philippe Petit du label BiP-HOp