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J'étais bien content de rentrer de vacances, moi, que j'ai aussitôt
maté les actus parisiennes. Bof ! Pas grand-chose, hein ? que
je me suis dit comme ça. Rien que de l'annuel et tout, quoi.
Ouais, je dois quand même dire que c'était la rentrée
littéraire, à Paname, même qu'on parlait plus que de ça
à ce qu'il paraît et d'un mec que je me rappelais plus de son
nom, vous savez ?, un petit blond avec un nom bretonnant, là,
avec sa chemise Saint-Yorre et sa bouche en cul-de-poule, qui
dit des trucs sur les Musulmans qu'il y en a qui disent même
que c'est un nazi. Ah ! c'est marrant, ça, que je me rappelais
plus de son nom, à ce mec-là, un ancien cadre moyen, vous savez
? Bon, bref. Avant de partir d'où que j'étais, du côté des bananiers,
je savais qu'icelui allait lancer son dernier ours dès fin août
et que l'autre Dubois, non, Durand, il allait même l'inviter
dès début septembre à la première de la nouvelle émission livresque
du service public vu que Pivot n'avait plus l'âge à cause qu'il
était tout rideau que ça faisait mal à le voir se racornir en
gros plan de semaine en semaine, avec sa voix qui s'était mise
à faire des castagnettes comme une patate chaude sous son palais,
et son regard chassieux qui regardait autour de lui comme si
qu'il y voyait plus que dalle et qu'il était perdu, que ça faisait
pitié à ma grand-mère Salomé qu'habite dans le XIIIème.
Je
me disais que ça vaudrait le coup de rentrer pour ça, adieu
les bananiers mais merde, tant pis, voir le mec que je me rappelais
plus le nom à quoi il ressemblerait devant les projecteurs,
et quelles questions qu'il lui poserait Dubois, enfin, non,
Durand, vu la nouvelle émission que j'étais content qu'elle
serait littéraire en plus. Eh ! Vous autres ! C'est que j'aime
les bouquins, moi, et que même que je les lis en commençant
par le début et pas seulement les dialogues, des fois. En plus
que je chéris bien les gonzes qui les fabriquent parce que mine
de rien c'est du turf que de peindre des pages et des pages
à l'encre. Parfaitement que je les chéris et que je le dirai
même jamais assez. Chapeau bas. C'est vrai qu'ils voudraient
bien gagner plein de fric et tout ça, comme Sagan, Catherine
Millet, Sulitzer ou Bouvard. Qui oserait contester que ce soit
normal ? Moi je dis qu'on devrait même leur refiler les paquets
de biffetons avant que leurs trucs ils ne seraient vendus et
d'autant plus en plus qu'il faut pas rêver, vous autres : qui
les achètent les bouquins, peut-être ? Qui les remboursent de
pas avoir baisé quand ils l'eussent voulu, nuits après nuits
? Bref ! Bref ! Je savais donc que le mec que je me rappelais
plus le nom il ferait la vedette au milieu des autres, dans
cette émission. Et puis il y aurait tous les autres, justement.
Qui ? Je m'en foutais un peu, notez. Ce que je savais, c'était
que ce serait fini les Dormesson hebdromadaires et les tutti
quanti que Pivot invitait toujours les mêmes de la rive droite,
que maintenant Campus, puisque c'était le nom de la nouvelle
émission du service public, ça serait un nouveau concept, comme
il disait Dubois, ou plutôt Durand, vachement nouveau en plus,
qu'il promettait, du gratin rive gauche et tout au jour d'aujourd'hui.
Il
y aurait donc le mec que je me rappelle plus nom et… Will Self,
tiens, l'écrivain qui chiade des machins poilants qu'on dit
même que c'est pas pour dire mais c'est plus que poilant, qu'il
faudrait même le lire tellement que ça l'est, avec des idées,
des émotions pour le même prix, merde, un Anglais en plus. On
s'en serait douté de toute façon : depuis Daninos et son major,
les écrivains français qui font se poiler, ça s'est fait rare,
vous pouvez toujours les compter sur vos doigts de pied, les
gars. Donc, le mec que je me rappelle plus le nom et Will Self,
et puis… Braudeau ! Ah ! Braudeau, Braudeau, Braudeau… Ça serait
pas une vraie première, ça, ce mec dans le nouveau concept télévisuel,
peut-être ? Ça valait-il pas le coup de dire adieu aux bananiers
pour voir icelui bien que ça serait tard et encore plus avec
le décalage horaire ? Braudeau et ses petits accroche-cœurs,
ses petites lèvres ravalées, ses petites manières ondoyantes,
son parfum de la savane péruvienne qu'on pourrait pas sentir
forcément puisque ça serait à la télé mais qu'on le sentirait
quand même rien qu'à la délicate suavité de sa voix ? Et en
plus pas loin de lui, qui, je vous le demande ? La merluche
! Ouais, elle et pas une autre : Savigneau en personne, c'est
le cas de le dire, d'ailleurs, vu qu'elle est pas grand-chose
et grand-monde moins encore, la pourtant grande critique du
Monde en personne.
J'ai
donc vu tout ça dès mon retour ici, allongé sur mon cosy. Et
qu'est-ce que je dois ajouter maintenant ? Vous l'avez vu, vous,
Campus, l'autre jeudi sur FR2 ? Vous l'avez vu, vous, le mec
que je me rappelais plus le nom, et Will Self, et Braudeau,
et Savigneau, et tous les autres, ceux qui sont plus les potes
à Nanard mais les potes à Yoyo ? Vous vous êtes pas trop fait
chier, des fois, vous autres, que si vous attendiez une émission
de livres ça a été rien que causettes et parlottes sur les machins
qui les remuent tous en ce moment, qu'on a même pas causé de
livres, de rien, parole, entre copains-copains, quoi, cool et
tout, des pseudo-critiques branchés, qu'est-ce que tu penses
de ça, toi ? Et de ça, encore ? Et elle, là, t'aimes pas ? Et
pourquoi que t'aimes pas, que tu dis que c'est nul, hein ? Tu
exagères sacrément de dire que c'est parce que c'est écrit gros
que Nothomb est nulle, non mais ! Ouah ! Quelle poubelle à jactances
et à rigolades ! A dégueuler, je vous jure. C'est marrant de
penser qu'il y a eu ce soir-là qu'un écrivain qu'on a vu à Campus.
C'est marrant parce qu'il était là et pas là à la fois, celui-là,
si vous voulez le savoir, mais quand même, et que personne l'attendait,
pas étonnant. En fait c'était un docu filmé, une toile garantie
d'époque, noir et blanc, avec Dumayet en face qui l'écoutait
sans lui couper sans arrêt la parole à tue-tête pour lui dire
des conneries en lui servant la soupe, comme il fait Dubois,
enfin, je veux dire Dupuis, non, Dupneu, ou Durand, je sais
plus, et que le mec dont je cause en question est clamsé ça
fait longtemps : c'était Georges Bataille, ça vous dit quelque
chose, à vous autres, Georges Bataille ? Moi, du coup, j'ai
vraiment été content d'être rentré, au moins pour ça : entendre
enfin un écrivain parler de la littérature, même s'il était
mort. Marrant, hein ?
A
plus.
Tito
Bast
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