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éTito
Après le beau temps
10.09.01


J'étais bien content de rentrer de vacances, moi, que j'ai aussitôt maté les actus parisiennes. Bof ! Pas grand-chose, hein ? que je me suis dit comme ça. Rien que de l'annuel et tout, quoi. Ouais, je dois quand même dire que c'était la rentrée littéraire, à Paname, même qu'on parlait plus que de ça à ce qu'il paraît et d'un mec que je me rappelais plus de son nom, vous savez ?, un petit blond avec un nom bretonnant, là, avec sa chemise Saint-Yorre et sa bouche en cul-de-poule, qui dit des trucs sur les Musulmans qu'il y en a qui disent même que c'est un nazi. Ah ! c'est marrant, ça, que je me rappelais plus de son nom, à ce mec-là, un ancien cadre moyen, vous savez ? Bon, bref. Avant de partir d'où que j'étais, du côté des bananiers, je savais qu'icelui allait lancer son dernier ours dès fin août et que l'autre Dubois, non, Durand, il allait même l'inviter dès début septembre à la première de la nouvelle émission livresque du service public vu que Pivot n'avait plus l'âge à cause qu'il était tout rideau que ça faisait mal à le voir se racornir en gros plan de semaine en semaine, avec sa voix qui s'était mise à faire des castagnettes comme une patate chaude sous son palais, et son regard chassieux qui regardait autour de lui comme si qu'il y voyait plus que dalle et qu'il était perdu, que ça faisait pitié à ma grand-mère Salomé qu'habite dans le XIIIème.

Je me disais que ça vaudrait le coup de rentrer pour ça, adieu les bananiers mais merde, tant pis, voir le mec que je me rappelais plus le nom à quoi il ressemblerait devant les projecteurs, et quelles questions qu'il lui poserait Dubois, enfin, non, Durand, vu la nouvelle émission que j'étais content qu'elle serait littéraire en plus. Eh ! Vous autres ! C'est que j'aime les bouquins, moi, et que même que je les lis en commençant par le début et pas seulement les dialogues, des fois. En plus que je chéris bien les gonzes qui les fabriquent parce que mine de rien c'est du turf que de peindre des pages et des pages à l'encre. Parfaitement que je les chéris et que je le dirai même jamais assez. Chapeau bas. C'est vrai qu'ils voudraient bien gagner plein de fric et tout ça, comme Sagan, Catherine Millet, Sulitzer ou Bouvard. Qui oserait contester que ce soit normal ? Moi je dis qu'on devrait même leur refiler les paquets de biffetons avant que leurs trucs ils ne seraient vendus et d'autant plus en plus qu'il faut pas rêver, vous autres : qui les achètent les bouquins, peut-être ? Qui les remboursent de pas avoir baisé quand ils l'eussent voulu, nuits après nuits ? Bref ! Bref ! Je savais donc que le mec que je me rappelais plus le nom il ferait la vedette au milieu des autres, dans cette émission. Et puis il y aurait tous les autres, justement. Qui ? Je m'en foutais un peu, notez. Ce que je savais, c'était que ce serait fini les Dormesson hebdromadaires et les tutti quanti que Pivot invitait toujours les mêmes de la rive droite, que maintenant Campus, puisque c'était le nom de la nouvelle émission du service public, ça serait un nouveau concept, comme il disait Dubois, ou plutôt Durand, vachement nouveau en plus, qu'il promettait, du gratin rive gauche et tout au jour d'aujourd'hui.

Il y aurait donc le mec que je me rappelle plus nom et… Will Self, tiens, l'écrivain qui chiade des machins poilants qu'on dit même que c'est pas pour dire mais c'est plus que poilant, qu'il faudrait même le lire tellement que ça l'est, avec des idées, des émotions pour le même prix, merde, un Anglais en plus. On s'en serait douté de toute façon : depuis Daninos et son major, les écrivains français qui font se poiler, ça s'est fait rare, vous pouvez toujours les compter sur vos doigts de pied, les gars. Donc, le mec que je me rappelle plus le nom et Will Self, et puis… Braudeau ! Ah ! Braudeau, Braudeau, Braudeau… Ça serait pas une vraie première, ça, ce mec dans le nouveau concept télévisuel, peut-être ? Ça valait-il pas le coup de dire adieu aux bananiers pour voir icelui bien que ça serait tard et encore plus avec le décalage horaire ? Braudeau et ses petits accroche-cœurs, ses petites lèvres ravalées, ses petites manières ondoyantes, son parfum de la savane péruvienne qu'on pourrait pas sentir forcément puisque ça serait à la télé mais qu'on le sentirait quand même rien qu'à la délicate suavité de sa voix ? Et en plus pas loin de lui, qui, je vous le demande ? La merluche ! Ouais, elle et pas une autre : Savigneau en personne, c'est le cas de le dire, d'ailleurs, vu qu'elle est pas grand-chose et grand-monde moins encore, la pourtant grande critique du Monde en personne.

J'ai donc vu tout ça dès mon retour ici, allongé sur mon cosy. Et qu'est-ce que je dois ajouter maintenant ? Vous l'avez vu, vous, Campus, l'autre jeudi sur FR2 ? Vous l'avez vu, vous, le mec que je me rappelais plus le nom, et Will Self, et Braudeau, et Savigneau, et tous les autres, ceux qui sont plus les potes à Nanard mais les potes à Yoyo ? Vous vous êtes pas trop fait chier, des fois, vous autres, que si vous attendiez une émission de livres ça a été rien que causettes et parlottes sur les machins qui les remuent tous en ce moment, qu'on a même pas causé de livres, de rien, parole, entre copains-copains, quoi, cool et tout, des pseudo-critiques branchés, qu'est-ce que tu penses de ça, toi ? Et de ça, encore ? Et elle, là, t'aimes pas ? Et pourquoi que t'aimes pas, que tu dis que c'est nul, hein ? Tu exagères sacrément de dire que c'est parce que c'est écrit gros que Nothomb est nulle, non mais ! Ouah ! Quelle poubelle à jactances et à rigolades ! A dégueuler, je vous jure. C'est marrant de penser qu'il y a eu ce soir-là qu'un écrivain qu'on a vu à Campus. C'est marrant parce qu'il était là et pas là à la fois, celui-là, si vous voulez le savoir, mais quand même, et que personne l'attendait, pas étonnant. En fait c'était un docu filmé, une toile garantie d'époque, noir et blanc, avec Dumayet en face qui l'écoutait sans lui couper sans arrêt la parole à tue-tête pour lui dire des conneries en lui servant la soupe, comme il fait Dubois, enfin, je veux dire Dupuis, non, Dupneu, ou Durand, je sais plus, et que le mec dont je cause en question est clamsé ça fait longtemps : c'était Georges Bataille, ça vous dit quelque chose, à vous autres, Georges Bataille ? Moi, du coup, j'ai vraiment été content d'être rentré, au moins pour ça : entendre enfin un écrivain parler de la littérature, même s'il était mort. Marrant, hein ?

A plus.

Tito Bast

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