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éTito
Ah ! les faux-culs...
27.08.01


Salut, vous autres. C'est quand même bizarre, comme je dis. Regardez-moi ça : tous les chefs-d'oeuvre nouveaux ont pas encore giclé des presses que déjà tout le Landerneau patenté s'agite, ironise, prophétise, y va de ses analyses, de ses louanges ou de ses arrêts sans appel, qu'on se demande comment critiques et chroniqueurs ils font puisqu'ils ont pu seulement lire que quelques extraits au mieux, qui sont d'ailleurs la plupart du temps extraits du meilleur des œuvres voire du meilleur parmi les plus nulles d'entre elles qu'ils seront sensés encenser dans les semaines qui viennent.

Comment les critiques, suivez-moi, ils peuvent affirmer ceci ou cela alors que les extraits lus, ou même seulement parcourus -parce qu'il y en a trop pour se les appuyer tous vu qu'on a guère de temps devant soi avant que la cloche se mette à retentir- alors que les extraits, dis-je, sont des fois extraits, en plus, de gros pavés de pas moins de 700 pages ? Ils ont pas froid aux yeux, les mecs, pour se croire obligés d'en parler à nous autres qui avons pas plus qu'eux lu lesdits bouquins et qui donc pourrions leur en parler tout autant si nous aussi on était comptés parmi les sources autorisées.

Je trouve que cette année, en particulier, ils ont fait fort, moi, si j'en juge d'après les sommaires des mags dont la plupart accordent pas plus de place aux bouquins, en d'autres saisons, que si ça pouvait servir qu'à boucler un numéro. Pour qui qu'ils se prennent tous, hein ? Et surtout pour qui qu'ils nous prennent, nous autres ? Pour des cons, des fois ? Ah ! Ah ! Et si, dans ce cas-là, ils avaient pas tout à fait tort ?

Le plus poilant en effet, moi je dis toujours, c'est que tout le monde le sait bien, allez, que tout ça c'est du pipeau, une grand-messe de faux culs, ouais, c'est comme pour le reste, et quand je dis tout le monde, c'est tout le monde, les journalistes autant que leurs lecteurs, vous et moi, évidemment, à croire que si les uns et les autres ils avaient mauvaise conscience, quelque part, ça m'étonnerait pas des masses, à faire comme si ils le savaient pas, les uns parce que c'est leur métier de VRP qui veut ça et les autres pour avoir l'air pas plus cons que les autres, de s'intéresser à la littérature au moins une fois par an et tout ça, quoi, aux débats d'idées vachement modernes, au devenir de l'esthétique romanesque et autres foutaises du même tonneau, que si on sait pas l'on a l'air de quoi, je vous le demande ? Pas savant du tout et donc plus con que la norme le permet, autrement dit les autres. Qu'on serait vite lâchés, qu'on pourrait même plus prétendre être de bons lecteurs de Libé, des Inrocks ou de Chronic'Art, mettons, vite déconnectés des priorités hyper-cultes de l'heure, d'après les promos que sont devenues les actus, que ce soit à la télé ou dans les mags tous concepts confondus.

Aujourd'hui 27 août, le soleil brille sur Paname, la rentrée littéraire a même pas encore sonné que déjà c'est comme si plus personne ignorait rien des bouquins à paraître, merde. Mais c'est peut-être pas si mal, après tout, de se préoccuper tous ensemble de paraître intelligents au moins une fois par an. Ce qui veut pas dire qu'on sera plus riches après puisqu'on remarquera que les prix des bouquins ont encore augmenté. Mais personne dit non plus qu'on les achètera pour les lire enfin (mis à part le dernier Houellebecq comme de bien entendu, consensus oblige).

A plus.

Tito Bast

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