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Salut, vous autres. C'est quand même bizarre, comme je dis.
Regardez-moi ça : tous les chefs-d'oeuvre nouveaux ont pas encore
giclé des presses que déjà tout le Landerneau patenté s'agite,
ironise, prophétise, y va de ses analyses, de ses louanges ou
de ses arrêts sans appel, qu'on se demande comment critiques
et chroniqueurs ils font puisqu'ils ont pu seulement lire que
quelques extraits au mieux, qui sont d'ailleurs la plupart du
temps extraits du meilleur des œuvres voire du meilleur parmi
les plus nulles d'entre elles qu'ils seront sensés encenser
dans les semaines qui viennent.
Comment
les critiques, suivez-moi, ils peuvent affirmer ceci ou cela
alors que les extraits lus, ou même seulement parcourus -parce
qu'il y en a trop pour se les appuyer tous vu qu'on a guère
de temps devant soi avant que la cloche se mette à retentir-
alors que les extraits, dis-je, sont des fois extraits, en plus,
de gros pavés de pas moins de 700 pages ? Ils ont pas froid
aux yeux, les mecs, pour se croire obligés d'en parler à nous
autres qui avons pas plus qu'eux lu lesdits bouquins et qui
donc pourrions leur en parler tout autant si nous aussi on était
comptés parmi les sources autorisées.
Je
trouve que cette année, en particulier, ils ont fait fort, moi,
si j'en juge d'après les sommaires des mags dont la plupart
accordent pas plus de place aux bouquins, en d'autres saisons,
que si ça pouvait servir qu'à boucler un numéro. Pour qui qu'ils
se prennent tous, hein ? Et surtout pour qui qu'ils nous prennent,
nous autres ? Pour des cons, des fois ? Ah ! Ah ! Et si, dans
ce cas-là, ils avaient pas tout à fait tort ?
Le
plus poilant en effet, moi je dis toujours, c'est que tout le
monde le sait bien, allez, que tout ça c'est du pipeau, une
grand-messe de faux culs, ouais, c'est comme pour le reste,
et quand je dis tout le monde, c'est tout le monde, les journalistes
autant que leurs lecteurs, vous et moi, évidemment, à croire
que si les uns et les autres ils avaient mauvaise conscience,
quelque part, ça m'étonnerait pas des masses, à faire comme
si ils le savaient pas, les uns parce que c'est leur métier
de VRP qui veut ça et les autres pour avoir l'air pas plus cons
que les autres, de s'intéresser à la littérature au moins une
fois par an et tout ça, quoi, aux débats d'idées vachement modernes,
au devenir de l'esthétique romanesque et autres foutaises du
même tonneau, que si on sait pas l'on a l'air de quoi, je vous
le demande ? Pas savant du tout et donc plus con que la norme
le permet, autrement dit les autres. Qu'on serait vite lâchés,
qu'on pourrait même plus prétendre être de bons lecteurs de
Libé, des Inrocks ou de Chronic'Art, mettons, vite déconnectés
des priorités hyper-cultes de l'heure, d'après les promos que
sont devenues les actus, que ce soit à la télé ou dans les mags
tous concepts confondus.
Aujourd'hui
27 août, le soleil brille sur Paname, la rentrée littéraire
a même pas encore sonné que déjà c'est comme si plus personne
ignorait rien des bouquins à paraître, merde. Mais c'est peut-être
pas si mal, après tout, de se préoccuper tous ensemble de paraître
intelligents au moins une fois par an. Ce qui veut pas dire
qu'on sera plus riches après puisqu'on remarquera que les prix
des bouquins ont encore augmenté. Mais personne dit non plus
qu'on les achètera pour les lire enfin (mis à part le dernier
Houellebecq comme de bien entendu, consensus oblige).
A
plus.
Tito
Bast
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