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éTito
Où on dit rien dans l'Apennin
05.06.01


Oups ! Si vous en avez marre qu'on vous bassine avec les Beigbeder, les Jean-Pierre Foucaud, les Grosses Têtes, les NTM, les Angot, les Nicolas Rey, les moteurs diesel, les Dustan, les organizers, les Despentes, les Loft Story, les Pasqua, les Dumas, les TF1, les Bruce Willis, les Jean-Claude Van Damme, les Nasdaq, les CAC 40, les Sollers, les PPDA, les ABC, les TPI, les glaces à la framboise, les Windows 98, les jardins français, les visites obligatoires au Musée d'Art Moderne, les matches de football, les Harry Potter, les Roland Garros, les tantôt Tour de France, les Dutourd, les Mitterrand, les Chirac, les merdes de pigeons sur le bitume parisien, les Matzneff, les Craig David, les Gisbert, les juges Courroye, Eva Joly, et toutes les conneries que je m'arrête d'allusionner à cause que le seigneur de La Palice il va croire dans son marbre que je me fous de sa gueule à force que je l'imite, courez tout de suite chez le pharmacien du coin pour acheter le roman qui s'appelle Maison des autres, de Silvio D'Arzo (pas confondre of course avec le Berluscon qu'on vient de le nominer dans l'Italie du pape) : ça vient de sortir chez Verdier éditeur dans une nouvelle édition mais je sais pas le prix vu qu'on m'en a fait cadeau.

Bon, vous vous dites, les mecs, que je vous entends, que c'est pas si sûr que vous aurez pour ça les fibres neuronales lavées de toutes les conneries que je vous parlais plus haut. Eh ben d'abord, faut vous dire que celui-là c'est pas rien qu'un bouquin de plus. C'est le top du must que si j'avais assez de thunes sur mes comptes suisses j'ouvrirais l'annuaire pour l'envoyer par la poste à tous les mecs de dedans, histoire qu'ils sachent tous que le paradis c'est pas forcément loin d'ici et qu'en plus ce bouquin c'est de la littérature la meilleure et qu'il faut donc le lire d'urgence, et le relire encore, parce que quand on a lu Maison des autres la première chose qu'on a envie de faire c'est que de le relire, parole. Et c'est pas à cause qu'on y a compris que dalle : en fait c'est tout con, ce bouquin, écrit comme tous les jours on parle à cette heure, ou presque, enfin je veux dire avec un registre de phonèmes qui en compte guère plus de 80, j'exagère pas, et avec un scénar pas moins minimal, et pourtant ça suffit à rêver au temps où le génie, dame, c'était plus qu'une marque de lessive.

Je sais pas si ils en ont parlé des masses dans les news, de Maison des autres, mais ça m'étonnerait vu que l'auteur, qui est clamsé depuis 1952, il peut plus avoir beaucoup d'indics dans les réseaux d'influence. Toujours est-il qu'on s'en fout un max, de toute façon : c'est bien connu, les grandes amours sont clandestines comme qui dirait. Surtout dans l'Apennin émilien, pour situer. Parfaitement.

Un scénar minimal, d'abord. Que je vous raconte : il est question d'une vioque qui se fend la hure à chercher les mots d'une question sur laquelle elle voudrait bien des fois l'avis d'un curé ! Voilà. C'est toute l'histoire du roman que je vous parle, que je pourrais même m'arrêter là, si je voulais. Remarquez : je vous dirai pas quelle clé elle veut demander, en réalité, cette ancêtre qui lave ses hardes dans une rivière en contrebas du chemin où passe tous les jours le ministre du culte. A vous de lire, hein ? Vous verrez bien. C'est le suspens, ça. Moi, je me contente de rabâcher que c'est génial et c'est pas si mal non plus, après tout.

Peut-être pas beaucoup de mots, que je disais aussi, mais surtout ceux qu'il faut : tout nus, madame, et taillés dans la pierre sèche des montagnes, une vraie poésie que ça fait rien que de faire rêver le lecteur à tout un tas de secrets sur la vie, sur l'amour, sur le temps, sur le Ciel. Bref, je parie que vous avez compris qu'on est dans l'essentiel et pas ailleurs, ici. Dans le beau, en somme, dans le grand mystère mélancolique de la vie et dans la vie tout court. Au fait, c'est le curé qui raconte, mais attention : rien à voir avec les sermons ampoulés de celui de Bernanos. C'est comme sa petite confidence à lui, son aventure de curé de village dans le fin fond de la botte, là où les paysages désertiques, avec les moutons et tout, disent justement les mots qu'on trouve pas forcément pour sonder l'indicible. Faut donc conclure qu'ils reflètent sous le soleil, comme je dis, une certaine idée de la solitude mais une solitude, là, que Silvio D'Arzo transforme pour nous en vrai bonheur. Impossible, décidément, de se priver de ça. Et de pas y revenir.

A plus.

Tito Bast

(PS : Vous trouverez aussi Maison des autres en poche dans la collection Rivages poche/Bibliothèque étrangère pour quelque chose comme 30 balles ou à peine plus).

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